La Misère en Angleterre
Une enquête ouverte par le conseil révéla des faits désolants. Dans les cours et les pauvres rues de Liverpool, les maisons contiennent généralement trois grandes chambres superposées les unes aux autres, et comme elles sont bâties dos à dos, avec des fenêtres qui ne s'ouvrent que sur le devant, il est très difficile d'y renouveler l'air. On comprend alors ce que doivent être de telles habitations quand elles sont encombrées de monde. Quelques témoins déposèreut avoir vu des spectacles hideux : les morts et les vivants réunis dans le même local, des enfants couchés avec des cadavres. 11 ne faut rien exagérer, l'habitude atténue beaucoup l'effet de certaines impressions, et une fille de la classe ouvrière ne perd point nécessairement le respect d'ellemême pour assister à des scènes de nuit qui révolteraient la délicatesse de personnes mieux élevées. Toujours est-il que ces tristes conditions de la vie domestique ne sont point de nature à développer le sentiment de la vertu et de la dignité humaine. Un autre inconvénient de ces intérieurs, où. le même local sert à la fois de salle à manger et de chambre à coucher pour toute une famille, est que le désordre, la saleté, le manque d'espace, chassent en quelque sorte les habitants de chez eux. Ils quittent volontiers leur maison : même par les temps de boue et de pluie, la rue est plus propre que leur chambre ; mais d'un autre côté à quelles tentations n'expose point la vie en plein air ! Sur la voie publique, on rencontre à chaque pas le mont-de-piété et le cabaret. Le lundi, avant six heures du matin, il n'est pas rare de voir à la porte des prêteurs sur gages une foule de malheureux qui attendent l'ouverture de la boutique : ils font argent de tout, de leurs habits, de leur linge, de leurs ustensiles de ménage, et cet argent ainsi emprunté va bientôt grossir la bourse du publicain. La misère engendre l'ivrognerie.— Alphonse Esquiros.
FRENUH PROSE READER. G5