XVI II
Comment t"ai-je laissée aller, ô bien-aimée ! Quel chemin, quel sentier as-tu pris pour t"enfuir ? Il fait noir, la mer bat la falaise embrumée, La planche du moulin est jîlissante à franchir,
La route est peu sûre où la hutte déchaumée Parmi les minerais de fer semble bondir Comme un squelette affreux ! N'es-tu pas alarmée ? Une ombre, un cri d'oiseau te faisaient tressaillir.
Tu dois être glacée et tremblante d'effroi ! N'entends-tu pas ? Reviens ! Reviens ! Appelle-moi ! Je suis là ! Je suis près, bien-aimée, et j'accours !...
Sur les chemins obscurs mes vains appels tournoient ; Tout se tait ; seuls des chiens, dans de lointaines cours, l']ffarés par ces cris désespéi'és, aboient.
LE SACRIFICE. 10 l
Je descends à travers le villag-e endormi : Sous ces minables toits ù la porte mal close, Le {)lus pauvre pêcheur, le plus navré, repose Près de Tépouse, et sent dans son cœur rali'ermi
Quelque chose de doux que le sommeil dépose
En nous, quand nous dormons auprès d'un cœur ami
Jusqu'à ce que, vers l'est, le matin ait lilèmi.
De ses maux oubliés il o^oùtera la pause.
Et voici le calvaire au pied du(piel s'entassent Les lanternes de fer qui viennent des naufrages ! Hélas ! combien de ceux (jui dans son ondjre passent
Peuvent, en pâlissant, les prendre pour présages
De malheurs plus affreux ([ne tous ceux qui menacent
Les barques des marins battus par les orages !
102 A i/amIE PERDl"
0 mer. ù mer immense et triste, qui déi'onles, Sous les regards mouillés de ces millions d'étoiles, Les longs gémissements de tes millions de lioulns, Lorsque dans ton élan vers le ciel tu t'écroules ;
0 ciel, ô ciel immense et triste, qui dévoiles. Sur les gémissements de ces millions de houles. Les regards pleins de pleurs de tes millions d'étoiles Quand Tair ne cache point la mer sous de longs voiles ;
Vous qui par des millions et des millions d'années, A travers les éthers toujours remplis d'alarmes, L'un vers l'autre tendez vos âmes condamnées
A l'éternel amour qu'aucun temps ne consomme, Il me semble, ce soir, ipie mon étroit cœur d'homme Contient tous vos sanglots, contient toutes vos larmes !
LE DEUIL
LE DEUIL
J'aimais les clairs soleils s'échappant de raurore, Et les jeux du Printemps sur les flancs des coteaux, Quand tout rit et fleurit, que chaque arbuste arbore Des clartés de bourgeons dans des chansons d'oiseaux ;
J'aimais les bourg-s bruyants où la lumière dore Les visan:es rieurs qui lèvent les rideaux ; Mais, depuis qu'un reg^ret incessant me dévore, Quand les ombres au ciel s'amassent en ïBonceaux,
Je n'ai plus de plaisir qu'à fré(juenter les bois Où le feuillage meurt dans les halliers sans voix , Qu'à marcher sur le bord de l'étang solitaire
D'où les oiseaux s'en vont vers des pays moins froids, Et qu'à m'asseoir au pied de quelque tertre austère. Quand un reste de jour blanchit encor la terre.
1()() A i,"amik 1'KRdi;e.
Sur la colline brune, où le pâtre rappelle
A grands cris son troupeau que rassemble son chien.
Le débris écroulé d'un pauvre mur ancien
En une masse informe et sombre s'amoncelle.
Sur la crête confuse un fin arbuste grêle Si léger qu'il paraît n'avoir pas de soutien, Déployant en plein ciel son feuillage aérien. Suspend au crépuscule une noire dentelle.
Cette ruine était une chaumière heureuse,
La flamme du foyer réjouissait le seuil
Quand Phomme remontait de la plage brumeuse.
Il disparut en mer ; la femme fut en deuil Peu de mois ; les moutons s'égarent aujourd'hui Sur ces murs où un peu de joie humaine a lui.