‹ A French prose readerChapitre 30 sur 108 · Les Périls du Fleuve · texte numérisé non relu

Les Périls du Fleuve

Cependant leur navigation était parfois difficile et périlleuse. Quand la Loire couvrait ses rives, que les forêts de peupliers enfouies sous le débordement n'apparaissaient plus au loin que comme des champs de roseaux, que les eaux troubles et bouillonnantes se précipitaient en vingt courants furieux, roulant les arbres déracinés, les chaumes épars, les barges submergées, alors souvent la barque luttait en vain contre la vague, et flottait emportée à la grâce de Dieu. D'autres fois les glaces de l'hiver emprisonnaient la barque pendant un mois entier près du bord ; mais, si l'air venait à s'attiédir brusquement, un long craquement retentissait au haut du fleuve ; on voyait un cavalier passer bride abattue sur la rive en jetant le cri terrible : la débâcle ! et les glaçons détachés arrivaient de toutes parts comme des roches flottantes, broyant tout sur leur passage, avalanches d'autant plus redoutables qu'elles cachaient ce qu'elles avaient détruit, et emportaient mystérieusement vers la mer les cadavres et les ruines. La jeune femme avait vu tous ces désastres et couru tous ces dangers ; mais, l'épreuve subie, tout était oublié. Au premier rayon de soleil brillant sur la barque, à demi noyée, au premier oiseau gazouillant sur les branches du bouleau encore couvert de givre, la confiance renaissait à bord ; les vêtements mouillés étaient suspendus aux cordages, la fumée du foyer remontait vers le ciel ; Michel hissait la voile, Gratien jetait son filet dans le fleuve, et Jeanne reprenait sa quenouille avec sa chanson accoutumée. — SOUVESTRE,

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