‹ A.-F. CalsChapitre 33 sur 56 · LES ENFANTS PAUVRES · texte numérisé non relu

LES ENFANTS PAUVRES

scnsitif, paraît cependant avoir éprouvé pour les œuvres de Cals une profonde et personnelle sympathie. Elles lui parlaient au cœur; on ne saurait s'y tromper à la justesse de quelques éloges, et à une certaine fidélité témoignée de Salons en Salons. Enfin, M. Duret, au moment des luttes pour les peintres dits a impressionnistes », n'eut garde de ne pas rendre hommage au vieux Cals.

11 est inutile de redire, d'autre part, les compensations d'estime et de profonde affection que trouvait Cals au cercle Mogador,

dans cette boutique de Martin, où, dès la première heure, on apprécia son œuvre et soutint son humble courage. On ne peut donc point dire qu'il ait passé complètement inaperçu de son temps.

Au surplus, ce n'était point sa préoccupation principale. Vous l'entendez parler, n'est-ce pas :

« J'ai de bons amis, et ma chère peinture. Que je suis heureux de peindre ! Je n'ai d'autre ambition que d'être rangé au nombre des petits maîtres... »

Et une chose avait le don de le faire sourire, et même rire d'un petit air renfermé et fin, un cri d'admiration naïve, qui avait échappé à une brave femme, épouse d'un peintre allemand, et qu'il se redisait avec un attendrissement moqueur :

■ Je trouve, monsieur Cals, il est tout à fait un grand maître à présent.

Procédé et Iirip Georoes Petit

VIEUX PÊCHEUR Exposition des Impressionnistes en 1874-

IL n'est pas toujours aisé de distinguer, dans la carrière d'un peintre, des manières différentes, et puis cela n'est pas toujours nécessaire : il en est qui changent sans cesse et il en est qui ne changent jamais.

Cependant il est rare que les véritables artistes n'accomplissent pas une évolution, dont les caractères successifs sont suffisamment tranchés. Généralement, pour les très grands peintres, cette évolution s'accomplit dans le même sens : elle commence par la précision la plus minutieuse, la plus respectueuse des moindres détails de la nature : elle s'achemine ensuite vers la simplification ; elle se termine par la largeur. Chez les plus grands peintres d'autrefois, chez Rembrandt, chez Titien, cette marche se constate. Elle se retrouve chez les plus grands peintres français de notre siècle, entre autres chez Corot, chez Millet, chez Daumier.

Sans dire que c'est pour cela que Cals serait à nos yeux un grand artiste, nous sommes heureux de trouver qu'il a parcouru le même chemin. Autant que pein ent se trancher ces divisions, on arrive à distinguer sans peine trois manières dans son œuvre, correspondant à des phases analogues : la manière des débuts, que nous pourrions appeler sa manière de Paris ; la manière d'Orrouy; enfin, la manière d'Honfieur.

Ses efforts et sa vie vous sont maintenant assez familiers pour que ces distinctions vous apparaissent assez claires et assez justifiées. Les exemples mêmes qui ont été donnés dans l'illustratration les expliqueraient encore mieux que nos commentaires.

Les tout premiers tableaux, techniquement, sont exécutés sous l'influence de l'enseignement de Cogniet. Cals a toujours procédé avec une grande passion, mais aussi avec une grande sagesse : cela

ne s'exclut pas en art. Le jeune homme ardent, au tempérament

populaire, révolutionnaire d'instinct, ne pouvait, dès ses premières années de peinture, avoir ignoré Delacroix. Il avait certainement défendu Delacroix et acclamé le tableau de Dante et Virgile (qu il a d'ailleurs copié), et plus tard la Liberté sur les barricades. Je n'aurai pas de peine à retrouver, dans ses agendas — mais la citation précise ne ferait rien à l'affaire — trace de son admiration pour le maître, dans quelque visite au Louvre ou à la chapelle des Anges, à Saint-Sulpice. Mais, pour lui-même, il est essentiellement prudent. Il aime à se rendre un compte exact de ses acquisitions; il n'a point le tempérament d'un imitateur. Ce serait même le plus grand service que ce livre rendrait à la mémoire de Cals, si. rien que par l'examen d'ensemble des œuvres reproduites, il démontrait que cet artiste n'a imité personne, ne ressemble à personne, pas plus à Delacroix, qui a dû enfiévrer sa jeunesse, qu'à Corot, qui a été une des vénérations de son âge mûr. L'on ne retrouve pas davantage la préoccupation des maîtres anciens, qu'il avait si assidûment étudiés et copiés au Louvre. Dès qu'on aura bien vu cela, on sera plus d'à moitié près de comprendre sa réelle originalité, qui était trop délicate pour être saisie tout d'abord.

Les tendres et les fins, en art, sont ceux qui sont le plus lentement aimés. Il faudrait, pour cela, que la foule regardât de près leurs œuvres, et elle n'a pas le temps; elle court aux choses plus brutales. Or, dès ses premières toiles, Cals fut en possession de ses qualités de tendresse. Elles apparaissent dans ces toutes mignonnes études à la lampe et dans ces tableaux de mœurs enfantines dont nous avons déjà parlé plus haut : les petits médaillons de couseuses, de liseuses, des collections Rouart, les dînettes, les découpeuses d'images des collections Doria, Hazard; le tableau du Salon de [85c), VEditcation maternelle ; ou bien encore le Comte Doria et ses Enfants, tableau d'un moment de la société française, qui, dans bien peu d'années, prendra déjà un prix insoupçonné.

Dans toutes ces peintures, la couleur est riche et blonde, l'exécution légère et soyeuse ; les harmonies sont très vives et très cha-

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