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L ŒIL ET LA VISION I4I

fine couche de filets nerveux, transparents pendant la vie, c'est la rétine, ou membrane sensible de l'œil.

Cette description succincte nous fait prévoir le rôle de ces divers éléments dans l'accomplissement des fonctions de l'œil. Les milieux transparents forment par leur 5 réunion un assemblage de lentilles convergentes, comparable par son mode d'action à l'objectif d'une chambre noire photographique. La rétine est l'écran qui reçoit l'image ; quant à la pupille, elle sert de diaphragme ; en éliminant les rayons obliques, elle diminue l'intensité trop 10 vive de la lumière et augmente en même temps la netteté des images.

Cette assimilation de l'œil à une chambre noire soulève cependant une difficulté sérieuse dont la solution complète s'est longtemps fait attendre; elle exigeait en effet 15 des connaissances anatomiques approfondies qu'une étude minutieuse de l'organe pouvait seule dévoiler.

Pour que l'image formée par une lentille se peigne nettement sur un écran, il faut, nous le savons, que cet écran soit à une distance de la lentille, déterminée par sa 20 longueur focale1 et par la position de l'objet. Si l'objet s'éloigne, l'écran doit se rapprocher de la lentille; s'il s'en rapproche, l'écran doit s'en écarter.

Or, dans les conditions ordinaires de la vision, tous les objets nous apparaissent avec une égale netteté, quelle 25 que soit leur distance. Il faut donc que l'œil s'accommode, par un mécanisme particulier, aux conditions si diverses et si mobiles qui agissent sur lui.

On a admis pendant longtemps que la rétine pouvait se déplacer, pour se mettre d'elle-même au point correspon- 30 dant à la plus grande netteté ; d'autres physiologistes ont attribué au cristallin un mouvement de translation2 en

avant ou en arrière ; mais toutes ces hypothèses, en harmonie sans doute avec les lois physiques, sont en flagrant désaccord avec l'observation. La rétine et le cristallin occupent dans l'œil une situation invariable; ils ne peuvent 5 ni se rapprocher ni s'éloigner l'un de l'autre. Il fallar donc chercher ailleurs la cause de l'accommodation.

Descartes,1 le premier, soupçonna qu'elle pouvait rési der dans des changements de forme du cristallin. Cettf opinion, fécondée2 par les travaux des physiologistes mo

io dernes, est devenue, grâce aux démonstrations expérimentales les plus rigoureuses, l'expression d'une vérité incontestable.

Le cristallin n'est pas, comme son nom semble l'indiquer, formé d'une matière dure et cassante ; sa substance,

15 douée d'une certaine flexibilité, peut céder, au contraire, à la pression d'un appareil musculeux spécial qui en embrasse les contours, et dont l'action se traduit par une augmentation ou une diminution de courbure.

Ces modifications dans la forme de la lentille, entraî-

20 nant nécessairement des changements correspondants dans sa longueur focale, compensent rigoureusement les variations de distance des objets exposés à nos regards. L'œil est-il fixé vers des plans éloignés, l'appareil musculaire se relâche, et le cristallin, aplati, est, pour ainsi

25 dire, à l'état de repos. Notre attention se dirige-t-elle, au contraire, sur des objets voisins, le muscle de l'accommodation entre instinctivement en jeu ; la lentille, devenue plus sphérique, rend les rayons plus convergents, et forme toujours sur la rétine une image d'une excessive

30 netteté.

Ce mécanisme ne suffit cependant pas toujours à rendre chez tous les individus la vision constamment nette

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et distincte. Les yeux sont sujets à des vices de conformation très communs qui exercent une influence considérable sur leur manière de fonctionner. Dans l'œil normalement constitué, la rétine occupe derrière le cristallin la position qui correspond à la vision nette des 5 objets très éloignés; dans ce cas, l'appareil de l'accommodation est en repos. Mais il arrive souvent que le globe oculaire est trop allongé ou trop aplati, de sorte que la rétine ne reçoit plus qu'une image vague et diffuse. Il en résulte dans les deux cas l'impossibilité de voir dis- 10 tinctement les objets éloignés: l'œil est alors ou myope ou hypermétrope.

Il est myope quand le globe oculaire est trop long: on remédie à cette anomalie par l'emploi de lunettes concaves qui accroissent dans un rapport convenable la Ion- 15 gueur focale de tout le système optique. L'œil hypermétrope, au contraire, doit faire usage de lentilles convexes qui, ajoutant leur action à celle des milieux de l'œil, augmentent la convergence des rayons et forment une image nette sur la rétine malgré sa position anor- 20 maie. La vision, ainsi corrigée par des verres d'une courbure convenable, reprend ses caractères normaux, et l'accommodation se produit ordinairement d'une manière régulière.

Il est enfin une dernière infirmité à laquelle bien peu 25 de personnes échappent, et qu'il ne faut pas confondre avec les précédentes. Vers l'âge de quarante ou quarante-cinq ans, nous commençons à éprouver une certaine difficulté à voir nettement les objets rapprochés : pour lire une feuille imprimée, par exemple, nous sommes 30 forcés de la placer plus loin de nos yeux que nous ne le faisions à un âge moins avancé; cette modification de

la vue s'accentue de plus en plus à mesure que nous vieillissons : nous devenons presbytes.

L'œil conserve pourtant, dans ce cas, les mêmes dimensions relatives ; ses milieux réfringents ne sont l'ob- 5 jet d'aucune altération ; la faculté d'accommodation a seule diminué. Nous devenons incapables de donner au cristallin la convexité nécessaire pour la vision à courte distance ; il faut recourir à l'emploi de lunettes convexes. On confond très souvent la presbytie avec l'hypermétro-

io pie; on voit cependant que ces deux affections sont essentiellement différentes : la première est une infirmité acquise de l'appareil de l'accommodation, la seconde dépend d'un vice de conformation naturel ; elles peuvent d'ailleurs coexister simultanément chez le même individu :

is un œil peut même être à la fois myope et presbyte.

Telles sont, dans leur ensemble, les conditions purement physiques qui président à la vision. Un mot maintenant sur les phénomènes d'ordre physiologique qui complètent la fonction. Une des qualités les plus essen-

20 tielles de l'œil est de nous montrer dans un objet ses plus minutieux détails, .sans que les impressions voisines se troublent mutuellement. Cette faculté, variable selon les individus, a reçu le nom d'acuité de la vision; elle est une conséquence de la constitution de la rétine.

25 Cette membrane est formée par un nombre considérable de cellules nerveuses juxtaposées, et d'une telle petitesse, qu'un millimètre carré en contient plus de 150,000 clans la portion la plus sensible de l'organe. Il résulte de cette extrême division de la substance nerveuse

30 que la rétine peut recevoir autant d'impressions distinctes qu'il y a d'éléments séparés à la surface. Sous ce rapport, elle est infiniment supérieure à tous les autres or-

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