‹ A French prose readerChapitre 54 sur 108 · La Mort d'Ali Pacha · texte numérisé non relu

La Mort d'Ali Pacha

Pendant trois jours, les Jeux flottes s'observèrent, se canonnèrent, le tout sans résultat. Plusieurs brûlots furent lancés contre la flotte turque ; la brise était fraîche, aucun brûlot ne réussit à incendier un vaisseau ottoman. Les Grecs retournèrent découragés à Ipsara, les Turcs allèrent achever leur ramazan au mouillage de Chio. Le 18 juin, les principaux officiers de la flotte ottomane se trouvaient réunis à bord du capitan-pacha : lé ramazan finissait, les Turcs s'apprêtaient à célébrer la fête du baïram ; la nuit était sombre et sans lune, la flotte turque s'était pavoisée de fanaux. Deux navires grecs entrèrent dans le canal. L'un gouverna sur le vaisseau de quatre-vingts canons que montait le capitan-pacha, l'autre s'attaqua au vaisseau de soixantequatorze qui portait le pavillon du riala-bey. Ces deux navires étaient des brûlots ; le premier appartenait au port d'Ipsara, le second avait été armé à Hydra. Le brûlot hydriote, qui avait accroché le vaisseau du riala-bey, s'en détacha, entraîné par la brise, et fut poussé tout en flammes au milieu des vaisseaux turcs sans en accrocher aucun. Le brûlot ipsariote était commandé par Constantin Canaris, le héros de la révolution grecque, un des plus rares courages dont les temps modernes aient offert l'exemple. Canaris introduisit le beaupré de son navire dans un sabord ouvert, et le brick fut ainsi amarré solidement au vaisseau turc à quelques pieds en arrière du bossoir. De cette façon, le vent devait porter les flammes vers le grand-mât du vaisseau ennemi. Ce fut alors, mais alors seulement, que Canaris alluma la mèche de sa propre main et sauta dans l'embarcation où ses compagnons l'attendaient. Trentedeux volontaires s'étaient offerts pour prendre part à cette expédition, tous avaient communié le matin. Le vaisseau turc fut bientôt une fournaise. Les flammes, en jaillissant par les écoutilles, avaient gagné les tentes établies pour ce jour de fête. Kara-Ali se jeta dans une embarcation ; un débris de mâture vint l'atteindre à la tête. On le transporta mourant sur le rivage. — Julien de la Gravière.

66 1 kl.MH PROSE READER.

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