‹ A.-F. CalsChapitre 27 sur 56 · M E U E ET EN F A N T · texte numérisé non relu

M E U E ET EN F A N T

une formule qui permette de remporter infailliblement des succès dans les expositions, et ayant, dans son modeste coin, livré des combats plus rudes qu'on ne pense à l'art officiel et aux artistes académiques, ce livre-ci ne sera pas recommandé aux concurrents pour les prix de Rome, — si tant est qu'on leur fasse rien lire. Toutefois, je crois que si un jeune artiste tombait, au début de sa carrière, sur une lettre telle que la suivante, il en retirerait un grand profit.

Cals est en train de peindre le Portrait de M'"- de Laportc, et il monologue comme ceci : « Si je réussis, ça ne ressemblera guère au Père Fougeral ! ... Je ne comprends pas comment un vieux bonhomme comme moi ose faire une si jeune et si mignonne femme. Mais le bon Dieu peint à ma place, je crois. Car vraiment. quand j'ai la pale lie à la main, je ne nie sens pins le même homme.

» J'ai des moments d'enthousiasme incroyable ; il me semble que la couleur m'enivre. Les difficultés que j'éprouve à rendre ce que je vois, la tristesse profonde que je porte toujours au fond de mon cœur, tout cela m'exalte d'une façon extraordinaire. Alors, je parle, je peins, j'éprouve un moment de bonheur inouï. Ah ! que l'art est une belle et noble chose ! Mais il faut le pratiquer avec un amour profond et une simplicité parfaite. Que Dieu fasse de moi à sa volonté, ou. autrement, que sa volonté soit faite en moi ! Il m'a fait peintre, je le sens, eh bien, je peins tout naturellement, comme il m'indique. Cela ne veut pas dire qu'il ne me faut pas faire des efforts pour suivre cette divine volonté, mais ici ou là, dans la peine ou dans la joie, ma tâche est de peindre. Peins, mon ami, ne te préoccupe pas du succès ; peins, c'est là toute ton affaire. Tu es au bord de la mer. dans une forêt, dans les champs, dans un herbage rempli de bestiaux, sous un ciel brillant ou sombre, les pieds dans la neige ou dans l'herbe fraîche, chez une pauvre vieille ou en face d'une toute jeune et charmante femme, peins, peins toujours, et rends grâce à Dieu d'être peintre ! »

Ce bonheur de peindre tout et partout comporta cependant pour Cals quelques nuances, et il eut la grande sagesse de borner ses ivresses à ses inclinations. Parfois, on lui lit entrevoir la possibilité d'obtenir de riches travaux, ou bien on tenta d'attirer son attention sur des thèmes plus brillants et plus pittoresques. A cela, il répondait avec autant de modestie que de bon sens.

Un ami répandu dans le monde lui « parlait de portraits de maréchaux de France, de dames de la cour, que peut-être il aurait l'occasion de lui faire faire. — Ah! je me fiche pas mal, écrit le bon Cals, de tous les maréchaux et de toute la cour. J'aimerais bien mieux passer ma vie en sabots, comme je suis maintenant, et dessiner et peindre les petits chemins dans les champs, >;

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