MES VICTOIRES
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Résignée, et songeant aux Défaites passées, J'aurai sur moi le bruit de leurs ailes lassées...
Comme un arc triomphal plein d'ocrés et d'azurs, Les horizons du soir s'ouvrent, larges et purs...
ou VOD^C I1{<i4I-JE?...
UL flot ne bouge, nul rameau ne se balance... Le gris se fait plus gris, le noir se fait plus noir, Et le chant des oiseaux ne vaut pas le silence... Où donc irai-je, avec mon cœur, par ce beau soir?
Dans le ciel du couchant triomphal, les nuages Roulent, lourds et dorés comme des chariots... Je suis lasse des jours, des voix et des visages Et des pleurs refoulés et des muets sanglots...
f8 A l'heure des mains jointes
Toi qui ressembles aux royales amoureuses, Revis auprès de moi les bonheurs effiicés...
A l'avenir chargé de ses roses fiévreuses Je préfère la pourpre et l'or des temps passés...
Soyons lentes, parmi les choses trop hâtives... 11 ne faut rien chercher... Il ne faut rien vouloir.. Allons en pleine mer, sans aborder aux rives... Me suivras-tu, vers l'infini, par ce beau soir?...
\EF'I{c4IP^ Lc4SSÉ
ES parfums de cytise ont amolli la brise Et Ton s'attriste, errant sous le ciel transparent... Le soleil agonise... Et voici l'heure exquise... Dans le soir odorant, l'on s'attarde en pleurant...
Tu reviens, frêle et rousse, ô ma belle! ô ma douce!... Comme en rêve, je vois tes yeux lointains et froids, Telle une eau sans secousse où le regret s'émousse... Sous leur regard, je crois revivre Tautrefois.
O chère ombre! moi-même ai brisé mon poème... Je ne dois plus te voir, dans le calme du soir... Regarde mon front blême et sens combien je t'aime. L'ombre, doux voile noir, couvre mon désespoir...
Un rose inexprimable a fleuri sur le sable,
Et tandis qu'alentour se fane le beau jour
Je pleurerai, semblable à ceux que l'heure accable :
« Seul n'a point de retour l'impatient amour... »
c4 Loi 'BIECNi-cAïa^ÊE
ous êtes mon palais, mon soir et mon automne, Et ma voile de soie et mon jardin de lys, Ma cassolette d'or et ma blanche colonne, Mon parc et mon étang de roseaux et d'iris.
Vous êtes mes parfums d'ambre et de miel, ma palme, Mes feuillages, mes chants de cigales dans l'air. Ma neige qui se meurt d'être hautaine et calme. Et mes algues et mes paysages de mer.
Et VOUS êtes ma cloche au sanglot monotone, Mon île fraîche et ma secourable oasis...
Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne. Et ma voile de soie et mon jardin de lys.
JE VO!^tNiE%o4I éMES YEUX...
E monde fait briller des prismes de poème...
Je donnerai mes yeux à la femme que j'aime.
Sa robe bruira, comme les vents soyeux...
Humble et tendre, je lui dirai : Voici mes yeux...
Je donnerai mes yeux qui virent tant de choses, Tant de couchants et tant de mers et tant de roses.
Mes yeux émerveillés se posèrent jadis Sur le Bosphore et sur les pierres d'Eleusis.
J'ai vu Séville où rit Tâme des courtisanes, Jérusalem, et Smyrne avec ses caravanes.
J*ai vu Grenade éprise en vain des temps meilleurs. Où le rossignol aime et chante mieux qu'ailleurs;
Venise qui s'étend, Dogaresse mourante, Et Florence qui fut la maîtresse de Dante...
J'ai vu l'Hellade où traîne un écho de syrinx, L'Egypte et son regard immobile de Sphinx,
Et j'ai vu, près des flots que la nuit rassérène. Lourds de raisins, les beaux vergers de Mytilène.
J'ai vu la Perse avec ses palais parfumés, Yeddo, plein de chansons fragiles de mousmés.
Éprise des climats, des courants et des zones, Chère, j'ai vu la Chine avec ses faces jaunes...
J'ai vu les îles d'or où l'air se fait plus doux, Et les étangs sacrés près des temples hindous.
JE DONNERAI MES YEUX... 6sf
Les temples où survit l'inutile sagesse...
Je te donne tout ce que j'ai vu, ma Maîtresse...
Je reviens t'apporter mes ciels gris ou joyeux Et mes lointains... Voici TofFrande de mes yeux.
Sc4!\S FLEUT^S o4 V01%E FI^Ot^T. . .
o u s n'avez point voulu m'écouter. . . Mais qu'importe ? O vous dont le courroux vertueux s'échauffa Lorsque j'osai venir frapper à votre porte, Vous ne cueillerez point les roses de Psappha.
Vous ne verrez jamais les jardins et les berges
Où résonna l'accord puissant de son paktis,
Et vous n'entendrez point le chœur sacré des vierges,
Ni l'hymne d'Éranna ni le sanglot d'Atthis.
Quant à moi, j'ai chanté... Nul écho ne s'éveille Dans vos maisons aux murs chaudement endormis. Je m'en vais sans colère et sans haine, pareille A ceux-là qui n'ont point de parents ni d'amis.
Je ne suis point de ceux que la foule renomme, Mais de ceux qu'elle hait... Car j'osai concevoir Qu'une vierge amoureuse est plus belle qu'un homme, Et j'ai cherché des yeux de femme au fond du soir.
O mes chants! nous n'aurons ni honte ni tristesse De voir nous mépriser ceux que nous méprisons... Et ce n'est plu^ à la foule que je m'adresse... Je n'ai jamais compris les lois ni les raisons...
Allons-nous-en, mes chants dédaignés et moi-même... Que nous importent ceux qui n'ont point écouté? Allons vers le silence et vers l'ombre que j'aime. Et que l'oubli nous garde en son éternité...
sous Lc4 1{c4Fo4LE
E la nuit chaotique un cri d'horreur s'exhale. Venez, nous errerons tous trois sous la rafale...
Les gouffres lanceront vers nous leurs noirs appels. Nous passerons, ô mes compagnons éternels!
L'éclair nous épouvante et la nuit nous désole... O vieux Lear, comme toi je suis errante et folle.
Et ceux de ma famille et ceux de mes amis M'ont repoussée avec des outrages vomis.
yo AL HEURE DES MAINS JOINTES
Comme toi, Dante, épris d'une douleur hautaine, Je suis une exilée au cœur gonflé de haine.
En dépit du tonnerre et du froid et du vent, Nul n'a voulu m'ouvrir les portes du couvent...
Mon père, le roi fou, mon frère, le poète, Voyez mes yeux et ma chevelure défaite.
Des gens du peuple, en nous apercevant tous trois, Se signeront avec d'inconscients effrois.
Malgré mes mains sans sceptre et mon front sans couronne. Je te ressemble, ô Lear que le monde abandonne!
Malgré la pauvreté de mon obscur destin Et de mes vers, je te ressemble, ô Florentin !
Ecoutez le tonnerre aux éclats de cymbale...
Nous errerons jusqu'à l'aube sous la rafale.
JE TLEUl^E SWR^ TOI...
tA Madame ^.
E soir s'est refermé, telle une sombre porte, Sur mes ravissements, sur mes élans d'hier... Je t'évoque, ô splendide! ô fille de la mer!
Et je viens te pleurer, comme on pleure une morte.
L'air des bleus horizons ne gonfle plus tes seins, Et tes doigts sans vigueur ont fléchi sous les bagues. N'as-tu point chevauché sur la crête des vagues, Toi qui dors aujourd'hui dans l'ombre des coussins?
L'orage et Tinfîni qui te charmaient naguère N'étaient-ils point parfaits, et ne valaient-ils pas Le calme conjugal de l'âtre et du repas Et la sécurité près de l'époux vulgaire ?
Tes yeux ont appris l'art du regard chaud et mol, Et la soumission des paupières baissées.
Je te vois, alanguie au fond des gynécées, Les cils fardés, le cerne agrandi par le khôl.
Tes paresses et tes attitudes meurtries Ont enchanté le rêve épais et le loisir De celui qui t'apprit le stupide plaisir, O toi qui fus hier la sœur des Valkyries!
L'époux montre aujourd'hui tes yeux, si méprisants Jadis, tes mains, ton col indifférent de cygne. Comme on montre ses blés, son jardin et sa vigne Aux admirations des amis complaisants.