‹ A. L. BaryeChapitre 8 sur 76 · COMBAT D ACHILLE CONTRE HECTOR · texte numérisé non relu

COMBAT D ACHILLE CONTRE HECTOR

LES ARTISTES CELEBRES

l’ardeur du combat, là au repos, mais tout vibrant et prêt à s’élancer dans la mêlée. Au centaure Chiron le sculpteur a donné, en même temps que des bras vigoureusement musclés, une tête fine et intelligente : il n’a pas oublié que le centaure enseigne à son élève, avec l’art des combats, l’art de la lyre et les secrets de la médecine, sous leurs noms antiques, la gymnastique et la musique.

Voici maintenant notre héros habillé en femme et caché parmi les filles de Lycomède : Achille a pris le nom de Pyrrha et parfois étonne et scandalise ses compagnes par ses façons brusques et garçonnières. Rude nous le représente au moment où il vient de découvrir, dans le coffre envoyé par l’artificieux Ulysse, un casque, un bouclier, une épée, cachés parmi les parures de femme. Il a déjà posé le casque sur sa tête d’un geste délibéré, délicieusement gauche à cause de la robe de femme dont il est encore vêtu. Il semble qu’on entende le discours d’Ulysse: il est entraînant ; il évoque Troie et les combats glorieux; comme le dit Stace, tout Troie passe dans le cœur du jeune héros prêt à s’élancer. Pourquoi Déidamie a-t-elle à cette vue laissé tomber sa lyre et verse-t-elle à l’écart des larmes amères, tandis que deux de ses sœurs continuent à fouiller dans le coffre et que deux autres paraissent muettes et immobiles d’étonnement à l’aspect subitement viril et martial de leur compagne Pyrrha. Déidamie connaît des secrets que ses sœurs ignorent : adieu les mystérieux rendez-vous d’amour, Pyrrhus est né et son père va partir. Cette idylle héroïque a merveilleusement inspiré le talent de Rude, qui a su sacrifier aux grâces sans tomber dans le maniérisme. Il pouvait être tenté en effet de s’inspirer de certaines descriptions un peu précieuses et raffinées de Stace, celle qui nous montre Achille apprenant à Déidamie à chanter sur la lyre ses propres exploits, ou bien encore Déidamie enseignant à son amant à ramener pudiquement les plis de sa robe sur ses bras et sa poitrine, à « polir du pouce la rudesse des fils de la laine », à « refaire son fuseau et à réparer la tâche gâtée par une main maladroite ». Lire, ce doit être choisir, et Rude a le goût trop sûr pour se laisser séduire par ces afféteries, qui ne sont pas sans grâce, mais qui répugnent à la sévérité du marbre.

H omère est un guide plus sûr : c’est de lui seul que le sculpteur va s’inspirer dans les six autres bas-reliefs. A son tour, le héros fond en larmes, comme Déidamie, qu’il a oubliée : les envoyés d’Agamemnon emmènent Briséis et ces larmes d’amour et de fureur n’éteindront pas la

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