Souveraineté de la Race anglo-saxonne
Toujours posé depuis un demi-siècle dans des termes au fond identiques, le problème du prolétariat et de la misère continuera d'être pour nous une cause permanente d'agitations stériles tant que les théoriciens du socialisme, concentrant leurs regards sur l'étroit territoire de la patrie, se borneront à exciter contre ceux qui possèdent ceux qui ne possèdent pas. Une partie considérable du globe est encore à connaître, et dans les régions déjà explorées et décrites tous les prolétaires de la France pourraient, s'ils en avaient l'intelligence et le courage, s'emparer de vastes domaines par droit de premier occupant. Cela demeurera vrai longtemps encore, grâce aux solitudes de l'Afrique ; quant au reste du globe, le temps presse, les races latines n'ont pas un instant à perdre, s'il leur répugne de s'en voir définitivement exclues. Les Anglo-Saxons étreignent le monde, et si les destins s'accomplissent, comme le prédisent déjà des hommes auxquels l'ardent amour de leur pays inspire une éloquente tristesse, la France avec ses 40 millions d'habitants ne sera plus qu'une école de casuistes politiques où les maitres de l'univers viendront entendre de beaux discours sur la souveraineté du peuple. " La Chine sera, selon toute probabilité, pour l'Australie ce que l'Inde a été pour l'Angleterre, et si l'Angleterre s'éclipsait un jour, il n'est pas moins probable que son empire de l'Inde tomberait encore aux mains de l'Australie ; mais laissons de côté toutes ces conjectures, bien qu'elles s'imposent à l'esprit avec tous les
caractères de la vérité, et bornons-nous à tirer des faits aujourd'hui constants la seule conclusion qui nous intéresse : que ce soit l'Australie ou les États-Unis qui l'emportent un jour dans les mers de la Chine, de l'Inde et du Japon, que l'Angleterre y conserve longtemps son empire ou qu'elle y cède le pas aux deux jeunes rivales sorties de son propre sein, nos enfants n'en sont pas moins assurés de voir la race anglo-saxonne maîtresse de POcéanie comme de l'Amérique et de toutes les parties de l'extrême Orient qui peuvent être dominées, exploitées ou influencées par la possession de la mer. Quand les choses en seront h ce point (et c'est beaucoup de dire qu'il faudra pour cela deux siècles), pourra-t-on éviter de confesser d'un bout à l'autre du globe que le monde est au2;lo-saxon ?" — L. M. DE Carné.