VAGUES CRISES
Comme aujourcriiui la mer est l»elle et délicate ! Elle fut, tout le jour, vaporeuse et nacrée, Avec de grands frissons de lumière dorée. Sous un ciel d'un gris fin, veiné comme une agate
Puis ce ciel s'est ouvert d'une fente écarlate, Kt la pensive mer rpii devenait cendrée D'une pourpre lueur soudain s'est colorée, Douce lueur où tout caresse et rien n'éclate ;
Dans les pays divins par delà le soleil.
On donne quelque noble et mei"veilleuse fête.
D'où s'échappe un rayon si mollement vermeil
Qui vient éparpiller des roses sur le faîte
De tous ces flots bercés d'un lumineux sommeil.
Ah ! si de jours pareils notre vie était faite !
122 A l'amie l'EKDUE.
Yûii'i que dans les yeux brillent encor des pleurs, Dans tes yeux bleus rêveurs et qui sont tout mon rêve Hélas ! ma bien-aimée, un ange armé d'un glaive Qui dans nos cœurs blessés enfonce ses lueurs,
Veille et nous interdit le jardin des Bonheurs ; Et si jamais, un jour, notre attente s'achève, Nous n'y pénétrerons, ô mélancolique Eve, Qu'avec des fronts marqués de nos longues pâleurs.
Les ombrages tremblants des saules et des charmes. Un feuillage craintif et toujours plein d'alarmes. Par la plainte du vent tristement effleuré.
Ce sont là les bosquets de notre amour navré ! Et pourtant voudrais-tu ne pas verser ces larmes ? Ont-ils connu l'amour ceux qui n'ont point pleuré ?
Ferme le livre, amie, où nous venons de lire ; Nos cœurs sont jusqu'aux bords emplis de sa beauté, Qui consacre un amour longuement tourmenté, Et dans nos deux esprits frémit la même Ijre.
La douceur de ces vers dans ce doux soir respire,
Soir de môjancolie et de sérénité,
Tendu de lilas pâle et d'azur argenté ;
La même flamme en nous brûle comme une myrrhe.
Viens, marchons du côté où le soleil s'abaisse Voilé par des vapeurs ainsi qu'un ostensoir ; 11 va dans ce beau ciel mourir avec noblesse.
Comme un cœur qu'un devoir fier et douloureux blesse Ainsi saignent nos cœurs ! Viens, allons nous asseoir Dans les prés veloutés par les rayons du soir.
AMIE PEUDUE.
Parfois, lassés de vivre en cette vie austère. Dans le pesant caveau des lois et des devoirs, Où des anneaux d'airain enchaînent nos vouloirs, Où notre amour attend le mot qui le libère.
Ainsi que des captifs qui laissent leurs espoirs S'échapper loin des murs où leur corps désespère, Nous allons, quand aucun souffle lég;er n'altère La limpide beauté des soirs, des divins soirs,
Nous allons, attristés et muets, sur la grève, Et nous laissons, gagnés d'un insensilde rêve Hors des réalités rigides et claustrales,
Nos âmes s'envoler, libres et nuptiales. Aux jardins azurés où le lis d'or se lève. Quand le ciel se fleurit de ses fleurs sidérales.
Xoiis allons tous les jours à la petite baie, Parmi ses sai)les plats, dans son eiivjue de dunes ; Tantôt elle s'emplit d'eau vig-oureuse et gaie, Quand les vents et les jlols déposent leurs rancunes ;
Tantôt, sous leur colère, elle tremble et s''effraie ; Kt tantôt elle est vide, et ses longues lagunes Sont j)leines, sous le ciel que la brise balaie, De lourds soleils sanglants ou de tremblantes lunes ;
Quebpiefois. mais plus tôt. ses franges d'algues vertes. Par la mer rpii descend récemment découvertes, Luisent avec douceur sous des rayons obliques ;
l']t parfois des brouillards traînant à sa surface
Kn font un inonde étrange aux lumières mjstiquesj,
Un rêve pâle où tout se dissout et s'efface.
AMIK l'ERDUE.
Nous étions arrivés, le soir, dans le vienx port Aux toits rouges et lias et rongés par l'embrun, Qui s'épaulent entre eux, tassés dans un coin brun De falaise, vieux port gardé par un vieux fort.
Il faisait doux ; la nier était à moitié basse, De pourpres flaques d'eau reluisaient sur la grève, Et, sur le petit môle, on vojait, comme un rêve, Des ombres qui balaient en cbantant à voix lasse.
Dans un ciel encor clair et semé de nuages, 1^6 dessinaient le mât, la vergue, les cordages, P^t les boules d'osier ajouré du signal
Qui dresse sa tour blancbe au bout de Testacade ; Et, sur Técbelle en fer qui regarde la rade, Se bissait lentement le feu vert d'un fanal.