LA DAME A L' ŒILLET
Rome. Quoiqu'il s'entretînt souvent de Rome avec son camarade Monnier dans sa mansarde, il est certain que Cals n'a guère tenu à y aller. S'il en avait eu la volonté, il aurait certainement fait le voyage, car il a fait dans sa vie des choses bien plus dilliciles et bien plus dures que cela.
Il n'en allait pas moins, de temps en temps, voir son maître, avec la même déférence et le même tendre respect que s'il avait suivi aveuglément ses conseils.
Léon Cogniet lui rit un jour des reproches qui durent lui aller bien agréablement au cœur. C'était vers le moment de la maturité de Cals :
« Hélas ! mon ami, je comprends de moins en moins où vous voulez aller. Vos paysages, voyez-vous... eh bien, pardonnez-moi de vous parler aussi brutalement... mais c'est aussi mauvais que ce que fait ce — comment l'appelez-vous ? — ce Corot; oui c'est cela, Corot. Vous me rappelez cela... Voilà où vous en êtes, mon pauvre Cals! Je vous le dis comme je le pense. »
La vie de Cals, pendant toute sa jeunesse, a été sans doute fort précaire. Si on en connaissait bien les détails, elle se composerait certainement d'un tissu d'efforts acharnés pour dégager sa vison personnelle et conquérir ses moyens d'expression ; de travaux de métier acceptés pour vivre pauvrement,