TROIS MINUTES POUR DIX FRANCS
Le Français. — (Ah çà! Ah çà! Il baragouine
de plus en plus, cet animal-là!) Enfin, monsieur,
qu'est-ce que vous me voulez? Vous voyez bien
que je ne sais pas le russe! Parlez anglais au
5 moins, puisque vous ne comprenez pas le français.
L'Anglais. — Monsieur, je ne sais pas ce que vous dites, mais je crois vous m'insoultez. Et comme vous ne comprenez le fronçais, tâchez aller à V école.
10 Le Français. — Oh, ma tête! Qu'est-ce qu'il chante encore, ce baudet de la Tamise! Est-ce qu'il n'aurait pas pu bûcher un peu Noël et Chapsal ou Ollendorff, avant de . . .
L'employé du téléphone. — Allons, messieurs! *5 Vos trois minutes sont écoulées, je coupe la communication.
V Anglais. — Arrêtez! Arrêtez! Je n'avais oncore commoncé! Cette stioupide ignoront Fronçais avait pas comprenez!
20 Le Français. — Minute, minute, monsieur l'employé! Ne coupez pas; ce triple sot à' Englishman n'a pas su s'expliquer. Attendez!
L'employé. — Les trois minutes sont écoulées, je coupe.
Le Maître Phonétique, 1893.