‹ A.-F. CalsChapitre 32 sur 56 · I.A FILLETTE A I, A POMME · texte numérisé non relu

I.A FILLETTE A I, A POMME

celle d'à côté, donnait à l'œuvre sortant de ses mains quelque chose de taché et de presque incohérent, dont étaient choquées beaucoup de personnes mal préparées à goûter ces impressions de nature. »

Or, ces tableaux n'ont plus du tout cet aspect ; le travail du temps les a harmonisés et fondus. Toutefois, on se rend parfaitement compte de l'effet que pouvait produire cette exécution nerveuse et sincère, si différente des traditions d'école

qui régnaient alors. Cals faisait de l'impressionnisme gris.

Le public des grandes expositions était, à cette époque, peu sensible aux charmes d'une facture orginale, et les grandes expositions n'étaient point l'affaire d'un maître aussi peu conventionnel, aussi naïvement sincère. Aujourd'hui, on serait tenté de dire que le public contient une trop grande proportion de gens qui ont ou pensent avoir des lumières sur ces questions de métier.

Il n'y eut donc à apprécier sincèrement Cals que des artistes peu accessibles à la jalousie professionnelle, et les amateurs, toujours assez rares, qui ne guident pas leurs préférences et leurs achats sur les jugements de la critique. Quant à la critique proprement dite du temps de Cals, elle a été à son égard spécialement dépourvue de clairvoyance.

Parmi les artistes, le jugement de Jongkind nous apparaît un des plus importants à présent, et nous savons aussi que Corot avait accueilli Cals, à plusieurs reprises, avec une bienveillance particulière : » J'ai vu. écrit Cals en 1 865, que le père Corot est nommé du jury. Peut-être serai-je plus heureux cette fois-ci. »

M. Doria note que Diaz tenait également le peintre en estime, et il mentionne sous diverses formes, dans ses manuscrits, l'appréciation que faisait de Cals Fromentin. L'auteur des Maîtres d'autrefois, visitant avec lui la collection Marmontcl, lui avait tenu à peu près ce langage : « Si Cals, par suite de ses malheurs, de son excessive modestie, est bien injustement méconnu, il a néanmoins acquis la haute estime de ses confrères, et, quant à moi, je le considère comme un peintre de très grand talent. » C'est une appréciation modérée, judicieuse, opportuniste, mais qui, venant d'un artiste aussi réservé, d'un juge aussi circonspect que Fromentin, ne manque pas d'intérêt.

Que dire encore? M. Degas, dans une conversation sur l'art, s'était un jour écrié avec chaleur, en présence de M. Doria, que « les verts de Cals sont adorables », et l'ardent ami du peintre si

peu gâté d'éloges n'avait eu garde de ne pas enregistrer aussitôt le propos.

Pour les critiques, il y en eut quelques-uns qui, dans des journaux assez obscurs, portèrent quelques jugements plus bienveillants que brillants et écoutés, et nous n'avons guère à rappeler que l'autorité d'About. •

About, critique rien moins qu'impeccable, plus spirituel que

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