Jules Janin
Les feuilletons de M. Jules Janin sont ce qu'ils sont, un des plus prodigieux exercices et une des plus rudes épreuves de la facilité littéraire dont le journalisme quotidien ait donné l'exemple depuis un demi-siècle, une de celles, au demeurant, où la facilité a le moins compromis la bonne qualité et les saines traditions de notre langue. M. Jules Janin écrit toujours en bon français, même quand il n'a rien à dire. Quand le courant de la critique théâtrale lui apporte un bon sujet d'article, on connait l'usage qu'il en sait faire. Quand le fleuve ne roule que de l'eau claire, M. Janin y laisse emporter sa barque, sans y regarder. Étrange et charmante contradiction de l'esprit humain, ce libre et mobile écrivain, que sa fantaisie mène où elle veut, qui semble n'avoir ni souci de l'idée, quand l'idée ne vient pas ; ni scrupule en fait de style, parce qu'il écrit d'instinct le meilleur français ; ni respect des auteurs qu'il juge, pareeque ces auteurs sont plus ou moins d'honnêtes vaudevillistes, faiseurs d'affaires ; ni crainte de son lecteur, qu'une si vieille habitude a fait son ami ; ce mobile esprit, un jour, il trouve un maître. Ce maître, ce n'est ni vous ni moi, ni personne parmi les critiques, les philosophes, les historiens, les orateurs, les prédicateurs ou les poètes de notre âge ou des précédents. Non, un petit volume qui peut se lire en quelques heures, qui tient entre deux doigts, qui ne parle que d'amour, de bonheur, d'indépendance, et qui a dix-huit siècles de date. Voilà le maître qu'a choisi M. Janin, si même il a eu le choix. Horace ne s'est pas laissé choisir, il s'est imposé par l'immortelle puissance de son génie. —