Champfleury
Il est né en 1 821, à Laon. Son père tour à tour secrétaire de la mairie, imprimeur et propriétaire du journal du cheflieu, se nommait Fleury. Lui ajouta champ au nom paternel — Champ fleuri. Détestable écolier, il ne dépassa pas la quatrième. Il ne rêvait que tapage, mauvais tours, pantomime et cors de chasse. En quittant le collège, il entra comme employé à la mairie de Laon. Le jour, il brochait des expéditions avec une écriture de chat; le soir, il jouait du violoncelle dans des sociétés d'amateurs, ou il accompagnait, à l'orchestre du théâtre, les comédiens en tournée. Paris devait l'attirer. Très amateur de lecture, il entre, en qualité de commis, chez un libraire de la rue des Vieux- Augustins. Il croyait qu'il allait passer ses journées, planté sur un pied, à attendre les chalands, en lisant Balzac. On lui mit un ballot sur le dos et on lui dit : Marche ! Le libraire avait deux autres commis dont les épaules subissaient le même sort. Un matin, les trois jeunes gens décidèrent qu'ils ne pouvaient y tenir plus longtemps, et ils quittèrent, bras dessus, bras dessous, la boutique. Ohampfleury mena, pendant six mois, une vie de misère portée avec l'insouciance de la jeunesse ; puis il retourna à Laon, débuter dans la littérature en corrigeant les épreuves de l'imprimerie de son père. Mais l'ennui le prit vite en province, et le quartier Latin le compta de nouveau parmi les locataires de ses hôtels meublés. Après quelques années dune existence à la diable, il se fit un nom dans la petite presse, puis dans le roman. De ce milieu de province, de quartier Latin, d'imprimerie, d'hôtels meublés, de petits théâtres et de bals publics, se dégagea une figure étrange : celle d'un clerc du seizième siècle égaré dans le dix-neuvième, mais prenant à chercher sa route, des plaisirs infinis. Champileury a tout du clerc. Il en a les curiosités, l'esprit, le savoir, la gaminerie, la rouerie, la naïveté. Ce grand escholier de quarante-huit ans rencontre un gamin, il lui prend sa casquette, il la jette et il rit. Une poêle à la queue d'un chat fait ses délices. — Tony Révillox.
IRHM'il PROSE READER.