UNE AVENTURE D'HOTEL
tout à fait: il savait bien que c'était le nom d'une ville des environs de Paris, mais était-ce Versailles, était-ce Marly, était-ce Saint-Germain? Oui, oui, c'était un saint, c'était Saint -Germain. Et comme 5 la dame de la maison lui tendait une tasse de thé, il s'incline gracieusement, et dit avec une satisfaction visible : ' ' Saint-Germain, madame ! ' '
Jean Passy. 17. Une aventure d'hôtel
(Chr., p. 27)
Un jour, deux Anglais, qui faisaient un petit voyage à pied en France, arrivent dans un hôtel 10 où ils voulaient passer la nuit. Ils demandent une chambre, font monter leurs sacs et allument du feu. Puis l'un d'eux se met à faire sa correspondance. L'autre voulait aller se promener. "/ say, Ben", lui dit le premier, "tell the waiter I5not to let the fire go out; if s so cold here!"
Tous deux ne parlaient encore français qu'à
coup de dictionnaire. Ben prend donc le sien,
et il cherche, l'un après l'autre, tous les mots
qu'il lui faut: Do not let, "ne laissez pas"; the
20 fire, "le feu"; go out, "sortir."
Bon. Il descend, appelle le valet de chambre, et lui dit avec sa mauvaise prononciation d'outre- Manche :
"Garçon, ne laissez pas le fioit sortir." 25 Le garçon, sans trop comprendre, répond: " Non, monsieur."
L'Anglais sort, et le garçon réfléchit:
"Le flou? Qu'est-ce qu'il veut dire, le flou? Le fou, peut-être? Est-ce qu'il serait fou, par hasard, son compagnon? Dame, ça ne m'étonnerait pas: il m'a fait monter un grand 5 baquet d'eau froide pour se baigner. Il faut être fou pour prendre un bain par ce temps-là! Alors il veut faire de moi un garde-fou? Merci! Et s'il devient furieux? Il faudra que je le tienne ? Il est capable de tout casser dans la 10 maison, si je veux l'empêcher de sortir; et de m'assommer par-dessus le marché! Oh! je l'enferme, c'est plus sûr. Qu'il garde son fou luimême, cet autre oiseau; je m'en lave les mains !"
Et tout en raisonnant, il ferme la porte à 15 double tour.
Au bout de quelque temps, le feu commence à s'éteindre. L'Anglais s'en aperçoit, et sonne le garçon. Le garçon ne bouge pas. Il resonne; toujours rien. Il va à la porte; elle est fermée. 20 Il appelle; on ne répond pas. Il frappe à la porte; personne. Alors il se met en colère, tape plus fort, secoue, crie, donne des coups de pied. Mais plus il se démenait, plus il faisait de bruit, plus il criait, et plus le garçon se gardait d'ouvrir. 25
" Heureusement que j'ai eu l'esprit de l'enfermer," se disait-il. " Tu peux taper, mon vieux, va, la porte est solide, elle ne cédera pas."
Enfin, l'autre Anglais rentre. Et le garçon: