‹ A.-F. CalsChapitre 37 sur 56 · I. A RUE HAUTE », A HONFLEUR · texte numérisé non relu

I. A RUE HAUTE », A HONFLEUR

rencontré sur sa route. Quant aux « rudes sauvages » avec lesquels il vit, ma foi, tout est pour le mieux; il trouve cette comparaison amusante et assez inattendue : « Ils ressemblent beaucoup à la vase que la mer découvre en se retirant. L'autre jour, j'ai relevé mon pantalon et j'ai été trouver des pêcheurs arrangeant

leurs filets assez loin de mes fenêtres. Aux premiers pas que j'ai

faits dans cette boue, où l'on enfonce jusqu'à mi-jambes, je ne me trouvais pas satisfait, mais bientôt j'ai trouvé ça très bien et j'ai été très content de ma petite excursion, que je recommencerai. »

Il est un mot, on peut dire un refrain, car c'en est un, qui revient très fréquemment alors dans ses lettres. Lorsque la lecture des journaux avancés que lui envoie Martin lui a bien monté la tète, lorsqu'il s'est bien mis en colère contre Dufaure, Rouher ou Mac-Mahon, il se calme tout de suite en pensant que tout progrès, comme tout bonheur, se paie, et que, même par les temps de pluie, le ciel et la mer sont bien beaux à voir et à peindre. Et invariablement revient à la lin de sa petite tirade son fameux : « Mais, ma foi, moi, je m'en ris, — comme le petit homme gris. »

Et, de lait. Cals est devenu lui-même le petit homme gris ; il s'est identifié avec ce doux, effacé et gai petit philosophe. 11 est un petit homme gris content de vivre, de peindre et d'aimer. Ah ! le bon. et charmant, et enthousiaste petit homme gris que voilà !

Car il ne faudrait pas croire que cette philosophie soit devenue chez le vieillard de l'indillerence, et que le modique bien-être ait amené 1 homme heureux à l'égoïsmc. Bien au contraire, jamais il n'a été plus brûlant de passion pour le beau, pour l'art, pour l'idée. Jamais il ne s'en est plus donné à cœur joie de peindre, et la manière d'Honjleur, la troisième manière, est de toutes la plus large, la plus puissante et la plus vraiment humaine.

Ce sont là les seules satisfactions qu'il recherche. Dorénavant il n enverra plus jamais aux expositions oflicielles. Mais, par exception, — et vous allez voir là tout Cals, — il tiendra à devoir d exposer avec le groupe dit des Impressionnistes, en 1874, au boulevard des Capucines. Cela lui vaut une bordée d'injures de la part de la critique, et les plus modérés (d'ailleurs les plus obscurs) lui conseillent de ne plus se compromettre dans cette assemblée de fous furieux. Mais il s'en rit, le bon petit homme

gris, qui, parmi les tonalités si vives des nouveaux venus, semble

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