‹ A French prose readerChapitre 60 sur 108 · Démosthène Enfant · texte numérisé non relu

Démosthène Enfant

Si nous en croyons Plutarque, c'est dès ce temps que Démosthène aurait reçu de ses camarades des sobriquets railleurs, plaisanteries de collège, comme nous dirions, qu'exploite plus tard contre l'homme politique l'animosité de ses adversaires. On l'appelait Battalos. Sur le sens de ce terme, déjà Plutarque hésitait. A la manière pourtant dont Eschine l'emploie et le commente, il paraît désigner un homme qui a quelque chose de recherché et d'efféminé dans ses goûts, dans son costume, dans toute sa manière d'être. On l'appelait encore Argas, surnom qui s'appliquait, disent les biographes, aux gens d'un caractère maussade et hargneux. Tout ceci s'explique. Les autres adolescents, ceux qui entraient dans la vie riches tout au moins de vigueur et de santé, ceux que ne tourmentait point le souci du lendemain, trouvaient déplaisant ce jeune homme malingre et pensif; ils lui en voulaient de ne guère se mêler aux jeux bruyants de la palestre, de rêver à l'écart, enveloppé de chauds vêtements, tandis que ses compagnons d'âge, déposant tunique et manteau, faisaient couler l'huile sur leurs membres nus et se provoquaient joyeusement à faire preuve de force ou d'adresse ; ils trouvaient mauvais qu'il ne se prêtât point volontiers à ces gais bavardages, à ces longues confidences qui remplissaient pour eux les heures de repos. Pendant ce temps, sans faire attention aux chuchotements et aux mauvais sourires, Démosthène songeait au foyer près duquel pleurait sa mère, à sa jeune sœur, dont la dot serait dévorée et qu'il lui faudrait pourtant établir, à luimême et aux obstacles qu'il trouverait sur son chemin. Peu à peu se dégageait et s'arrêtait dans son esprit la ferme volonté de ne point laisser impunies ces prévarications, de relever, à force de persévérance et d'énergie, cette fortune qu'avait créée l'industrieuse activité de son père. Ce n'était pas par les talents et les prouesses de l'athlète qu'il y parviendrait ; on comprend donc qu'il soit resté assez indifférent à ces exercices de gymnastique. En revanche, dès que lui furent fournis les moyens de cultiver son esprit, il les saisit avec ardeur. — Georges Perrot.

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