‹ À l'amie perdueChapitre 6 sur 19 · I.A OUEREI.LE · texte numérisé non relu

I.A OUEREI.LE

Soleil, lu fus vainqueur, ce jour-là des nuées ! Infatigablement, d'un redoutable essor.

Tu chassas les vapeurs partout diminuées, Dans leurs lianes déchirés brisant les lanc(>s d"or.

Elles s'accumulaient, un instant remuées Au fond de l'horizon })ar un dernier effort, Kt s'étendaient enfin, lasses, exténuées. Te faisant de leur pourpre immobile un décor.

Alors, le vaste ciel, tout l'azur fut à toi, Et tu t'éloignas seul vers les confins du jour. Ainsi qu'un chevalier qui, dans un long- tournoi.

Ayant vu triompher la cause de l'amour, Traverse, étincelant de ses armes en feu. L'immense arène aux murs tendus de velours bleu !

Depuis les premiers rnols timides et tremblants, Et les chastes aveux approuvés des étoiles. Jusqu'aux mots éperdus que la Beauté sans voiles Fait jaillir mélangés à des baisers brûlants,

Des soupçons désolés aux pardons accablants, La langue de TAmour, tumultueuse et triste. Est infinie ; on est un immortel artiste Pour en avoir rendu la grâce ou les élans.

Nul poète à lui seul ne la possède entière. Tendre, mélancolique, âpre, farouche, fière, Des aveux alangnis laits pour durer toujours

Aux paroles de feu brèves et bondissantes, Du soupir caressant des passions naissantes Au grand cri de douleur qui clôt tous les amours.

A I, AMIE PEKDUE.

Où s'en vont tous ceux-ci qui marchent en pleurant? Ceux-ci, qui vont serrant les poings, poussant des râles? Ceux-ci, joig-nant les mains en un geste implorant? Et ceux-ci, un couloau dans le llauc, froids et pâles?

Ceux-ci, qui radieux sourient en soupirant? Ceux-ci, qui vont dansant et frappant des cymbales? l"]t ceux-ci, qui s'en vont chantant et respirant Des fleurs dont derrière eux ils sèment les pétales ?

Leur cortège inconstant se transforme sans cesse; Ceux qui semblaient navrés sont saisis d'allégresse, Et ceux qui semblaient gais sont navrés à leur tour.

Où s'en vont-ils ? — Porter le grand tribut de larmes. De transports, de tourments, d'extases et d'alarmes. Vers le trône éternel où réside l'Amour.

« Prenez ces deux enfants qui dorment d^in sommeil Où persistent encor les poses de l'amour, Et, sans les séparer, portez-les dans la tour, Sous un dais de velours incarnat et vermeil.

Puis vous rassemblerez, dès le premier soleil, Leurs parents ennemis, et si, pour le plein joui-, Ils n'ont pas abjuré leurs querelles autour Du lit où ces beaux corps attendent le réveil,

Vous tuerez ces amants du même coup d'épée. Qu'une commune mort enlacés les enlève Plutôt qu'un âpre sort n'interrompe leur rêve !

Dans le même linceul avec leurs corps drapée

Vous ensevelirez la lame de ce glaive.

Qui d'aucun autre sang ne doit être trempée. »

J"avai.s quitté, vers Tlieure où la L^'re scintille, Ma maison isolée au pied du vieux rempart ; Près d'un bois, où pleuraient des fontaines, la gorille D'un parc était ouverte, et j'entrai au hasard.

Bientôt je me trouvai dans un larg-e chemin De c^'près espacés, où, dans les inteiTalles, Des rosiers blancs , mêlés de branches de jasmin , Se joignaient en arceaux chargés de roses pâles.

Je suivis un rajon qui, passant sur les fleurs. Semblait, plus j'approchais, leur rendre leurs couleurs. Tandis qu'elles aussi semblaient, pour quitter l'ombre,

Au bord de leurs buissons venir en plus grand nombre ; Et je vis une salle ou j)lutôt un pùrtifjue Lumineux où flottait un doux bruit de musique.

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Aux piliers qui i)orlaient le toit, chaque volute Laissait pendre des ileurs aux coins des chapiteaux, Et les marbres brillaient dans l'éclat des flambeaux Qu'une rose parfois traversait de sa chute ;

Une femme jouait, sur une double flûte, Un air lent cpie coiiijaienl en incertains lambeaux Ces mots redits sans cesse : « Avant les noirs tombeaux, Aimons ! sachons saisir la fuvanle miinite ! »

Ses deux bras nus levés [xjur tenir Tinsimment , Elle jouait debout dans sa tunique étroite, Rien d'elle ne Ijoug-eait, sinon sa main adroite

Sur l'ivoire animé s'ouvrant et se fermant ;

Et l'air se remplissait, comme un cœur (pii convoite,

De ce conseil d'amour et de cet air cjiarmant.

Sur la soie écai-late et pourpre des coussins. Où des corps enlacés qu'un trait sol ire découpe Se suivaient en lascifs et délicats dessins, D'autres femmes étaient assises en un groupe.

Tels ceux que les marins regardaient de la poupe Jouer dans les flots verts en dangereux essains. Ces femmes se passaient une admirable coupe D'un contour moins parfait que celui de leurs seins.

Et Tune, se dressant dans sa robe de gaze

Qui ne voilait sa chair qu'à Tendroit des fleurs d'or.

D'un geste sinueux où sa gorg-e ressort,

Eparpillant dans l'air des gouttes de topaze, Jeta le dernier vin qui restait dans le vase. Suivant le rite ancien pour connaître le sort.

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