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L ŒIL ET LA VISION I

ganes des sens ; celui du toucher, en particulier, présente à cet égard une obtusion remarquable, qu'une expérience bien simple permet de mettre en évidence :

Que l'on pique légèrement la surface de la peau avec les deux pointes d'un compas: on remarquera que, pour s un certain écartement des deux branches, on éprouve la sensation d'une piqûre unique. Cet écartement varie d'ailleurs selon la région du corps explorée: il est de 2 millimètres environ pour la pulpe des dpigts, de 22 sur le front, de plus de 60 sur le dos ; la rétine, au con- 10 traire, est encore sensible à deux impressions rapprochées l'une de l'autre de quelques dix millièmes de millimètre seulement.

Il suffit donc, pour que nous voyions distinctement les détails d'un objet, que leurs images se forment au 15 fond de l'œil à des distances au moins égales. En dehors de cette condition, les sensations doivent nécessairement se confondre, et l'on est forcé, pour les rendre distinctes, d'avoir recours à des instruments grossissants, tels que le microscope, la loupe, les télescopes, dont le rôle essen- 20 tiel est d'amplifier les images qui se peignent sur la rétine.

Il s'en faut de beaucoup1 que toutes les parties de la rétine jouissent d'une aussi exquise sensibilité ; cette faculté est, au contraire, limitée en un point très restreint de l'organe, désigné en anatomie sous le nom de tache 25 jaune, et situé à peu près dans la direction de l'axe de l'œil. C'est ce point que nous dirigeons toujours instinctivement vers les objets que nous regardons. Toute la surface qui l'entoure est incapable de nous procurer une sensation nette des images qu'elle reçoit ; elle nous avertit 30 simplement de la présence d'objets visibles, en nous donnant des notions confuses sur leur forme et leurs détails.

La ligne qui joindrait l'objet considéré au centre de la tache jaune a reçu le nom d'axe optique.

Il est une région de la rétine tout aussi remarquable, et qui se distingue par son insensibilité absolue : cette 5 région correspond précisément au point par lequel pénètre le nerf optique ; elle a reçu le nom de tache aveugle ou de punctum cœcum.1

L'assimilation de l'œil à une chambre obscure, très satisfaisante au point de vue physique, semble en con-

10 tradiction avec la manière dont fonctionne la vision. Il résulte, en effet, de cette comparaison que tous les objets extérieurs doivent peindre sur la rétine leur image renversée, comme cela arrive dans la chambre noire ordinaire. Cette conséquence, pour si extraordinaire qu'elle

15 paraisse, est vérifiée par l'expérience; aussi a-t-elle été longtemps pour les physiologistes l'objet d'un profond étonnement.

Comment se fait-il2 que nous voyions les objets dans leur position réelle, quand l'impression qu'ils produisent

20 sur la rétine est d'un sens diamétralement opposé? On a cherché à expliquer cette contradiction en faisant intervenir l'influence de l'habitude et d'une éducation primitive de l'œil ; mais cette interprétation est incompatible avec l'observation physiologique, car un aveugle de

25 naissance, assez heureux pour guérir de son infirmité, voit les objets dans leur véritable direction aussitôt qu'il devient capable d'en apprécier la forme.

Il n'est pas nécessaire d'aller chercher si loin la solution du problème. Ce n'est pas l'image rétinienne que

30 nous voyons, c'est l'objet qui la produit. Le renversement de l'image est l'œuvre des lois géométriques de la propagation de la lumière, mais il n'entraîne nullement le

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