‹ A French prose readerChapitre 6 sur 108 · Charles XII fait Prisonnier à Bender · texte numérisé non relu

Charles XII fait Prisonnier à Bender

Un garde, nommé Walberg, osa crier qu'il fallait se rendre. " Voilà un étrange homme," dit le roi, " qui s'imagine qu'il n'est pas plus beau d'être brûlé que d'être prisonnier." Un autre garde, nommé Rosen, s'avisa de dire que la maison de la chancellerie, qui n'était qu'à cinquante pas, avait un toit de pierre et était à l'épreuve du feu, qu'il fallait faire une sortie, gagner cette maison et s'y défendre. "Voilà un vrai Suédois," s'écria le roi: il embrassa ce garde, et le créa colonel sur le champ. " Allons, mes amis," dit-il, " prenez avec vous le plus de poudre et de plomb que vous pourrez ; gagnons la chancellerie, l'épée à la main."

Les Turcs, qui cependant entouraient cette maison tout embrasée, voyaient avec une admiration mêlée d'épouvante que les Suédois n'en sortaient point ; mais leur étonnement fut encore plus grand lorsqu'ils virent ouvrir les portes, et le roi et les siens fondre sur eux en désespérés. Charles et ses principaux officiers étaient armés d'épées et de pistolets : chacun d'eux tira deux coups à la fois à l'instant que la porte s'ouvrit, et dans le même clin d'oeil, jetant leurs pistolets et s'armant de leurs épées, ils firent rtculer les Turcs plus de cinquante pas. Mais le moment d'après, cette petite troupe fut entourée. Le roi qui était en bottes, selon sa coutume, s'embarrassa dans ses éperons et tomba ; vingt et un janissaires se précipitent aussitôt sur lui ; il jette en l'air son épée pour s'épargner la douleur de la rendre : les Turcs l'emmènent au quartier du pacha ; les uns le tenant sous les jambes, les autres sous les bras, comme on porte un malade que l'on craint d'incommoder. — Voltaire.

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