‹ A l'assaut des pays nègresChapitre 18 sur 45 · SÉJOUR A KOU1HARA · texte numérisé non relu

SÉJOUR A KOU1HARA

videntielle, car le Père Lourdel ne peut plus marcher. Cette indisposition me met dans un grand embarras. Pendant la nuit du 17 au 18, fièvre très forte avec délire. La veille il m'avait dit de partir seul et de le laisser là jusqu'à mon retour. Mais était-il prudent de l'abandonner dans cet état? Nous promettons de dire chacun une messe pour les âmes du purgatoire si le lendemain le départ est possible.

Vendredi 18 octobre. — Le Père Lourdel se trouve beaucoup mieux ce matin et me prie de le laisser pour continuer ma route. J'accède à son désir et lui laisse un des soldats, celui qui nous sert de cuisinier en voyage. Départ avec les autres à quatre heures du matin, par un beau clair de lune. En chemin nous sommes rejoints par des indigènes qui nous disent qu'un blanc vient d'arriver à Kouihara, et qu'ils ont été ses pagazis depuis Bagamoyo jusqu'à l'Ounyanyembé. D'après toutes les indications qu'ils me donnèrent, je conclus que c'était M. Debaize.

Nous rencontrâmes un grand nombre de villages entièrement brûlés, car tout ce pays a été dévasté par les dernières guerres; puis nous entrâmes dans une grande forêt.

A onze heures et demie nous faisons halte près d'un étang, sous un vieux tamarinier, afin de prendre un peu de repos et de nourriture. A une heure et demie nous repartons, et au coucher du soleil nous sommes dans le petit village de Mkoulongo.

Si notre halte du midi n'avait pas été si longue, nous aurions pu arriver ce soir même à la capitale de Mirambo, car à Mkoulongo on n'en est plus éloigné que de trois heures.

Nous avions marché depuis le matin dans la direction nord-nord-ouest.

Samedi 19 octobre. — Nous repartons à la pointe du jour, et à neuf heures nous arrivons à Tierra-Magazy, la métropole de Mirambo. Elle est entourée d'un mur en quadrilatère. Presque toutes les maisons ont la forme de ruches d'abeilles et sont très bien bâties.

Cette ville ne datait que de six mois lors de ma visite ; elle avait été construite sur l'emplacement de la ville d'Oulian-

kourou. Ainsi Mirambo n'habite plus à Ourambo, qui est à deux lieues plus loin; Tierra-Magazy est devenue sa résidence habituelle1.

En arrivant je fus reçu par M. Cambier, le chef de l'expédition belge, if m'apprit que M. Broyon n'était pas encore de retour, et que Mirambo venait de partir en guerre. Je lui fis connaître alors quel était l'objet de ma visite. Il me répondit que chez Mirambo je ne trouverais point d'étoffes; que, si le sultan avait été chez lui, j'aurais moi-même été obligé de lui en donner et de lui faire un riche présent. Quant aux pagazis, Mirambo ne m'en aurait pas fourni non plus ; il m'aurait peut-être dit comme à M. Cambier lui-même : « Je permets à ton kirangozi de chercher despagazis, » et c'eût été tout.

Cependant M. Cambier n'était point passé par l'Ounyanyembé, ce qui est une bonne note aux yeux de Mirambo; aussi en arrivant dut-il être bien déconcerté : il pensait trouver une caravane à sa disposition et recevoir un très bon accueil du sultan. Au lieu de tout cela il dut délier ses ballots et faire de nombreux cadeaux au grand chef de Tierra-Magazy. Il y avait loin de là à cet accueil chaleureux dont parle Stanley dans son second voyage ; mais le caractère du nègre est changeant, et le sultan le plus généreux, lorsqu'il n'a rien à craindre et tout à espérer, devient facilement le plus astucieux et le plus avare; à moins toutefois que son amourpropre ne soit en jeu, car l'orgueil est bien encore un des côtés faibles de ces natures dépravées.

Tout ce que me dit M. Cambier de Mirambo, de sa politique, et surtout de sa conduite envers les blancs, fit beaucoup baisser le noir gentleman dans mon estime, et je remerciai Dieu de ce que nous avions été dans l'Ounyanyembé, au lieu de prendre directement la route de ses États; ne pouvant trouver chez lui ni étoffes ni pagazis, nous aurions été dans le plus grand embarras.

Dimanche 20 octobre. — Nous quittâmes Tierra-Magazy à cinq heures et demie. M. Cambier eut la bonté de nous accom-

1 Depuis lors, Ourambo est redevenue eapitale, et les protestants anglicans y ont é'abii une station de missionnaires.

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pagner pendant plus de deux heures. Je lui laissai une lettre pour M. Broyon, dans laquelle je le priais de nous faire savoir s'il avait accepté les propositions du Père Charmetant. Pour le moment, ce monsieur, pas plus que Mirambo, ne peut nous être d'aucun secours. Il faudra donc nous servir des Arabes. Nous devrons même partir au plus tôt de Tabora, car la saison des pluies, qui approche, nous rendrait le voyage impossible. Reculer devant l'emprunt serait une véritable folie.

J'avais hâte d'arriver au village de Mziga, où j'avais laissé le Père Lourdel. Aussi, pour encourager les trois pagazis, je leur promis un doti s'ils arrivaient le soir même à ce village. Pour nous y rendre , nous avions plus de dix heures de forêt à traverser, et au sortir de cette forêt environ trois à quatre heures de marche en plaine.

A midi nous campions de nouveau sous le vieux tamarinier. Mais cette fois je ne donnai que vingt minutes de répit à mes hommes. Dans la soirée, les deux soldats que j'avais restent en arrière, se disant à bout de forces. Voulant à tout prix sortir de la forêt avant la nuit, je continue de marcher avec les trois porteurs.

A huit heures, notre petite caravane arriva à Mziga. J'eus la consolation de trouver le Père Lourdel en bonne voie de guérison et tout disposé à partir le lendemain.

Lundi 21 octobre.— Nos pagazis, harassés par la longueur de la course de la veille, font beaucoup de difficultés pour se mettre en route ce matin; mais notre dessein n'étant pas de passer un jour de plus à Mziga, nous leur rappelâmes le souvenir des coups de bâton du vieux cheik, en leur faisant entendre qu'ils pourraient bien en recevoir d'autres s'ils refusaient de nous obéir. L'exhortation eut un bon effet; ils prirent immédiatement leurs fardeaux, et nous partîmes vers sept heures.

Un des askaris restés en arrière dans la forêt était rentré peu de temps après la caravane à Mziga. L'autre n'avait pas encore reparu.

A neuf heures nous arrivâmes à Mguankoua et en repartîmes à midi et demie. Nos pagazis, qui le matin montraient de la mauvaise volonlé, nous conduisirent ce jour-là même

jusqu'à Kouihara : c'était une étape de douze heures. En allant, nous avions mis deux jours et demi à faire ce trajet.

En arrivant nous trouvons avec les confrères M. Debaize, qui avait fait un excellent voyage. A Bagamoyo il avait recruté trois cents Zanzibarites pour porter ses bagages; il en avait armé deux cents de bons fusils, et avait pu ainsi, par la force, maintenir dans le devoir les quatre cents Wanyamouézi qui complétaient sa caravane. Au lieu d'être pillé comme nous par les brigands, il leur avait tué trois hommes; au lieu de payer comme nous de forts tributs en passant dans l'Ougogo, sa force armée l'avait fait redouter des naturels, et il n'avait presque rien déboursé.

Si nous avions réussi en tout comme lui, peut-être aurionsnous oublié un peu que nous étions missionnaires ; peut-être nous serions-nous crus de simples explorateurs. Au lieu donc de nous affliger, bénissons Dieu de tout ce qui nous est arrivé, et de nous avoir permis malgré tout d'atteindre le but.

Entre autres faits divers, M. Debaize nous apprit le suicide de M. Morton à Saadani, près Bagamoyo. C'était un Anglais chargé de conduire à la côte les caravanes de Mirambo.

Nous n'avons pas encore reçu de nouvelles de notre chère Société depuis que nous avons dit adieu à nos confrères; c'est pour nous une grande peine, car nous nous entretenons souvent de Maison-Carrée, de nos supérieurs, et surtout de notre vénéré fondateur et Père, dont nous ne pouvons nous rappeler sans émotion les paternels enseignements.

Mardi 22 octobre. — Dans la soirée, un Anglais, M. Copplestone, faisant partie de la mission protestante de l'Ouganda, arrive d'Ouyouy à Kouihara. Il avait appris qu'un de ses confrères qu'il attendait venait d'arriver à l'Ounyanyembé. C'était une fausse nouvelle. Ne sachant où diriger ses pas, ce jeune homme accepta notre hospitalité avec la plus grande reconnaissance. Il repartit pour Ouyouy le surlendemain après midi.

Mercredi 23 octobre. — Depuis quelques jours, les Arabes semblent craindre que nous ne nous servions de Mirambo, et ils nous ont offert la pièce de satini pour dix piastres (cin-

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quante-deux francs). Nous ne croyons pas qu'ils baissent davantage ; c'est pourquoi nous nous décidons à acheter trois cents pièces de cette étoffe à Cheik ben Nassib. Il accepte en payement une traite sur Zanzibar.

Jeudi 24 octobre. — Maintenant il s'agit d'avoir des pagazis pour transporter nos ballots dans nos deux postes. Le gouverneur et son i'rère nous avaient dit que la chose était facile. « Dites- nous quand vous les voulez, et combien il vous en faut, nous vous les trouverons aussitôt. » Pareille promesse avait été faite pour les étoffes; cependant nous les avons réclamées pendant deux grands mois. Nous réclamons aujourd'hui des pagazis; mais on ne nous en donne aucun; on se contente de nous payer de belles paroles.

Vendredi 25 octobre. — Visite du gouverneur. Il promet de donner un capitaine à chaque caravane, et nous dit qu'il va envoyer ses gens de tous côtés pour nous recruter des porteurs. Nous savons depuis longtemps ce que valent ses promesses : autant en emporte le vent.

Son frère, le vieux cheik, refuse de nous livrer deux cents autres pièces d'étoffes que nous avions demandées. On aurait dit qu'il voulait nous garder un an à Kouihara.

Dans l'après-midi, nous reçûmes les deux chefs de caravanes. C'étaient deux Wanyamouézi dont l'aspect n'inspirait qu'une médiocre confiance. Quelles qualités avaient- ils? Nous n'en savions rien. Mais, ne connaissant personne, nous fûmes contraints de les accepter. Nous promîmes trente dolis pour celui qui devait conduire la caravane d'Oujiji, et vingt pour le chef de l'Ouganda. Ce dernier ne devait aller qu'à l'Oukéréwé, au sud du lac Nyanza.

Samedi 26 et dimanche 27 octobre. — Depuis son arrivée , le Père Lourde! a perdu beaucoup de sa vigueur, mais en général il va assez bien ; c'est un de ceux qui ont le plus travaillé dans le voyage; il parle assez facilement le kisouahili; ce qui est très précieux pour nous; car, par une imprévoyance sans pareille, nous n'avons pris qu'un interprète convenable qui suivra les Pères d'Oujiji.

Le Père Girault a eu la fièvre jusqu'au délire, et de plus il a failli perdre la vue; il va mieux maintenant, et commence à pouvoir lire. Ce matin il nous a dit la sainte messe, mais sa maladie d'yeux l'a rendu incapable de continuer son journal.

Le Père Augier a souffert longtemps; la fièvre l'avait réduit à une telle extrémité, que nous étions sur le point de lui administrer les derniers sacrements; maintenant il va bien; c'est le mieux portant de tous.

Les PP. Livinhac et Dromaux ainsi que le Frère sont en ce moment bien faibles.

Lundi 28 octobre. — Nous recevons enfin les étoffes et engageons trois pagazis au prix de neuf dotis chacun. Nous envoyons les deux capitaines en reeruter d'autres dans les villages environnants.

Nous devons, en effet, mettre tout en œuvre pour quitter au plus vite l'Ounyanyembé. Les pluies vont bientôt commencer. Ce n'est pas la masika proprement dite, mais c'est une saison qui gênerait beaucoup notre marche et pourrait endommager les étoffes. De plus, il y a des bruits de guerre. Les Arabes sont sur le point de recevoir de Bagamoyo une caravane chargée d'armes. Ils s'attendent à voir bientôt Mirambo tomber à l'improviste sur l'Ounyanyembé et mettre tout à feu et à sang sur son passage. Si pareille chose arrivait avant trois mois d'ici , comme on le suppose , les routes de nos missions seraient fermées peut-être pour longtemps.

29, 30 et 31 octobre. — Toujours des malades aux prises avec la moukongourou.

Voici comment Stanley dépeint avec son coloris habituel les tortures de cette horrible fièvre, dont les accès périodiques n'épargnent même pas les Arabes de Tabora, malgré leur confort :

« La tête vous brûle, les tempes ont des battements précipités ; des tenailles rougies vous déchirent ; le feu est dans vos veines, la soif vous dévore. L'air embrasé est plein de monstres hideux, reptiles connus et inconnus, qui grandissent et se multiplient confusément, toujours plus compliqués, toujours plus affreux, et se transformant sans cesse pour devenir plus

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horribles. Chaque effort que vous faites pour échapper à cette vue la rend plus effroyable et crée de nouvelles souffrances. Nombreuses, nombreuses sont les heures que j'ai passées sous le poids de cet infernal délire. Oh! les angoisses dont cette fièvre d'Afrique vous accable ! Tortures de l'esprit, tortures du corps. Oh ! l'atroce agonie ! Rien ne l'apaise ; les soins les plus patients, les attentions les plus douces, le dévouement le plus humble, tout vous irrite, tout vous affole. Dans ce terrible état, Job lui-même fût entré en fureur1. »

Pour nous, nous sommes venus pour racheter des âmes, et Notre-Seigneur avec les saints nous ont appris que les âmes ne se rachètent que par la souffrance.

Nos baromètres suivent le mouvement général et ne veulent plus fonctionner. Il nous est très difficile, pour ne pas dire impossible, de faire les observations scientifiques nécessaires.

Nous engageons pour Oujiji huit de nos anciens askaris.

Vendredi 1er novembre. — Nous célébrons de notre mieux la grande fête de la Toussaint. Eprouvés par la maladie et par nos difficultés avec les autorités de l'Ounyanyembé, nous nous consolons en pensant que les saints sont passés par de plus grandes épreuves encore. Nous leur demandons force et courage, afin de suivre leurs traces et de supporter nos peines avec patience.

Samedi 2 et dimanche 3 novembre. — Toujours de nombreuses visites du wali et de son frère ; toujours mêmes promesses.

Ils nous annoncent que des caravanes vont venir d'Oujiji et de l'Ouganda et nous fournir tous les hommes dont nous avons besoin.

Le Père Delaunay, qui avait été mieux durant quelques jours , est de nouveau retombé.

Lundi 4 novembre. — Fête de saint Charles Borromée. Aucun de nous n'oublie que c'est aujourd'hui la fête de

1 V. Commsnt j'ai retrouvé Livingslone, page2o6.

Mgr notre vénéré Père. Nous nous unissons à nos frères de Maison- Carrée pour offrir à Sa Grandeur tous les souhaits qu'ils lui (ont eux-mêmes. Nous prions pour que Notre-Seigneur répande ses bénédictions sur ses travaux et sur ses œuvres. Nous savons que notre vénéré Père, en bénissant nos frères, n'oubliera pas ses enfants de l'Afrique équatoriale.

L'état des santés est un peu meilleur. Nous faisons voeu de dire une neuvaine de messes d'actions de grâces et de dédier notre première église au sacré Cœur de Jésus si nous arrivons tous sains et saufs dans nos chères missions.

Mardi 5 novembre. — Le bruit court qu'une caravane arrive d'Oujiji. Nous envoyons deux soldats à sa rencontre pour en arrêter les pagazis ; malheureusement ce n'était qu'un racontage.

A Kouihara, notre capitaine ne peut recruter un seul homme1. Du reste, nous avons en M. Debaize un redoutable concurrent. 11 recrute lui aussi des pagazis pour Oujiji et leur donne jusqu'à douze dotis, au lieu que nous n'en offrons pas plus de neuf.

6, 7, 8, 9 novembre. — Si les pagazis pour Oujiji ne se recrutent point, ceux de l'Ouganda, au contraire, arrivent en grand nombre.

M. Debaize annonce qu'il part lundi prochain pour Oujiji. Il est obligé de laisser une partie de ses bagages, mais il a intention de revenir les prendre; sa santé, qui était très

1 II est très difficile, dit Burlon, de décider les Wanyamouézi à quitter leurs champs entre les mois d'octobre et de mai, ce qui est le moment des travaux. Ils abandonnent volontiers la culture à leurs femmes et à leurs enfants, quand il s'agit de transporter leur propre ivoire ; mais à celte époque, ils ne se dérangent pour les autres qu'à un prix excessif.

« ... Dès le mois de novembre, qui est l'époque des semailles, les indigènes refusent de s'éloigner, et les chefs de caravane qui ne peuvent pas donner le supplément de salaire indispensable pour entraîner les porteurs sont forcément arrêtés dans leur marche. Les villageois viennent leur offrir leurs services; ils flânent autour de la cargaison, ouvrent de grands yeux, rient sans motif, soupèsent les fardeaux, débattent le salaire, promettent de revenir le lendemain, et disparaissent sans retour. » (V. Voyage aux grands lacs, pages 296 et 328.) Ajoutons qu'alors même que Ton parvient à les entraîner, ils ne tardent pas à déserter en masse.

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bonne lors de son entrée à Kouihara, s'est bien affaiblie : il a eu comme nous de très fortes fièvres.

Dimanche 10 novembre. — Le chef de la caravane d'Oujiji est absent depuis quinze jours; il se promène sans doute, car il ne nous amène aucun pagazi.

M. Debaize envoie sa caravane camper à quelque distance sur le chemin d'Oujiji, afin que tous ses hommes se réunissent. Il choisit la route du sud, parce qu'il n'y a point de hongos à payer; mais elle est plus longue que celle que nous sommes résolus à prendre nous-mêmes, et qui va droit à l'ouest.

Bien que son œuvre ne soit pas la même que la nôtre, nous accompagnons cet homme de cœur de tous nos vœux. La science et la religion doivent toujours se donner la main, car elles sont sœurs. Que ne pouvons-nous marcher à sa suite, au lieu de croupir misérablement dans une inaction forcée! Espérons que Dieu, qui veut exercer notre patience, prêtera enfin l'oreille aux supplications que tant de personnes pieuses lui adressent pour nous, et fera tourner à sa plus grande gloire et au plus grand bien des âmes vers lesquelles nous sommes envoyés les épreuves et les souffrances dont nous sommes abreuvés chaque jour.

Déjà le Père Livinhac a presque complété sa caravane; il va s'enfoncer de plus en plus dans les sauvages profondeurs de ce continent. Nous nous séparerons peut-être pour toujours, mais ce sera les yeux levés vers le ciel et avec cette prière : Pater, adveniat regnum tunmf Notre Père, que votre règne arrive!

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