‹ A.-F. CalsChapitre 40 sur 56 · I.A RUE VARIN, A RONFLEUR · texte numérisé non relu

I.A RUE VARIN, A RONFLEUR

coup d'intérêt : « La mère et l'enfant se regardent, l'enfant tette en touchant le sein de sa mère avec ses petites mains. Je tâche de mettre là-dedans un sentiment bien intime, bien maternel, et un peu de la mélancolie charmante que je vois dans la nature. » Dans cette toile, d'une couleur très soutenue, règne pour nous une espèce de grandeur instinctive, presque animale, dans le sens large et vivant du mot, sentiment qui anime la plupart des peintures

de la manière d'Honfïeur: le Vieux paysan, de la collection Rouart, ou bien encore t 1 Anxiété, où Cals a justement mélangé ces deux principaux éléments de son œuvre alors , la grâce des jeunes êtres, la morne inquiétude des « grands » et, de sa part, l'admiration attendrie pour les uns, la sympathie et la compassion pour les autres.

C'est ce que le comte Doria avait remarquablement ressenti et exprimé dans sa description de cette œuvre, une de celles qui lui allaient le plus au cœur : « La tempête mugit au dehors, il fait froid, le feu brille dans l'âtre. L'heure du retour est arrivée; pleine d'anxiété, la mère prête l'oreille aux bruits du dehors.

•» L'enfant, sans trop savoir pourquoi, devine la préoccupation de sa mère ; cette dernière, heureuse de presser de la main ce cher petit, qui appuie sur ses genoux sa tête charmante, reste néanmoins dominée par l'inquiétude et parla crainte. »

Les plus éloquentes peut-être de toutes les lettres de Cals relatives à son œuvre sont celles sur la Rue Varin, dont il décrivait la vie misérable et grouillante qu'il cherche à peindre, entouré souvent d'une quinzaine d'hommes, de femmes, d'enfants, puis surtout une lettre relative à un tableau de détresse : les enfants se chauffant près de leur pauvre feu. Celle-ci est la plus poignante et il faut la citer tout entière.

Au surplus, qu'aurions-nous maintenant de plus à dire pour faire comprendre et aimer cet homme-là?

» Le temps s'est mis à la pluie cette après-midi et m'a obligé à plier bagage de bonne heure. Je croyais terminer l'ébauche d'une toile de 20, que j'ai commencée dans la rue Varin. Je suis là en pleine misère.

» J'ai commencé une toile de 12, dans une chambre, au rez-dechaussée : de pauvres enfants autour d'une grande cheminée. Quelle misère ! Il est bon de montrer de temps en temps jusqu'où peut aller la détresse, le dénuement de toutes choses dans lesquels s'élèvent certains êtres humains. Sans doute, les vices

des parents sont en partie cause de l'abjection dans laquelle

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