‹ A.-F. CalsChapitre 29 sur 56 · LE PERE LOUVEL · texte numérisé non relu

LE PERE LOUVEL

apparaît dans les temps les plus mornes, « comme une pensée de consolation au milieu d'une vie désolée ». Nous avons vu cette comparaison déjà; nous la revoyons encore sous d'autres formes. La voici, par exemple, développée avec une vive éloquence :

» J'ai là, devant moi, au moment où je t'écris, la mer haute avec le ciel tout chargé de nuages, une éclaircie d'un bleu pâle, un nuage blanc à côté : une bande d'un vert doux sur la mer, près de la côte, là-bas. Mais pendant que je te dis cela, l'aspect de la mer a changé; l'éclaircie dans le ciel s'est agrandie et la mer maintenant est toute frappée d'une lumière douce. Comprends-tu que, devant ces scènes incessamment changeantes et toujours si grandes et si attachantes, l'esprit s'imprègne de calme, et que l'on regarde en pitié tous ces pauvres petits grands personnages, qui croient arrêter le mouvement de l'humanité! Ils me font l'effet d'un fou qui voudrait empêcher la marée de monter. »

De fait, toute sa vie, Cals a eu le bonheur d'entrevoir le petit coin de ciel bleu, aux moments les plus noirs d'orages. Il en a su jouir parfois avec désespoir, parfois avec un ravissement d'enfant, mais on peut dire, sans faire aucunement de la littérature, que cette description d'une éclaircie douce et un peu mélancolique est vraiment l'image de sa carrière.

Ce sont, comme on voit, quelques idées très simples, mais très élevées, qui dominent ses préoccupations et qui l'encouragent dans sa lutte bien modeste, mais bien passionnée.

Une de ces idées, pour laquelle il a prêché d'exemple, est que l'artiste doit être désintéressé. Cela, en somme, revient à dire qu'il doit avant tout faire ce qu'il aime, et trouver dans cet amour librement satisfait sa principale récompense.

C'est pour cela qu'il ne se plaignait point de son sort. Il pensait et disait volontiers : « J'ai éprouvé bien de l'émotion à peindre un tableau de misère : je ne puis pas prétendre, par-dessus le marché, à un gros succès d'argent. »

Mais ce qu'il y a de touchant, et presque d'un comique très fin, c'est qu'il tenait de pareils discours à un marchand, et que ce marchand — il est vrai que c'était Martin - pensait tout à fait comme lui.

« Ah ! mon pauvre ami. lui écrivait Cals en 1877, si l'on

faisait de l'art pour acquérir de la fortune, on courrait risque d'avoir de terribles mécomptes. Heureusement que. depuis ma jeunesse, j'en ai pris mon parti.

» Il n'y a que deux choses à faire : où voir de quel côté vient le vent, quel est le goût actuel du public, et pratiquer une espèce

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