‹ A.-F. CalsChapitre 39 sur 56 · UNE FERME NORMANDE · texte numérisé non relu

UNE FERME NORMANDE

Il reparle souvent de ses deux bonshommes du Saint-Siméon, un bijou de naturel quant à la composition, et de finesse, vert et argent, quant à la couleur. Ils sont assis avec un pot de cidre, du pain et du fromage ; 'après la séance, il les réchauffe avec une tasse de café ; il leur donne trente sous à chacun, plus un franc de consommation; ils s'en vont contents, et Cals ravi.

Plus fréquemment encore, il nous fait assister à la genèse de la Mère avec ses enfants au Saint-Siméon, et nous avons vraiment le commentaire tout pur du peintre à côté de son

œuvre. « J'ai terminé une grande toile de im6o sur in,3o, une mère assise sous les arbres avec ses quatre enfants, dont le plus jeune, un poulot de quelques mois, est encore au sein. J'avais commencé ce tableau Tannée dernière, mais j'avais dû l'abandonner après déjà bien du travail, et je l'ai repris cette année et enfin achevé. Je crois qu'il n'est pas mal venu, mais quel mal il m'a donné ! C'est la première toile aussi grande que je fais d'un sujet en plein air. J'ai cherché à y mettre un peu du charme et de la tendresse de la nature et du sentiment de la famille. » Et parlant plus en peintre à Vignon, à qui il écrit aussi à propos de cette toile, il lui dit qu'il a voulu rendre l'effet de soleil sur les ligures et dans le paysage, l'air chaud et doux, le calme de tout cela. 11 ajoute que c'est bien difficile à exprimer, et pourtant que le but de l'art « est de faire aimer cette bonne nature dont nous faisons tous partie: l'art ainsi compris, malgré tous ses labeurs, toutes ses misères, est un enchantement perpétuel ! »

Ainsi, alternativement, Cals va des spectacles de misère des hommes aux splendeurs ensoleillées du ciel et aux bonheurs que les êtres boivent parfois comme les plantes boivent de l'air. Un des plus délicieux tableaux de gaîté et de couleur tendre et blonde, après ce grand tableau vert, fut sans contredit ce paysage du Palisseur de vigne, qui dans l'œuvre mérite une mention spéciale, bien que Cals n'en ait rien écrit. Ce chemin entre des murailles et entre des arbres, ce bonhomme au bout de son échelle, rattachant les branches qui tapissent sa maisonnette, c'est une œuvre essentiellement française qui a l'intensité de sentiment et la richesse de peinture des meilleurs Hollandais. Un autre admirable paysage, dans la collection Doria, est une grande vue de la nuit sur la campagne, avec le soleil se couchant dans les brumes, au-dessus des flots lointains. Cette page, malheureusement impossible à reproduire ici, car en perdant sa couleur elle eût perdu trop de son charme, a été justement appelée par M. de Chalambert « la poésie de la peinture ».

3rocédé et Imp Georges Pet

HF.URF.U5t MERE

La tendresse illumine les dernières années de Cals- Il cherche à l'exprimer dans les œuvres douces et enjouées et dans celles qui sont très soutenues de ton et très larges de dessin, comme cette Jeune Mère, œuvre importante, dont il parle avec beau-

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