LA KI.0RA
Il disait (|u"il faimail celui (jui prit ta vie, Celui ([ui femmena dans ta toilette ])lanehe, Plus vir<jinale et plus cliarniaute ({ue la brauclie A l'aubépine en pleui's par le paire ravie !
Il déposa bientôt son amour Ihéùii'al ;
Ton lumineux esprit rendait jaloux le sien,
Son cœur était trop bas pour battre auprès du tien ;
Il se fit ton tyran n'étant pas tmi é^-al ;
Son orgueil le força d'aimer moins liant (pie toi.
Sans doute il a souffert en te faisant souffrir ;
El peut-être, parfois, au fond des mers lointaines.
Pensif, sur son navire, aux heures moins bautaines Où le soir assombrit les flots, il sent en soi Des regrets tels qu'ils sont presque du repentir.
XXXYI
« Son sourire et ses yeux sont Tétoile du soir, L"étoile du matin ; tu ne veux reconnaître Pauvre cœur déréglé, de chagrin ni d'espoir Que de la voir pâlir ou de la voir renaître.
Mais si son cher l'ayon avant nous devait choir Dans Tocéan funèbre où tout doit disparaître. Et que le monde éteint ne fût qu'un tombeau noir. Que ferions-nous, ô cœur perdu ?» — « Tu pourrais être
Le moine émacié, dont chaque heure s'enchaîne A quelque anneau de fer de discipline étroite. Qui, sous sa robe brune, en sa stalle de chêne.
Penchant son front cireux dans sa main maigre et moite. Ecoutant sa toux rauque emplir le chœur, convoite Le bienfait d'une fin que Dieu fasse prochaine. »
Ma chère bieii-aiiiiée, as-lu vu, vers la nuit, Les corbeaux re<;-aj;'ner les tours des cathédrales ? Ils paraissent vouloir, de leurs noires spirales, Effrayer le dernier rayon du jour qui fuit.
Les ténèbres se font, la triste lune suit
Les dates et les noms sur les tombeaux des dalles ;
Par instants en entend leurs plaintes g-utturales
Que le vent, sur lés toits, jusqu'aux remparts conduit.
Mais, dès (pi'au premier trait de Taurore vermeille Le chœur clair et léger des cloches se réveille, Leur bataillon ol»scur s'enfuit avec lourdeur.
0 cloches du matin, si pleines d'allégresses.
Sonnez et dispersez, le noir vol de tristesses
Qui parfois, vers la nuit, se pose sur mon cœur.
40 A 1,"amiK l'KlUiL'E.
Après qu'Eve et Adam, hors du jardin céleste, La face des premiers pleurs terrestres trempée. Furent, pour tous les temps, exilés par le geste De TAnge qui tenait la flamboyante épée.
Seuls sur la vaste terre encore inoccupée. Et sous un firmament nébuleux et funeste, Dans la hutte d'argile à peine enveloppée Par les grossiers essais de leur labeur agreste.
Las, mornes, dégradés, souhaitant de mourir Et maudits, ils gardaient pourtant le souvenir Des bosquets radieux de divine rosée.
C'est cette vision de l'immortel séjour,
En l'âpre descendance humaine éternisée.
Dont sont faits aujourd'hui les rêves de Px^mour.
Le hihou dil : « Je suis livs vieux ; quand autrefois J'arrivai, je trouvai dans ces lieux une enclume ; Je la fnip|>e du Ixm- ([uaiid le soloil s"alluni(>, L"<Miciunii' esl luaiîilenanl de la ^'nissciir des noix. »
Le cerf dit : « Quand je vins ici, d'immenses ])ois S'étendaient ; tous les ans, arrive dans la brume Vn liùclieron voûté ; j)uur que son àtre fume, Il cdupe un seul rameau, puis s'éloig-ne ; tu vois
Qu'un seul arbre aux oiseaux offre un dernier ombrage. » Et Taig-le orgueilleux dit : « J'ai vu, tant j'ai grand ùge, De hauts monts s'écrouler, usés par des ruisseaux. »
Et la mer dit : « Mes flots ont battu ce rivage Si longtemps que leur sel s'entasse par monceaux ; Et sans l'épuiser l'homme en charge ses vaisseaux ! »
Et ramant dit : « L"aninur de mon cœiii' est si fort Que le liibou pourrait becqueter mille enclumes, La mer bàlir des caps du sel de ses écumes. Sans (jue de jours pareils il ressente Teffort ;
L'antique liùclieron qui passe sera mort,
Et les ans. aigde fier, auront lilandii tes jdumes,
Et les peuples auront oid>lié leui's coutumes,
Que ces temps lui seront Tinstant qu'un enfant dort.
Les races franchiront leurs i)liases successives, Les épo(pies auront déplacé les climats. Les siècles épuisé leurs lentes tentatives.
Et le monde mouvant aura touché les rives
Dont l'espoir des penseurs entrevoit les éclats.
Sans (jiie le Temps le lasse, ou qu'il cède au Trépas. »
Le moucheron lui dit : « De quoi te vantes-tu ? Ton amour saurait-il durer plus que toi-même ? Et tu sais que ta vie, en sa limite extrême S'étend de Taube au soir, et du grain au fétu.
Que deviennent les nids quand Parhre est abattu ? Quand le luth est brisé, que devient le poème? Que devient le reflet quand meurt le chrysanthème ? Que devient la chanson ({uand le chanteur s'est tu ?
Ton amour comme toi n'est qu'une chose brève ; Quand le rêveur expire, expire aussi le rêve. Près du guerrier tombé tombe le javelot.
Que viens-tu nous parler d'amour impérissable Quand ta vie est croulante ainsi qu'un tas de sable Qu'efface un cnnp de vent et que recouvre un flot ? »
Et riiomme s"écria : « C'est une injuste loi ! 0 rêves surhumains, n'est-il donc pas de mjrrlie Qui puisse vous g-arder à jamais, quand expire Le ]);uivro cœur humain (|ui vous ])or[ait en soi ?
Je saurais accepter le néant sans effroi, Si ma mort ne devait, en m'écrasant. détruire Vne adorable imag-e au doux et cher sourire. Et que de longs pensers ont embellie en moi.
Si tout périt en nous, pourquoi dans notre argile Cet amour si puissant qu'il remplirait le ciel '? Et qui donc a versé d'une main malhabile
Un vin trop précieux dans un vase fragile.
Et placé dans un cœur qui n'est pas éternel
Lu sentiment (]ui meurt dès qu'il se croit mortel ?
Et rétoile lui dit : « Lorsque les cœurs humains Qui surent bien aimer retombent en poussière, La Mort ne les tient pas tout entiers dans ses mains, Et quehpie chose a fui son étroinle g-rossière ;
Pour avoir défié d'infinis lendemains.
Les amours éternels mis dans Thomme éphémère Prennent loin d'ici-bas d'invisibles chemins, Et sont récompensés de leur bravoure altière.
Ils deviennent un son dans les vastes concerts
Et dans la symphonie éternelle des globes
Qui mènent dans l'éther les clartés de leurs robes ;
Ou bien un des rayonâ par qui vivent les airs. C'est pourquoi, dans les nuits de printemps, les étoiles Semblent des cœurs émus qui battent sous des voiles. »
Et l'amant, s'en allant près de sa Lien-aimée, Qui rêvait sur un l)anc d'où l'on voyait la mer Etincelante et calme et de vaisseaux semée, Lui parla de sa peine et de son doute amer ;
Puis il dit i|ue son àine avait été calmée Par l'étoile, et qu'un jour un rayon d'or plus clair Viendrait aux amoureux à travers la ramée. Tant contre l'avenir son amour était fier.
Mais elle, regardant l'étendue azurée, Soupira doucement : « Quelque longue durée Dont cet immense amour veuille être mesuré.
Je connais un serment plus puissant et plus vrai, Dont ma crainte de cœur serait plus rassurée : Promets-moi de m'aimer tant que je t'aimerai. »
Tu souhaites parfois une absence, un départ,
Pour savoir si, pareil aux laveuses du fleuve,
Mon cœur verrait passer, sans que leur chant l'émeuve,
Les barques du Plaisir qu'amène le Hasard.
Si, loin de ton sourire et loin de ton regard, Mon âme, consentant pendant des mois d'épreuve, Sa chaste solitude et son voile de veuve. Restait inconsolable et pleurait à l'écart.
Si, vivant de son deuil et ne voulant près d'elle Que les fleurs du regret et du lointain espoir, La sombre scabieuse et la pâle asphodèle.
Elle attendait ainsi, confiante et fidèle, Lïnstant vague et toujours lointain de te revoir, Tu connaîtrais, dis-tu, ce que tu veux savoir.
48 A i/amie perdue.
XLYI
Si mon amoui" n'est point l'amour que tu rêvais. S'il a failli d'atteindre au faîte de ce rêve, Si 1on souhait de cœur par dessus lui s'achève. S'il n'est point le rajon des jours bons ou mauvais.
S'il n'enveloppe point l'horizon de tes vœux. S'il reste, dans son cercle immense de tendresse. Un seul point entr'ouvert par lequel apparaisse Un azur plus lointain où t'entraînent tes yeux ;
Dis-le ! je jetterai de ma main le poème. Et je m'en irai, par un sentier sans retour. Portant, dans cet exil que son poids fera court,
La consolation et la fierté suprême
De t'avoir, en partant, montré que mon amour
Etait digne d'aimer comme tu veux qu'on aime.
LA FLORxVISO.V. 49
Je ne fai point connue au liourgeon de ton âge, Alors que tes seize ans éblouissaient les yeux, Quand ton rire éclatait, clair, frais, pur et joveux, Comme un chant d'alouette un matin sans nuag-e ;
Mais j"ai vu dans sa fleur ton noble et doux visage. Grave comme un camée antique, et sérieux, Avec son air profond de regarder les cieux : Et mon cœur désormais suivra ta chère image ;
Car tu traverseras les beautés successives
Que la vie, en son cours, garde aux faces pensives
])ont le sourire est triste et les jeux consolants :
Tes traits mûris auront des accents fiers et lents,
Puis la sérénité des saisons plus tardives ,
Va je te verrai belle avec des cheveux blancs.
AMIE PERDCJ
Quand je song:e qu'un jour, sous des faces ridées, Nous serons deux vieillards à l'àme obscure et lente. Marchant à pas tremblants, parlant à voix trejiililante. Cherchant de rares mois pour de rares idées.
Quand je vois que l'amour, (jui hors de nous rayonne
Qui nourrit nos reg'ards, éclaire nos sourires.
Et ravit nos esprits en surhumains délires
Où le sang comme un vin ensoleillé bouillonne,
Xe sera plus qu'un point tout au fond de notre être.
Où la faible mémoire en tâtonnant pénètre,
La dernière étincelle en nos corps presque éteints.
Je peftse à ces Anciens qu'une mort volontaire Restituait entiers et libres à la terre, Dédai<?neux de l'effort des ans et des destins.
Parfois aux premiers temps, chère âme, où je Taimais. Je pensais : «Si je meurs, peut-être aimera-t-elle ? Un jeune oiseau peut-il ne pas ouvrir son aile. Un jeune cœur peut-il se fermer pour jamais ?
Qui donc la blùmei'ait, lorscjue les lièdcs Mais La solliciteront vers la vie immortelle. D'obéir à leur voix, étant robuste et belle? » Ainsi des plus lointains rêves je m'alarmais.
Mais maintenant je sais que je puis disparaître : Tu ne saurais aimer, désormais, malgré moi. Mon patient amour a pénétré ton être,
Et pour l'éternité je suis maîti-e de toi ;
Car je vis dans ton cœur, ton sang et ton cerveau.
Et je te défendrais contre un amour nouveau.
A L AMIE l'ERDUE.
L'Amour nous a conduits auprès d'un puissant fleuve Qui fait couler ses flots entre deux bords divers : La rive où nous niarelions est celle de l'Kpreuve, Aucune fleur ne croit sur ses terrrains déserts,
Que des chardons de sable à demi-recouverts, Et des saules pareils à des voiles de veuve ; La rive du Bonheur, qui rit d'orangers verts Où le fruit mûr se mêle à la fleur toujours neuve,
Brille en face de nous comme un j)roclie décor. Et son riche parfum, par souffles, nous arrive. Mais sur ces froids rochers notre vie est captive ;
Tant (pie nous atteignions le re])ûs de la mort, Nous s. livrons attristés et lassés notre rive. Sans lionver b^ passeur cpii mène à l'autre bord.
ATI BORJ) DES FLOTS J3LEFS
Une l)aie aux contours très doux, aux flots d'azur Oui tendent sur le sable une fran^-e d"écuiue, Ou ceig-nent, d'un iris plus riidie que la plume Des paons, les rochers roux (pii l'ont le havre sûr ;
Traversés d'un chemin étroit et presque obscur, Deux rang-s blancs de maisons dont pas une ne fume Des filets, une l'org-e avec son liruit d'enclume. Sur un seniblant de quai soutenu d"nn vieux mur ;
Quelques l)atelets bleus amarrés à la digue. Avec leur voile blanche ou couleur de safran ; Un matelot qui dort accablé de fatigue.
Un navire de guerre à Thorizon errant,
Lne île que le soir rend pourpre ou violette ;
Voilà le coin de terre où mon cœur te regrette.
Aux lianes l'aiivi^s et g-ris de ces collines sèches, Dans Tor clair du soleil, j"ai cueilli des lavandes. Oui, par las violcls. ^-lissent au fond des hriM-lics, Ou s'accritchcnl aux rocs iMi plus uiaij^-rcs >i,'uirlande:
l<^t j"ai cueilli <lu Ihvu), des myrtes, des myrtilles, Des tamaris lég'ers et des bruyères blanches. Plantes de fin feuilla<>-e et de senteurs subtiles, D(nit un brin d'dlivicr a réuni les branches ;
Afin que, dans ta chambre où pénètre un ciel pâle Oui sur les long-s pays encor <i-lacés s'étale. Cette g-crl)e qui vient des régions vermeilles
T'apporte leurs parfums et presijue leurs rumeurs.
Car j'ai, pour la cueillir, secoué les abeilles
Dont le l)ourdonnemeiil semldait la voix des llcurs.
La nier (riiii Ijleii ])liis froid est déjà sans soleil, ^lais tous ses caps roug-is en sont encor frappés, l'^t prolting-ent au loin, dans un éclat pareil, Leurs ])rofils successifs nettement découpés ;
Quelques liants rochers gris eu îlot attroupés, Assondjris à leur pied, ont leur sommet vermeil ; Et, là-]ias, deux voiliers très blancs passent trempés D'une lumière molle ; on sent que le sommeil
S'élève dans les airs naguère étincelaats ;
Les derniers batelets gagnent, en faisant rame.
Le port où çà et là quelque vitre s'enflamme ;
Par le sable désert nous rentrons à [)as lenls. Et nous sentons finir et s'éteindre en notre âme Ce beau jour qui se meurt sur les Ilots nonchalants.
A I. AMIE PERDLE.
Derrière les coteaux , une lumière orange Illumine le ciel encore limpide et clair ; Mais, du côté de Test, un crépuscule étrang-e A réuni les rocs, le sable au loin désert,
La coupole des cieux, la plaine de la mer. En un mystérieux et sublime mélange.
Bleuâtre, éljséen, un accord vaste et fier Où tout ce que le jour émancipe se range.
La lune à Tborizon soulève un flot d'argent. Puis, surgissant un peu. s'emplit de clarté rose ; Un sentier scintillant qui sort d'elle se pose
Sur les flots, et hors d'eux dans les airs émergeant Son globe devient d'or ; et tout est solennel D'un immense repos qui paraît éternel.
Fcuit-il déjà partir? Eu celle anse isolée, Où le llut confiant sommeille comme un hôte, Nous bercions notre peine un instant consolée D'un bonheur (jue ce jour en s'éloiynanl nous ôle.
Demain nous reprendrojis noire vie exilée, Suivons vers le hameau le chemin de la côte, El laisse-moi fixer dans mon âme Iruulilée Ce soir d'une beauté pacifiante et haute :
Derrière un cap couvert de pins, le soleil sombre ; La mer déjà moins bleue en lonys plis d'or se plisse : L'abeille a délaissé les buissons de mélisse ;
Les grands monts presque éteints rendent le vallon sombre ;
Et sur la route blanche où la lumière g-lisse,
Le moindre des cailloux allon^'e aussi son ombre.
()0 A I.'amIE l'KKUrE.
Si l'un dressait eneor, suivant Tanlique rite, Au Dieu (jui favoi'ise, an Héros qui secourt, L'oftVande par la(|uelle un cœur mortel s"ac(juitte D'un inslant foi-tnné, fût-il frag-ile et court,
Au fond lie cette crique où le Ilot clair s'abrite, Où pendant tout un jour s'abrita notre amour. Je viendrais consacrer à Vénus A])hrodite Une stèle de marbre au doux et pur contour.
Et, sous les mots votifs et la double colombe.
Je voudrais (prou ^-ravàt mon nom auprès du tien
Afin, lorscpie nos corps seront pris par la (ombe.
Qu'il resie un souvenir de notre amour ancien, FjI que ceux (pii vivront sur ce bord encbanté Unissent nos deux noms et sachent ta beauté.
VU
Oui ! ce pays est beau, de soleil surrharg-é :
Une lumière rirhe et triomphante y brûle,
Dès que Targ-ent de Taube au bord des Ilots ondule,
Jusipi'au soir brustpiement dans la nuit submergé.
Et cependant mon cœur, de regrets affligé. Lassé d'azur, soupire après le crépuscule Où le jour lentement an fond du ciel recule. Comme un espoir pâli cpii meurt découragé.
0 la mélancolie immense de nos plaines. Quand de grises va^jcurs flottent sur les saulaies, Que de pourpres clartés, tristes et incertaines,
Trament sur les étangs parmi les oseraies,
Et qu'entre des toits bas et des meules lointaines
Le mince croissant d'or se lève au ras des haies.
Le vieux jai'ilin désert, rempli d'un l)ruit d"eaux vives Sous son dôme où peudaient des ors était jouclié I)e fig-ues, de limons, d*orang-es et d'olives ; A chaque, instant un fruit des brandies détaché
Tombait ; ainsi qu'un feu sorti des rameaux verts, Dans leur feuillaf^e obscur flamboyaient les grenades ; Contre les g-rands murs roux, de brèches entr'ouverts, Des vignes essayaient de folles escalades
Que retardait le poids de grappes d"un lileu sombre, Lourdes et se pressant ensemble eu si grand nombre Qu'on eût dit un rideau formé de raisin mùr ;
Dans tous les creux des lilocs sur le faîle du mur, Dressés vers le soleil et par dessus toute ombre. Des o-laives d'aloës reluisaient dans Tazur.
Sur la terrasse, à l'omljre nlis'nre des platanes, IVuue vasque en porphyre un jet d'eau de eristal Jaillissait, couronné (rarcs-en-ciel diaphanes Qui semblaient sa pensée et son rêve idéal.
De longs filets d'arg-ent, retombant en lianes Lép:ères tout autour de son jet triomphal. Voilaient Tazur lointain des collines toscanes, Qui tremblaient en suivant son rythme musical.
C'était comme un bosquet de fraîcheur lumineuse Où ne pénétrait point la riche odeur de fièvre Que tant de fruits épars mêlaient à la chaleur.
Et nous vîmes briller, sous Tabri d'une jeuse.
Un banc de marbre blanc porté de pieds de clièvre.
Au dossier dominé par un mas(jue rieur.
Nous restâmes assis, presque sileneieux,
Dans cette grotte d"nml)re aux rideaux de lumière,
A regarder le ciel pur et plus spacieux
Du glissement d"un hlanc nuage scditaire,
¥A les monts bleuissants, tendres, harmonieux,
La campagne aux longs plis que leur contour enserre.
Et le serpentement paisible et somptueux
Des méandres d'argent ou d'or de la rivière ;
La brise défaillait ; de minute en minute,
Dans le bruit clair des eaux ou entendait la chute
Sourde d'un lourd fruit mûr tombant sur le gazon.
Soudain, comme suivant une obscure pensée, Elle me demanda pourquoi cette maison Semblait depuis longtemps déserte et délaissée.
Je lui fis le récit que j'avais entendu : Qu'autrefois deux amants, dont l'altière tendresse, Lasse de vivre au bord d'un amour défendu, Se fit du désespoir la suprême sagesse,
Etaient venus goûter dans ce jardin sacré Quelques mois d'un bonheur qui contenait leurs vies Et l'aj^ant par avance, eux-mêmes, mesuré. Plutôt que de survivre aux délices ravies.
Etaient morts satisfaits dans les bras l'un de l'autre.
Triomphants d'un destin qui ressemblait au nôtre
Mais elle, se levant dans un étrange émoi.
Mit brusquement sa main tremblante sur ma bouche, Et me dit d'une voix âpre et sombre « Tais-toi ! » Puis resta, tout le soir, taciturne et farouche.
Me voici sur les monts aux flancs étincelanls, Où la neige d'argent étage ses terrasses Dans Tair de bleu cristal, où les glaciers croulants Entr'ouvrent les azurs pâles de leurs crevasses ;
Vous fleurissez ici, dryades, pavots blancs. Gentianes, da})hnés, saxifrages tenaces, Soldanelles, safrans, doux cyclamens tremblants. Renoncules d'or clair, astrances, androsaccs !
0 virginales fleurs alpestres, chastes fleurs. Qui vivez dans le roc de neige et de lumière, Qui faites du reflet des glaciers vos couleurs,
Ou des plus hauts rayons dont le monde s'éclaire, Allez, et portez-lui dans vos faibles senteurs L'àme pure qui rêve au sommet de la terre !
70 A l'amie l'ERDUI
Dans les vastes forets de sapins et de hêtres Qni recouvrent les lianes et les faîtes des monts, Les liêtres aux troncs gris ressentent les saisons, Qui parent tour à tour et fatiguent les êtres ;
Quand les vents printaniers des sommets sont les maîtres, Leur bois noueux éclate en claires feuillaisons: Puis leur robe tombée empourpre les gazons. Et, les pieds dans le sang, ils ont Pair de grands prêtres.
Cependant les sapins, que ne put émouvoir Le Printemps, conservant leur pareille verdure Forment seuls la forêt sous la longue froidure.
Ainsi dans mon amour verdit parfois Pespoir, Mais c'est un sentiment d'un plus soml)re pouvoir I^ar lequel il existe et par lequel il dure.
DANS f.KS MONTS
Spleridides reflets l)leus(les parois des g'iaciers,
Qui plongez dans une ondjre aussi bleue et splendide,
Où les pâles azurs des cristaux, des aciers,
Se réfractent sans fin en un sapliir lini[)ide.
Où les argents, tantôt nacrés, tantôt lucides, Près desquels les rajons de lune sont grossiers, S'unissent, en des jeux féeriques et rapides, A des bleus assoni])ris, somptueux et princiers ;
Gouffre idéalement bleuâtre, gouffre étrange. Et dans lequel la main invisible d'un ange Sème encor des bérjls et des aigues-marines ,
Je connais, ô glaciers, un abîme plus doux Plus riche et frissonnant de clartés plus divines. Dans l'azur d'jeux plus purs et plus profonds que vous.
A L AMIK PERDl'E.
Ton visage est plus pâle et ton regard est triste : Un long séjour parmi les murs noirs des cités Sur lesquels un ciel gris et consterné persiste, Si bas qu'il se déchire aux beffrois écrétés,
Des jours que la douleur semblait suivre à la piste, Ont fait penelier ton front, toujours plein de clartés. Sur ta main amaigrie où flotte une améthyste ; Un bleu moins doux reluit dans tes yeux tourmentés.
Amiens vers les clairs sommets et les neiges divines, Viens où le ciel est haut, l'air pur, l'espace libre. Où le vent des glaciers, cpii guérit les poitrines,
Dans l'atmosphère sèche et cristalline vibre, Viens retrouver l'azur limpide de tes yeux Dans le cœur bienfaisant des monts majestueux !
Vois ces monls étemels, le Temps les désag-rège ; Cultivés ù leurs pieds, boisés à leur milieu, Plus haut couverts de i)rés, eufiu dans le ciel bleu Couronnés fièrement d'étiucelante neiye,
Ils dressent leur sonuuel jus(jirau divin cortè<j;e Des étoiles ; le ciel les péncti'e d'un feu Qui ternit tous les i'eux terresli-es, et vers Dieu Ils montent par élans ([ue la lumière allège.
Ils croulent ce[)endant. ils roulent dans la plaine.
Ils seront les vaincus d'une incessante lutte.
Il n'est pas un rayon, pas un gel, une haleine.
Qui n'arrache leurs rocs minute par minute. Leurs flancs profonds sont pleins des échos de leur chute Ils mourront à leur tour connue meurt la phalène.
Et c'est pourquoi nous deux qui ne durons qu'une heure, Amie, ô douce amie aux yeux pourtant divins, Aimons-nous — les espoirs les plus bornés sont vains — Tandis qu'en nous la vie un court instant demeure !
Enlends-tu s'écrouler les pierres des ravins ? Hàtons-nous ! que notre âme, avant qu'elle ne meure. Touche au moins une fois aux purs sommets qu'effleure Vn étrange ra^'on de bonheurs surhumains.
.Car nous sommes pareils au duvet des chardons, A des llocons de neige au-dessus des abîmes, Vn rayon de soleil nous frappe, et nous fondons ;
Nous n'avons qu'un instant pour atteindre les cimes ]']{ pour en retomber, et nous ne possédons Que l'immortalité de minutes sublimes.
VM
Les chalets sont Imlis de mélèze luaiiii, Hérissés <rescaliers en bois, de galeries, Où, sous l'auvent brillant de joubarbes ileuries, Quelques martinets noirs ont suspendu leur nid.
Chacun a son jardin où bourdonne une ruche, Son liang-ar dans lequel sèche un foin encor vert, Et son amas de bois empilé pour Thiver, Où la femme au matin viendra chercher la Iniche.
Contre un roc où son eau fait cruilre une fougère, La fontaine murmure en son auge de })ierre. Et du goulot de cuivre un filet d'argent coule ;
Une ondulation immense de prairies.
Où s'affaissent les toits de quelques laiteries,
Tout autour du hameau jusipfaiix monts se déroule.
"/(i A l'amie I'EHDUE.
YIII
Aux heures du matin, lorscjue les ombres bleues Pendaient encore aux flancs des montag-nes lointaines, D'où, par de longs replis, nous séparaient des lieues De gazons pleins de fleurs, montant vers leurs moraines,
Les grands toits presque plats, couverts d'ardoise brute. Semblaient garder sur eux l'immobile fumée, Qui tordait dans les airs une immense volute A ses deux bouts pendants à peine déformée.
Souvent, t'en souviens-tu, nous partions par les prés
Scintillants de rosée et bleus de gentianes.
Et nous nous retournions pour voir les toits dorés
Par l'aurore à travers ces gazes diaphanes :
Puis nous ne rentrions des monts que pour revoir
Le même dais léger sorti des feux du soir.
0 quelle soliftide en ce o-i-iind val perdu !
Ainsi ([u"un lonji; iil d'or tiré de la quenouille
Du Temps, les jours passaient sans rien d"ina( tendu ;
Ils Turent le eiel clair que trop de soleil lirouille
Ces jours de pur lionlienr où tout est confondu ; Xous avions oulilié nos noirs pays de houille, Kt ce fat dans nos cœurs un réveil éperdu Quand un cliène rougit de sa première rouille.
Xous revenions le soir, lors([ue lu me dis : << Vois Cette feuille de chêne ! » et soudain nous comprimes, Car la même pensée altéra notre voix.
Puis, les yeux pleins de pleurs, sans parler, nous cueillîmes Ce rameau qui marquait la fin de nos beaux mois, Tandis que le soleil se mourait sur les cimes.
Le soir tombe, partons et marehons dans la nuit ! Montons par les g-rands liois austères des sapins ! Montons pai" les grands prés dont la p(Mite rdiiduil Jus(ju"au\ es 'ariJiMniMiis des llers siunniels alpins !
Allons plus haul ! Passons ralfreux cliaos des rotdies, Franchissons les glaciers, la neige ! Allons encore ! (Irimjions du dernier pic les dernières approches ! Il faut être à son faîte à la [)reniière aurore !
Lorsque, hors des vapeurs de clarté vremuées. Le niiinde apparaîtra dans sa blancheur d'autel Je veux, sur ses. hauteurs par l'aube saluées,
Te donner un baiser secret et, solennel,
Dans le palais d'argent (jue dressent les nuées
Sur les sommets des monts les plus voisins du ciel !
DANS LES MOXl'S. 79
Pour noti'i' dernier jour nous allâmes dîner, Tout en suivant le lae, à la pelilc aul»ei'<;-e Dont la terrasse vient, sur son ra[), dnniinei- Les llids (jne font jaser les yalets de la ])ern-(>.
Des tournesols penchants, tout prêts à se faner, S'appuvaient an Itereean couvert de vigne vierge Que des fdets pourprés commençaient à veiner ; Un lourd soleil rougeâtre et (jue le soir submerge,
A travers des tilleuls aux fins contours bronzés,
Roulait sur le sommet des coteaux opposés,
Où des nuages noirs rassemblaient leurs cohortes ;
Tandis (jue nous parlions d'amour impérissable
En mots que prolongeaient nos soupirs, sur la table
Où nous nous a -coudions tombaient des feuilles mortes.
AMIE l'KRDLE.
Au pied de snmlires pios où croule ravalanclie. Des rocliers éboulés parmi de grands prés verts Où, par fdets luisants, nn ruisseau clair s"épanche Dans les épais gazons par sou flot entr"ouverls ;
Et, sur un monticule, une chapelle blanche
Dont, par endroits, les murs de lichen sont couverts,
Dont le petit clocher se disloque et se penche
Et tombera bientôt sous Peffort des hivers ;
Dans un enclos étroit des croix noires pourrissent Sur des tertres sans nom et déjà déformés Où des aconits bleus ])ar centaines fleurissent ;
Et. sur ce site mort, des ravons emln-umés
Dimt la lueur se traîne, et par instants s'accroche
Au clocher décrépit où ne pend plus de cloche.
Le g-rimpeur est delmiit sur la plus liaulo cime Tout fréiuissaut (rdrii-iieil cl de périls bravés ; Il a posé le pied, par un elForl subliuie, Sur le suprême roc. des Maucs sfuauiets rêvés.
Mais liieatùl Tàpre horreur de ce gouffre l'opprime . Il voit s'enfuir sous lui la pente des névés, Du mont qu'il a soumis il a fait un abîme, Ses regards sont baissés au lieu d'être levés.
Il ne voit plus alors la crête fière et fine, La vierge pure aux plis de neige immaculée. Qui dormait dans son ciel de clarté cristalline.
Il ne la reverra que de riiumlile vallée
Où le sentier commun des pas humains chemine,
A son abaissement de nouveau révélée.
Mes mois favaioiit lilessée et voulaient le lilesser. Mots cruels, (jue leur propre einporleiiieut attise, D"uu cœur pourtant épris du cœur rpril martjn-ise. Mi)ts (prensuite il voudrait de son sang elfaccr.
Tu m'avais regardé, tremldante de surprise, D'un regard où je vis la colère passer, Puis la tristesse ; et lu partis sans prononcer Un mot, en étouffant un sanglot qui se brise.
Lni'sijiie revint le jour marqué pour nous revoir. Je m'en vins à pas lents, avant pei'du res[)iiir De te trouver au liord de la vieille avenue.
Mais, dans un des ra\ons attendris qui des cieux
Glissent après avoir triomphé de la nue.
Tu m'attendais avec du pardon dans les yeux.
8(i A I,"AMliï l'EKDlK.
Cœurs épris des amants, ])ien longtemps vous bravez, Ainsi que deux oiseaux, Taventure et l'orag^e, (^oulre les àjires vents, sur les fjois soulevés, Vo<>-uan( d'un même élau, laissant un seul sillag-e ;
Vous puisez votre force aux jours que vous rêvez, Un même espoir vous donne un semblable courage, ¥A, sentant se toucber vos ailes, vous suivez A'ers un lionlieur lointain voire constant voyage.
^lais lorsque vous crojez aborder à la rive Où les lis nuptiaux vous offriront des nids, Inrliuanf leur lilandieur sur vos blancs corps unis.
Vous vous (juitlez soudain, un seul instant vous prive Du bonheur obtenu par vus etTorts finis, 0 cyg;nes séparés, ilottanl à la dérive.
yUEUELLE. 87
(ael élrange, mai'])ré de vert pùlf et de noir, Dans ton mvslérieux et chano-eant crépuscule Tu conviens à mon i-dMir indé -is où rospoii', Devaul le lourd clia^-rin (pii nrciiviiliil . ivruh
Enlre les longs rideaux silencieux du soir, Tu restes lumineux ainsi (|irun vestiliule Où. quand tout a déjà cessé de se mouvoir La dernière cdarté de la maison circule.
0 ciel mélancolique et semblable à mon cœur Que donnera la nuit à ta prochaine aurore. Est-ce le rayon p:ris ou le rayon qui dore ?
0 cœur mélancolique et tel que la lueur Qui prête à ce doux ciel sa g-ràce soucieuse, Que donnera Taurore à ta peine anxieuse !
88 A 1,'aMIE I'ERDLE.
Te souvienl-il, ô toi qui fus ma bien-aimép, Du chalet brun bloKi sous des ormes vieillis. D'où nous apercevions, sur la plaine embrumée. Les clocliers des hameaux cachés dans ses replis ?
Et revois-tu parfois la terrasse fermée D"un chèvrefeuille en fleurs courant sur un treillis, Où, tous les soirs, assis dans une omlire embaumée. Nous regardions s'éteindre au loin les cieux pâlis ?
Et te rappelles-tu, sous ces branches fleuries. Nos propos, nos projets, nos belles rêveries.
Nos long-s et lents baisers, interrompus soudain
Quand la lune, passant le mur lias du jardin, Montrait sa face d'or dans notre chèvrefeuille ? 0 jours chers et lointains qu'un cœur blessé recueille !
Quelquefois le Iravail, la (aeitunie élude, A qui j'ai deiiiaudé ruultli de mon chag-rin, ]\renlraîneiil . par delà ma sondire inquiétude, Vers le [)ic lumineux el g-elé du Bédain.
Je crois, en contemplant de cette solitude Toutes mes passions dans un vallon lointain, Que je puis vivre libre en cet air jmr et rude, Sur ce sommet d"arg-enf. de ci'istal et (rairain.
Mais comme un voya^-eur debout au front des cimes Où le froid étincelle en spectacles sublimes Sent le sommeil fermer ses yeux endoloris,
Ainsi, sur ma hauteur o;laciale et sereine,
Je sens mon cœur faiblir, et bientôt je suis pris
Du besoin de dormir sur une épaule humaine.
5)0 A i."a\iie perdte.
YI
A riipiirp poig-nante où, tout au fond de la plaine, Sur les élang-s d'acier s'abattent des essaims J)e coni-lis ([ne le snir V(>rs les rose;uix ranii'ne. (Jiumil j'ai liaissé. pensilMc shuT aux grands dessins
La nuit emplit la rliand)re ; ainsi (pi'en ces fusains Où sur des fonds noircis un peu de rougeur traîne. Les reflets du foyer empourprent les coussins Et le dossier luisant du vieux fauteuil de chêne.
Je reste à regarder Tarrière-plan confus
Des rideaux et des nuirs, indistinct et noirâtre.
Où, sans rien voir, mes yeux errent irrésolus ;
Kt mon regard revient toujours au point rougeàtre
Dessiné dans Toliscur par la lueur de Tàtre,
Au vieux fauteuil de chêne où tu ne t'assieds plus.
LA OUEREI.LE.
Je cache à mon ami que mon cœur est en deuil, Que .notre loup: amour (|ui l'aisail sa surprise l"]t dont il croit encor ([iTil rcs|(^ mou i)r<^ucil. S'est l)rus([ueuient rompu cdinnic uii jiuir sdus la liis(^
Quand je le vois venir, j'évite son accueil ; Quand il i)arle de toi, ma réponse indécise Fait penser (pie mes pas vont toujours vers ton seuil Devant Taveu cruel mon âme tempf)rise.
Je recule le jour où je devrai répondre, Fit je parle de nous avec un air heureux Qu'un sanglot mal vaincu menace de confondre ;
J'ai peur, quand je dii-ai nos éternels adieux Ft la ruine inliino où tout mon cœur s'effondre, J"ai peur de la pitié qui luira dans ses veux !
Que le malin est long- dans la lilanche Imnrji-aîle
Où je l'allends enfin après un an d"exil !
Je traîne impatient ma Icnle promenade ;
.T"ai lung'é maint jardin . maint (dos et maint conrti
J"ai fon temple Té^dise à la vieille façade Où la pierre sVnroide en <i-otlii({ue tortil , Fa le petit hôtel de ville avec Parcade Et le heffroi d'ardoise au très leg^er profil ;
Je sens les j)avsans m'ohserver. étonnés
De voir cet étranger ([ui passe et qui repasse ;
Cent fois j"ai regardé Tliorloge de la place ;
Mon coeur anxieux liât à coups passionnés : I)ois-je sur mes chagrins mettre encor ce déhoire ? Ah ! la voici (jui vient en grande mante noire !
Ce jour, l'ail de ravoiis |)ali>ilan(s et d'averses, Ksi le jiiur (jifil fallail à la triste entrevue Où ma vie, inipiMideute amie, est suspendue. Garderas-tu le eiel , clair soleil, qui disperses
Et déchires, de l'or de les puissantes herses. Le noir cliamp menaçant et morne de la nue ? Nous apportons tous deux à cette heure attendue Dans des cœurs divisés des volontés diverses :
Dans le sien, le reproche et les suupçons^^injusles. In amour impiiet, seml)lalile à ces arbustes Que le vent fait plier en des sens opj)osés ;
Dans le mien, un amour calme cl sur de lui-même, Fort de pleurs dévorés et de transports brisés. Qui vaincra des ravons ou de l'averse blême V
A 1, AMIK l'KRDIE.
Toujours je reverrai Tétroit seutier humide.
Entre des prés mouillés où de grands bœufs superbes.
Paissaient dans Tinfini scintillement des herbes
Qui luisaient sous un ciel d'un gris sombre ou livide ;
Au fond des prés la mer, par Torag-e bleuie, Reposait lourdement sous d'immenses nuages. Que des coups de soleil mêlés de coups de pluie Trouaient et déchiraient de monstrueux ravages ;
Près de nous ruisselaient des saules et des haies De ronces, de sureaux et de jeunes futaies, Où parfois un rajon éparpillait des flammes.
Va c'est là (pie de long en large nous marchâmes. Jusqu'à l'heure où le soir mit ses premières taies Sur le ciel, débattant le sort de nos deux âmes.
LA g TER ELLE. IT)
XT
Elle laissa son cœur se répandre en reproches, Le chagrin de les faire y mettait sa douceur. Je sentais à sa voix que ses pleurs étaient proches, Et ses beaux yeux émus brillaient dans sa pâleur.
A mon tour je parlai ; je lui dis son erreur. Qu'elle avait écouté de mensong-ères (duchés, l']t pris pour vérité la vulgaire rumeur Plus vaine ({u"un écho perdu parmi les rorhes ;
Et je lui dis encor ma tendresse fulèle . Les longs mois désolés habités par l'ennui, Qu'elle était mon bonheur, (pie j'étais son appui.
Qu'il serait insensé qu'une ondu'e fulle et l'rèle. Passant sur notre amour, fût [)lus forte que lui ; Et (juehjue chose aussi pour moi parlait en elle.
Mais elle élait venue avec rarrèt cruel. Qu"à sa propre tendresse elle avait imposé, Que notre amour serait en ce jour-là brisé, Et sa décision n'écoutait point d"appel.
Sa ri^Mieur persistait dans son coeur apaisé. Comme un nuage est noir malgré son arc-en-ciel ; A sa bouche montait le même mot mortel. Comme au puits d"un vriuloir froid et profond puisé.
Alors, désespérant de j)ouvûir la flécliir, Je connus (pie j'allais voir devant moi périr Nos espoirs déchirés, nos délices perdues,
¥.[ cet amour faussé qui n'était plus le nôtre ; Pour un dernier adieu nos mains se sont tendues. Et nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre.
0 les profonds, les purs et les divins numienls, Moments (ju"un infini de bonheur solennise, Où je tins contre moi, pleurante et reconquise. L'amie aux chers reg-ards redevenus aimants !
Car ses jeux, qui mouillés et j)leins de diamants Avaient gardé leurs pleurs, vaincus ])ar la surprise Les laissaient s"écouler en une douce crise . Et sa voix se mourait en lents sang-lots calmants.
>sous étions arrêtés auprès' d'un ancien saule, Dont le feuillage gris nous avait abrités. Et sur son front pâli tondjé sur mon épaule,
A travers ses cheveux épars et tourmentés.
Ma lèvre encore tremblante où l'adieu frémissait
Posa le long baiser (pii nous réunissait.
Ce ne l'ut (iii"un inslaiit , car il fallait partir; Klle, vers le villag-e enfoui dans les dunes, Où. devant son clialet, lors(jue les larg-es lunes Entre les ajoncs noirs commencent à rougir,
Elle laissa souvent son âme s'attendrir, En songeant au sentier où gisaient ses rancunes. Et peupla Tindécis brouillard des heures brunes Des détails retracés (le ce cher souvenir;
Et moi je m'en allais vers les hauts monts lointains. Mais lorsqu'en revenant je traversai les rues Si douloureusement le matin parcourues.
Emportant de la joie et de nouveaux destins, Prisonnier triomphant (pii du chagrin s'évade. J'étais reconnaissant à la blanche bourgade.