‹ A. L. BaryeChapitre 9 sur 76 · ACHILLE TRAINANT LE CADAVRE D’HECTOR · texte numérisé non relu

ACHILLE TRAINANT LE CADAVRE D’HECTOR

LES ARTISTES CELEBRES

terrible colère qui gronde en son cœur. Briséis, d’un mouvement gracieux, presque coquet, écarte un peu son voile, retourne la tête et enveloppe le héros d’un dernier et long regard d’amour, tandis que Patrocle s’efforce en vain d’apaiser son ami. Les vers d’Homère reviennent naturellement à la mémoire et il semble qu’on entende Achille dire aux émissaires du roi des rois : « Vous n’êtes point coupables envers moi, mais bien Agamemnon qui vous envoie pour la vierge Briséis. Debout, divin Patroklos, amène-la et qu’ils l’entraînent1 ». Patrocle obéit, « il conduisit hors de la tente Briséis aux belles joues et la livra pour être entraînée. Et les hérauts retournèrent aux nefs des Akhaiens, et la jeune femme allait, les suivant à contre-cœur. Et Akhilleus, en pleurant, s’assit loin des siens, sur le rivage blanc d’écume, et regardant la haute mer toute noire. » Une douleur plus grande et un deuil irréparable attend le héros, Patrocle, que les armes divines prêtées par son ami n’ont pu sauver des coups d’Hector, vient de périr. Les Grecs, rangés en funèbre cortège, piques baissés, rapportent son corps, « et Akhilleus versait de chaudes larmes voyant son ami couché dans le cercueil, lui qu’il avait envoyé au combat avec ses chevaux et son char et qu’il ne devait plus revoir vivant. » Du moins il sera bientôt vengé.

Couvert de nouvelles armes forgées par Vulcain, à la prière de Thétis, il s’élance, jonche la terre d’un monceau de cadavres et pousse droit à Hector. L’attitude est la même que dans le bas-relief où nous l’avons vu lutter contre une lionne, mais l’éphèbe est devenu un dieu vengeur : ils sont dix tout au plus, mais il semble que toute une armée tienne dans ce bas-relief d’un mouvement superbe. Le suivant n’est pas moins admirable : Achille, vainqueur, assouvit sa fureur contre le cadavre d’Hector dépouillé de ses armes, l’attache à son char et va le traîner trois fois autour des murailles si longtemps défendues par sa valeur intrépide. Le regard de fureur inexpiable qu’il jette au cadavre traduit merveilleusement les paroles de sauvage énergie qu’Homère met dans sa bouche : « Certes Hektôr est plus facile à manier que le jour où il incendiait les nefs! » C’est que le souvenir de Patrocle excite son ironie farouche et sa haine furieuse : « Il gît auprès des nefs, mort, non pleuré, non enseveli, Patroklos, que je n’oublierai jamais tant que je vivrai et que mes genoux remueront... Il parla ainsi et il outragea indignement le divin Hektôr. Il lui perça les tendons des deux pieds entre le talon et la cheville et il y i. Nous citons la traduction de M. Leconte de Lisle.

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