‹ A.-F. CalsChapitre 4 sur 56 · LE VIEUX PAUVRE (SALON DE I · texte numérisé non relu

LE VIEUX PAUVRE (SALON DE I

hésitait longuement à avouer à ses parents la folle détermination qu'il avait prise, se faire peintre! et, en proie à un grand trouble, il se sauvait de chez son maître de gravure, sans oser lui donner des explications.

Cela se passait en 1828. L'ami qui détermina la vocation de Cals s'appelait Henri Monnier, sans rien de commun avec le célèbre caricaturiste.

« Il n'a rien laissé, écrivait Cals, aucun nom dans l'art. Mais je peux dire qu'il a laissé son nom bien profondément dans mon cœur. Il est mort du choléra, tout jeune, en i832, à l'hôpital Saint- Louis, où il avait été porté très malade; et c'est moi, comme son meilleur ami, qui ai été chargé d'apprendre sa mort à sa pauvre mère, qui est morte elle-même, quelques années après, dans mes bras. »

Je ne voudrais pas rappeler trop souvent que les touchants et modestes incidents de la vie de Cals sont comme des peintures de lui, mais il me semble que nous venons d'en voir encore là toute une série. Du moins, tout cela est d'un autre âge, charmant de bonhomie et attendrissant de simplicité.

ous nous expliquerions difficilement, aujourd'hui, l'enthou-

siasme que pouvait ressentir un jeune homme en entrant

à l'atelier de Cogniet, si nous ne nous reportions à diverses lettres de Cals.

Dans une, au comte Doria, il rappelle que c'était, en 1828, « un jeune homme revenu de Rome depuis quelques années seulement, et alors dans tout l'éclat de sa réputation ».

Une autre lettre, à sa fille, lui a permis de s'expliquer rétrospectivement sur le cas de son maître et sur ses rapports avec lui. Nous la reproduisons ici presque tout entière. Elle est des plus intéressantes et elle va, mieux que n'importe quelle analyse, nous montrer les tendances qui entraînèrent l'esprit de Cals et demeurèrent presque complètement victorieuses de sa docilité et de sa timidité.

« J'ai vu hier M. Cogniet, écrivait-il, mais je n'ai pas retiré de cette visite la satisfaction que j'en attendais, et cela, sans doute, par ma faute. Ah! combien j'ai senti que M. Cogniet et moi nous sommes loin de nous entendre ! Il est évident pour moi qu'il a été froissé de retrouver dans mes ouvrages ce qu'il exècre dans certaines oeuvres modernes, Millet, Corot, etc. Au reste, je comprends qu'un homme qui travaille depuis cinquante ans dans une tout autre voie, qui y a acquis une belle position par des travaux méritants, qui se trouve cependant, à la lin de sa carrière, débordé et un peu rejeté, soit aigri de tout ce mouvement qui se produit en dehors de lui et malgré lui. Et si, dans cette disposition, un ancien élève pour lequel il a conservé quelque estime et quelque amitié, vient lui présenter des ouvrages où il montre ce qu'il a combattu toute sa vie, il doit en ressentir une peine vive qui le porte à appuyer sur certains défauts, graves malheureusement, et que personne plus que moi ne déplore dans ma peinture. D'autre part,

certaines qualités, que je crois y être, frappent peu M. Cogniet.

» Tout ce que je te dis là, j'y suis tellement intéressé que je le débrouille dans ma tête avec toutes les précautions possibles. J'avoue que j'ai été très peiné de sentir si vivement combien peu je m'entendais avec mon vieux maître ! J'ai vu sur un chevalet un très beau portrait, qu'il vient de terminer, d'après M. Magne,

ancien ministre, membre du Conseil privé. Je lui demandai si l'on verrait ce portrait au Salon. « Non, mon ami, me dit-il avec une certaine émotion, je suis brouillé avec le Salon.

— Comment, monsieurCogniet, je ne comprends pas? — Oui, je suis mal avec celui qui dirige tout cela (Niewcrkerke sans doute). » — Alors, avec une émotion plus visible encore, il m'a conté tous ses déboires au moment où l'on a renversé l'ancienne Ecole et bouleversé l'Institut. Tout cela contraste visiblement avec les succès de sa jeunesse, qui datent de l'époque de la grande querelle entre les romantiques et les classiques. Alors il était acclamé dans les deux camps. Chez les vieux, on l'appelait le dernier des Romains, et les jeunes trouvaient en lui toute la sève nouvelle.

» Peut-être cette gloire, dans laquelle M. Cogniet ne s'est pas longtemps soutenu, et qui a été remplacée cependant par une position très honorable et certainement méritée, peut-être cette gloire avait-elle deux causes : un talent incontestable d'abord, et une certaine nature d'esprit de second ordre, si j'ose dire, qui a toujours fait de M. Cogniet un homme mixte et,

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