PORTRAIT DE BOYER, PORTEUR DE CONTRAINTES
copies, besognes de gravure, leçons de dessin; de promenades et de rêveries passionnées; de privations et de déceptions de toutes espèces, et de modestes mais intenses bonheurs, au milieu de la nature ou devant son chevalet.
En 1 83 1 , il avait été soldat à Rouen, mais le service ne l'avait pas empêché de dessiner, de peindre, de se passionner pour la vieille ville, alors admirable et intacte.
Il avait quelques amis, les uns très humbles, les autres en bonne situation et l'aidant plus ou moins, mais en tous cas lui portant une affection sincère.
Parmi les premiers, nous savons qu'il y avait un certain Boyer et un peintre nommé Cousin. Boyer avait eu peut-être une petite aisance et l'avait employée à acheter des œuvres d'art. Il était tombé dans la gêne et avait été réduit, pour vivre, à prendre le métier, plutôt ingrat, de porteur de contraintes. Mais au milieu de sa pauvreté, il avait conservé des goûts de raffinement et d'art; un tout petit portrait de lui, exécuté par Cals, le montre éclairé de la façon la plus délicate et la plus heureuse par la lueur d'une lampe, car pendant longtemps le peintre aima rendre ces effets de lumière artificielle; sa tenue est plus que simple, mais il porte à sa cravate un beau camée. Pour Cousin, il est mort jeune : Cals a portraituré également cet ami, et nous avons reproduit ce portrait, d'une exécution très line ; il est assis dans son atelier, et derrière lui se trouve une copie de la Visitation de Sébastien del Piombo, que Cals a lui-même aimé copier.
Comme amis dans une situation de fortune supérieure (sans grand'peine) à la sienne, il a connu plus ou moins tôt un dentiste nommé Picard, d'esprit très ardent comme lui, qui aimait beaucoup les choses d'art et avait rassemblé une importante collection. Puis les frères Godin, Eugène et Auguste, l'un sculpteur, l'autre un grand ébéniste du faubourg Saint-Antoine, prédécesseur de Jcanselme. Eugène Godin a exécuté un médaillon de Cals, dont un certain nombre d'épreuves ont été distribuées aux amis du peintre. La collection d'Eugène Picard, qui comprenait plus de vingt Cals, des Corot, des Jongkind, des Millet, des Pissarro et de nombreux objets d'art, a été vendue à l'hôtel Drouot, le 3 avril 1884. Ce sont là de vieux amis de Cals, il leur écrit ou il parle d'eux dans les termes d'une ancienne connaissance.
Le peintre Barrias avait été également son camarade d'atelier, et il avait conservé avec lui des relations très cordiales, bien qu'ayant suivi une voie tout à fait différente. Dans une tout autre catégorie, il avait des relations amicales avec Ribot, et, comme nous le verrons plus loin, avec Jongkind.
Enfin, après quelles vicissitudes et à quel moment finit-il par trouver un marchand, un marchand à lui , qui l'aida toute sa vie, raffola de lui et fut payé en retour d'une affection profonde ? Nous ne saurions aujourd'hui le déterminer exactement. Ce marchand, c'était Martin, le père Martin, comme on l'appelait. Mais vraiment les rapports entre Cals et Martin sont trop importants pour que nous puissions même les effleurer maintenant.
Ce que nous voulions simplement retirer de ces indications, c'est que la vie et le caractère de Cals sont éminemment simples, naturels, très conformes aux vieilles traditions, en harmonie avec l'humanité véritable et tout différents de ce qu'il y a de factice et de prétentieux dans la notion qu'on se fait de Yartisle. C'est l'artisan d'autrefois, bien modeste, ayant de bons compagnons et compères, aimant comme lui les bonnes et belles choses, non pour la vanité, mais pour elles-mêmes et pour leur propre plaisir. Conditions excellentes pour qu'un artiste vive avec amour, fasse de très belles œuvres et n'en retire aucun profit.
Cals eut d'autres et non moins bons amis, que nous verrons,
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mais nous voulions d'abord rechercher ceux qui nous aident à retrouver un peu les éléments d'un tableau de sa jeunesse.
Toutefois, le tableau serait loin d'être complet si l'on n'en faisait ressortir que l'humilité, la modestie, et si l'on y oubliait à la fois le tourment et la passion.
Cals, qui était une nature aimante, intime, confiante, avait pensé trouver le bonheur dans le mariage et avait été vite désillusionné. Il avait épousé une jeune fille noble, M"c Ermance de Provisy, élève de Cogniet, à qui Cals, en suppléance de son maître, avait donné quelques leçons de dessin et qui possédait de la fortune. Le mariage avait eu lieu, pensons-nous, entre 1840 et 1844, et la lune de miel avait été de courte durée. Nature peu équilibrée, la femme de Cals devint bien vite une véritable mégère; ce sont des détails dans lesquels on peut entrer, puisque tous ceux qui ont connu Cals ont été au courant de cette situation, qui d'ailleurs a exercé une grande influence sur sa vie et son caractère. Autant Cals était doux et patient, autant cette femme était acariâtre et emportée. Entichée de sa petite noblesse, elle reprocha bientôt violemment à son mari sa naissance plébéienne, ce qui était l'atteindre au vif. Désordonnée, elle laissait se fondre peu à peu entre ses mains les quelques revenus qu'elle avait, et comme la fortune venait d'elle, Cals, avec sa scrupuleuse délicatesse et sa timidité, ne se croyait pas en droit de l'empêcher de se ruiner; il ne l'osait point, même comme chef de famille, dans l'intérêt de la petite fille qui était née de ce terrible mariage.
Cette enfant a été sa consolation, son espoir, pendant des années, puis de nouveau il a été frappé en elle, ainsi que nous le dirons plus loin, de la plus navrante façon. Qu'il suffise d'indiquer dès maintenant que, dans son enfonce, elle avait sous les yeux le spectacle, et peut-être, dans sa propre nature l'hérédité, de la plus notoire folie. Quel chagrin et quel réveil pour Cals, dans le modeste rêve de vie heureuse et laborieuse qu'il avait conçu! Le travail lui était devenu impossible à la maison. L'artiste, qui
au Salon de 1842 avait exposé, par une sorte de moquerie de sa destinée, un tableau intitulé le Bon ménage (probablement, avec sa tendance à ne peindre que ce qui était autour de lui et l'intéressait directement, le premier et unique chapitre heureux de son propre roman), devenait un lamentable et très particulier
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vagabond. Il fuyait son intérieur trop tumultueux et s'en allait au hasard, à la dérive, dans la campagne, afin de retrouver un peu de calme, « de dégager, a dit M. le comte Doria, sa pauvre tête des tristesses qui l'accablaient ».
A cette époque, Cals est un bien pauvre homme; aux soucis matériels de la vie s'ajoutent les déceptions comme artiste. Quelques-uns de ses camarades, et déjà peut-être quelques fureteurs,
s'avisent des qualités et du charme de sa peinture, mais il est de la part des jurys l'objet de mauvais procédés, de dénis de justice; on lui refuse des tableaux, on lui place le plus souvent très mal les autres. Au Salon de 1846, où il expose une importante série d'oeuvres, tout le monde croit qu'il va avoir une médaille; c'est encore une désillusion à ajouter aux autres.
Il ne vend rien. A certains moments, il souffre littéralement de la faim. Un jour l'existence à deux devient plus intolérable que jamais; sa femme est presque tout à fait ruinée; elle est devenue entièrement dérangée d'esprit ; une sorte de séparation amiable a lieu. Cals place sa femme à Versailles; c'est elle maintenant qui sera à sa charge, et le voilà devenu, avec un jeune enfant sur les bras, une sorte de vieux garçon désorienté et désemparé.
Alors, par un singulier privilège de tourment, la vie de Cals a été quelque chose de profondément malheureux et d'heureux en même temps, comme rarement la vie d'un homme peut l'être. Il a éprouvé les plus grandes amertumes par la vie et les plus grandes consolations, presque les plus grandes ivresses, par la contemplation et le rêve.
Un Cals qui fait de longues courses en sabots dans les environs de Paris, par tous les temps, indifférent aux pluies, aux neiges, ravi uniquement des soleils levants, des soirs mélancoliques, des temps voilés infiniment délicats, tristes et doux; qui explore Argenteuil, les bords de la Marne, les environs de Versailles, de Saint-Cyr, trouve dans les chiches campagnes de Saint-Ouen, d'Aubervilliers, autant de sujets de tableaux que parfois dans les plus riches forêts et les plus riantes régions; qui s'intéresse passionnément à des vagabonds, à des enfants, à de pauvres vieilles épaves de la vie, humbles et anonymes êtres dont il interroge anxieusement les traits ravagés ou effacés, tâchant d'y retrouver l'expression de ses propres soucis et cher-
chant, par la sollicitude qu'il met à les questionner sur leurs préoccupations mornes, sur leur existence machinale, à mettre
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en commun leurs tribulations passées avec ses tribulations présentes. Voilà l'homme à plaindre et à envier qui se fait lente-
ment, péniblement, passionnément, une philosophie de ses épreuves et un art de ses misérables et radieuses consolations.
Des traits naïfs et poignants de sa situation matérielle et de son état d'esprit peuvent être rapportés ici pour compléter cette première esquisse.
Il n'avait pas dîné la veille, et, parti le matin pour tâcher de trouver quelque argent, il avait fait de longues courses dans Paris et frappé inutilement à toutes les portes : tel ami sûr était absent; les marchands ne voulaient de ses œuvres à aucun prix. Seul comprendra l'angoisse, l'humiliation et le désespoir qui peuvent s'emparer de l'âme d'un artiste, celui qui, une ou deux toiles sous le bras, aura accompli ce voyage de boutique en boutique, voyant s'évanouir, à mesure que la journée s'avance, l'espoir des maigres sommes qui l'empêcheraient de mourir de faim : c'est pourtant une chose qui est arrivée à certains des plus grands!...
C'était fini. Le soir arrivait, et la journée allait se passer sans que Cals eût pu se mettre un morceau de pain sous la dent. Il errait maintenant où ses pas le conduisaient, machinalement, loin des quartiers civilisés, du côté des fortifications, du haut desquelles il méditait de se jeter, tête la première. Son pied heurte un objet; il se baisse, ramasse : c'est un porte-monnaie contenant cinquante-deux sous! Il regarde tout autour de lui, fait du chemin pour trouver quelqu'un, demander au plus proche passant s'il n'a point perdu quelque chose; mais l'endroit est tellement désert qu'il semble qu'avant Cals personne n'ait passé par là depuis longtemps, et le pauvre homme accepte ce dîner de la Providence.
« Dieu m'avait puni de m'ètre fait peintre, racontait-il avec un enjouement bien mélancolique, mais il n'avait pas voulu pourtant me faire mourir de faim. »
Une autre fois, dans un des moments les plus noirs de sa vie intime et de sa vie matérielle, il était parti de chez lui avec la
résolution arrêtée d'en finir avec la vie. Son esprit était en proie à une sorte de torpeur et d'hallucination en même temps; il voyait la mort, allait au-devant d'elle et ne songeait à rien autre.
Il suivait la Seine, faisait, faisait du chemin. Arrivé dans les environs de Saint-Maurice, à un endroit très désert, il se dit : « C'est là », et, sans hésitation, entre dans la rivière avec toute l'énergie machinale qu'il faut pour chercher à se noyer de cette façon (c'est ainsi que le baron Gros s'est tué). Il va avoir de l'eau jusqu'à la ceinture, lorsque la fraîcheur le réveille comme en sursaut; il regarde autour de lui. s'arrête un instant. Ses yeux qui, jusqu'à ce moment, avaient été ce jour-là indifférents à tout, se reprennent à percevoir les objets, et les couleurs, et la lumière. L'endroit est charmant. Le ciel est d'une limpidité admirable et son accord avec les eaux fuyantes du fleuve est d'une harmonie exquise. Il y a des bouquets de verdure, des maisonnettes bien groupées. Les facultés d'admiration reprennent soudain le dessus et l'emportent sur le découragement. Comme tout cela est beau! Qu'il y a de belles choses à peindre!... Et voilà l'enthousiasme du bon Cals qui galope !... Et il s'aperçoit qu'il tenait, dans sa main encore crispée, sa boîte à couleurs, emportée avec lui, sans qu'il y prît garde, par pure habitude.
Il sort de l'eau, s'installe tout mouillé sur la rive, se met à brosser un paysage, tout en s'admonestant :
« Comment ! malheureux ! Tu allais te tuer ! Tu doutais de ton art, et de la vie , et de Dieu ! Et il y a de si beaux tableaux à faire ! Mais regarde donc tout cela ! Comme c'est difficile, mais comme c'est intéressant ! Peins donc, misérable, et tâche de bien peindre, pour te punir! »
Cals n'a de cesse qu'il n'ait poussé jusqu'au bout sa pochade, et il rentre à la maison réconforté.
« Je crois, disait-il malgré sa modestie, que l'étude que j'ai faite ce jour-là était une de mes bonnes. »
Ainsi, comme nous le disions, chez lui l'enthousiasme se
mêlait sans cesse aux chagrins, aux épreuves, et le sauvait de leurs conséquences sans cela fatales.
Cet enthousiasme, il l'apportait dans ses idées et ses sensations de la vie, comme dans ses impressions d'art. Sous ses apparences timides, réservées, presque craintives, il n'y avait pas d'homme plus ardent, plus passionné. Tantôt ce besoin d'allumer de grands feux en soi-même le poussait, comme nous en verrons des exemples, au mysticisme le plus fervent, presque exalté; tantôt le besoin d'aimer des hommes, de s'intéresser à ses humbles semblables, le faisait se jeter dans un sens tout opposé, à un socialisme presque véhément, qui plus d'une fois se traduira, au cours de sa vie, dans sa correspondance, dans ses agendas, par des exclamations, des invectives. Dans le monde, au contraire, très doux, discutant peu et ne se laissant aller à disserter ou à contredire qu'avec des amis.
Dans les périodes de révolution pourtant, la fièvre le gagnait, un besoin d'action s'emparait de ce petit homme paisible. J'en donnerai tout de suite des exemples. Il serait bien extraordinaire qu'en i83o, il n'ait pas manifesté et pris part aux «Trois Glorieuses», comme d'ailleurs tant d'autres artistes de son époque, — on se rappellera que Delacroix ne s'est pas contenté de peindre la Liberté sur les barricades, mais qu'il y était de sa personne avec elle; — en tous cas, nous savons par la correspondance de Cals, qu'il prit très au sérieux son rôle de garde national, en 1848, et, dans une autre lettre, nous voyons qu'au moment du coup d'Etat, il suivit, en i85i, les funérailles de Baudin.
Des journées de 1848, il aimait rappeler un souvenir, un peu gaillard mais ceci est aussi dans son caractère, car il avait beaucoup de gaîté aux heures même parfois les plus tourmentées, et surtout dans la souffrance physique, vers la lin de sa vie).
« Au moment où nous étions tous presque continuellement
en armes sur la place, racontait-il, un de mes camarades de la garde nationale, un chiffonnier du quartier, me propose un verre de vin. Je le remercie, quoiqu'il fit bien chaud. Alors, il m'offre un petit verre d'eau-de-vie ; nouveau refus avec remerciement. Un autre camarade, chiffonnier aussi, je crois, lui dit alors : « C'est un » bon zigue, mais il ne boit pas. — Ah ! dit l'autre, il a raison ; car » on boit parce qu'on s1... ennuie, et plus on boit, plus on » s'. ..ennuie. »
Ces chiffonniers étaient très philosophes, mais certainement
moins bons observateurs, car notre Cals s'est plus d'une fois
ennuyé dans son existence.
IL y avait chez Cals beaucoup de spontanéité, sans doute, mais une spontanéité pour ainsi dire du second degré : il avait souvent le besoin de ruminer un peu les idées avant de s'éprendre pour elles. M. H. Rouart rapporte que Cals, vieilli, arrivait parfois chez lui et regardait sans mot dire certaines œuvres de la « nouvelle école », qui auraient provoqué, chez son bon maître Léon Cogniet, d'autres imprécations que devant Millet ou Corot; ou bien, s'il laissait échapper un mot, c'était pour déclarer que décidément il n'y comprenait rien.
Huit jours après, il revenait, allait droit aux tableaux, et disait : « J'ai pensé, cette semaine, aux peintures de vos jeunes gens. Je crois avoir compris maintenant... Eh oui! c'est bien cela! Savezvous que ce n'est pas mal du tout, et qu'ils ont peut-être raison ? » D'ailleurs, il importe de remarquer que ces réflexions n'allaient pas jusqu'à la hantise, et que cette approbation ne l'induisit en aucune façon à changer le métier, les moyens d'expression qu'il s'était conquis.
Mais ces moyens, il les dégagea lentement. Les œuvres de sa jeunesse sont fort intéressantes à étudier à ce point de vue. Elles sont très différentes de celles de sa maturité et de sa vieillesse; mais on peut dire qu'il a été, comme tous les vrais peintres, perpétuellement en progrès, s'acheminant d'un extrême soin, d'une scrupuleuse application, d'une exécution propre, nette, lisse, à une souplesse et à une aisance de plus en plus grandes. Presque jamais de ces velléités de crànerie, de bravoure, pour ne pas dire de brutalité, qui ont souvent fait prédire un avenir considérable à des débutants qui se sont arrêtés là.
Cette observation ne s'applique d'ailleurs qu'à sa technique et nullement à sa conception et à son émotivité. Dès les premières années, il a su ce qu'il aimait, et il l'a vivement aimé. Les livrets
du Salon, à défaut de la fameuse Famille de ramoneurs, en feraient foi. En [835, il débute avec Une Pauvre femme ; môme sujet en [836; en [838, [839, 1840, ce sont des Mendiants, des Paysans, un Vieux vagabond et ainsi de suite, avec, de temps en temps, quelques sujets religieux. Parmi ceux-ci, une Tête de saint en 1841 ; une Madeleine en méditation, au Salon de [845, qui, si on en juge par une petite esquisse conservée dans la collection Alexis Rouart, était une sorte de concession, d'ailleurs presque unique dans l'œuvre, au genre biblique et orientaliste qui tiorissait alors; enfin, au Salon de [-846, Une Pauvre famille en prières, qui est une scène d'église, et, au Salon de [847, un Saint François d'Assise qui est une grande, vigoureuse ligure de moine. Plus tard, il esquissa le projet d'une grande composition. Consolatrix affliclorum, mais ce fut, à long intervalle, sa dernière tentative en ce genre, et il s'en tint à cette petite esquisse, d'ailleurs charmante.
Le peintre tâtonne un peu dans les premières années; nous avons tenu à reproduire ici certaines œuvres des débuts, prises parmi celles où s'affirmait déjà le plus vivement sa personnalité. Le Mendiant du Salon de [838, que, par la suite, il désignait habituellement sous le titre du Vieux pauvre, est d'une facture appliquée, consciencieuse, mais déjà très vigoureuse et d'une assez belle matière. Le caractère du personnage est très simple et ce portrait plutôt que tableau est très vivant.
La Vieille Paysanne du Berry, du Salon de i83g, est, par le côté robuste de l'exécution, par la couleur elle-même, un peu influencée par l'école anglaise ; c'est une rareté dans l'œuvre, mais un beau morceau de peinture, tout compte fait. Cals avait. Vers cette époque, fait un voyage en Berry, dans les terres d'un amateur d'art et d'un gentilhomme de qui il avait exécuté et exposé au Salon de i838 le portrait, le comte de Lancosme de Brèves, avec qui il entretint de longues et excellentes relations.
Beaucoup d'oeuvres de Cals, vers cette époque, sont, pour
le moment, inconnues ou bien oubliées. Peut-être se retrouverontelles un jour peu à peu. Ses portefeuilles de dessins contenaient des croquis de portraits plus ou moins importants, très cherchés et de très bonne tenue. D'autres œuvres ne nous sont également soupçonnées que par ces croquis anciens, très curieux, mais dépourvus de mentions pouvant mettre sur leur piste.
Parmi les amateurs anciens de ses œuvres, il y a lieu de citer également ici un M. Labbé. pour qui il semble avoir conservé une
gratitude et une affection particulières. De même encore un docteur anglais, M. Castle, et sa famille, avec qui il était en des termes spécialement cordiaux. C'est vraisemblablement cet amateur qui a contribué à faire connaître en Angleterre le nom de Cals ; quelques-unes de ses œuvres y sont demeurées dans des collections, mais il est bien difficile maintenant d'en retrouver le nombre, la désignation et même simplement la trace.
Du tableau exposé en 1846, Une Pauvre famille en prières, on peut juger par deux peintures, l'une dans la collection Doria, étude pour deux des têtes, l'autre dans la collection Alexis Rouart,