‹ A l'assaut des pays nègresChapitre 13 sur 45 · SORTIE DE L'OUGOGO · texte numérisé non relu

SORTIE DE L'OUGOGO

notre confrère. Finalement, le sultan se contente de trenteneuf dotis d'étoffe et de trois rouleaux de cuivre.

Mercredi, 21 août. — Pendant la nuit, nous sommes réveillés par un coup de feu tiré dans le camp. Bientôt des cris s'élèvent de toutes parts ; tous les pagazis courent aux armes; c'est un tumulte général.

Nous questionnons notre monde pour savoir la vérité,, et nous apprenons que le coup de feu a été maladroitement tiré par un soldat sur un pagazi qu'il croyait se disposer à prendre la fuite. Le seul effet produit fut la colère de tous les pagazis contre les Wangouana.

Au bout de quelques heures néanmoins, nos furieux rentrent dans leur camp, et le calme se rétablit.

Avant d'entrer dans l'Ouyanzi, autrement appelé Magounda-Mkali (plaine ardents), nous devons nous procurer des vivres pour plusieurs jours : nous retombons dans les bois et les déserts.

Il faut que TOugogo soit d'une bonne fertilité pour nourrir non seulement ses nombreux habitants, mais encore toutes les caravanes qui le traversent et y séjournent pour les négociations si difficiles du terrible hongo. Les indigènes ne paraissent pas cependant se livrer par eux-mêmes à la culture du sol ; ils préfèrent y employer leurs esclaves ' , et passer leurs loisirs à la chasse aux éléphants, dont ils tirent d'excellent ivoire qu'ils vendent aux caravanes en destination de la côte.

Celles-ci ne payent pas les mêmes contributions qu'à l'aller ; elles en sont quittes pour quelques houes en fer, article qui ne se fabrique pas dans le pays.

Les Wagogo ne se louent jamais comme porteurs. Quoiqu'ils ne soient pas musulmans, ils célèbrent la nouvelle lune par des roulements de tambours et des décharges de mousqueterie.

Le sel est pour eux un précieux article d'échange; ils le

1 Quelquefois ils se font un malin plaisir de réquisitionner les pagazis des caravanes pour faire des corvées dans leurs champs. C'est ainsi que la seconde expédition dut prêter un jour ses porteurs au sultan de Kanyényé pour rentrer le moutama.

tirent soit des étangs nitreux , qui se rencontrent fréquemment sur leur territoire, soit de la terre elle-même, à laquelle ils font subir plusieurs lavages. Nous avons vu maintes fois les femmes occupées à ce travail. Le résidu qu'elles obtiennent par Tévaporation est moulé en cônes informes qui s'exportent à l'est et à l'ouest, ou est acheté, faute de mieux, par les voyageurs2.

Il n'y a pas de ruisseaux permanents dans le pays; aussi est-il d'une grande aridité pendant la saison sèche. Les habitants conservent l'eau dans des citernes ou des dépressions de terrain qu'ils cachent soigneusement, et dont l'accès n'est permis aux caravanes que moyennant finances. La réverbération solaire produit une chaleur étouffante pendant le jour, à laquelle des nuits étoilées font succéder un froid presque glacial.

Il n'est pas étonnant après cela que l'on ne puisse guère franchir l'Ougogo sans ressentir les atteintes de la fièvre, malgré toutes les précautions possibles.

On dit que les Wagogo ne croient pas à l'immortalité de l'âme ; mais nous n'en avons eu aucune preuve : ils ne semblent avoir, il est vrai, d'autres sentiments, d'autres instincts que ceux de la brute. Ils croient aux sorciers, qui sont de deux sortes : les uns, mauvais, envoient les maladies ou autres

1 Qu'on ne s'étonne pas si le sel est regardé par beaucoup de peuples africains comme une véritable friandise; cette estime est basée sur les propriétés médicales de ce précieux condiment. Citons à ce sujet un passage de Livingstone (Explorations dans l'Afrique australe, page 29):

« Lorsque les pauvres, qui n'avaient pas de sel, étaient forcés de vivre entièrement de racines pendant un certain laps de temps, ils avaient de fréquentes indigestions. Nous eûmes souvent l'occasion de l'observer; car, le district manquant de sel, les riches avaient seuls- le moyen de s'en procurer. Les médecins du pays, sachant bien quelle était la cause du mal, prescrivaient ordinairement un peu de sel avec les drogues dont ils faisaient usage; mais, comme ils n'en avaient pas à leur donner, c'est à nous que les pauvres s'adressaient lorsqu'ils étaient maladesnous fîmes profit de cette méthode; depuis lors nous avons traité l'indigestion en administrant une cuillerée à café de sel, et nous avons restreint l'emploi que nous faisions des autres médicaments. Le lait et la viande produisent le même effet; bien qu'ils n'agissent pas d'une manière aussi rapide. Il m'arriva plus tard, après avoir été privé de sel pendant quatre mois, de n'éprouver aucun désir d'en goûter, mais de souffrir cruellement du besoin de manger de la viande ou tout au moins de boire du lait. Ce besoin impérieux se faisait sentir aussi longtemps que je restais au régime végétal; dès que je pouvais avoir de la viande, bien qu'elle eût bouilli dans de l'eau de pluie parfaitement insipide, elle avait pour moi un goût de sel très agréable, comme si elle avait été légèrement assaisonnée. »

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