‹ A l'heure des mains jointesChapitre 11 sur 20 · JE PLEURE SUR TOI · texte numérisé non relu

JE PLEURE SUR TOI

Abdique ton royaume et sois la faible épouse Sans volonté devant le vouloir de Tépoux...

Livre ton corps fluide aux multiples remous, Sois plus docile encore à son ardeur jalouse.

Garde ce piètre amour, qui ne sait décevoir Ton esprit autrefois possédé par les rêves... Mais ne reprends jamais l'âpre chemin des grèves. Où les algues ont des rythmes lents d'encensoir.

N'écoute plus la voix de la mer, entendue Comme en songe à travers le soir aux voiles d'or... Car le soir et la mer te parleraient encor De ta virginité glorieuse et perdue.

LE J<AT<J)ItNi cS^c4TIC^c4L

V lENS, les heures d'amour sont furtives et rares... Le jardin matinal est plein d'oiseaux bizarres.

Chère, je te convie à ce royal festin.

Je ne veux pas jouir seule de ce matin.

L'aube heurte le ciel comme une porte close.

Viens boire la rosée au cœur blond de la rose.

Bois la rosée ainsi qu'une fraîche liqueur.

Mon cœur est une rose et je t'offre mon cœur...

j6 A l'heure des mains jointes

L'aube a des tons de nacre et des reflets de perle. La joie est simple et rien n'est aussi beau qu'un merle.

Savourons cette ardeur un peu triste et pleurons De sentir la clarté première sur nos fronts.

Viens, ma très chère... A l'est le ciel fardé chatoie. L'herbe est douce aux pieds nus comme un tapis de soie...

Sans nous préoccuper de l'hostile destin.

Rendons grâces au ciel clément pour ce matin.

(AU VIEU T<AUV%E

E t'adore, Dieu pauvre entre les Immortels, Et j'ai tressé pour toi ces roses purpurines. Parce que tu n*as point de temples ni d'autels, Et que nul tiède encens ne flatte tes narines.

Nul ne te craint et nul n'implore ta bonté...

Ceux qui t'honorent sont pauvres, car tu leur donnes,

Ayant ouvert tes mains vides, la pauvreté;

Et ton souffle est plus froid que celui des automnes.

Moi qui subis TafFront et le courroux des forts, Je t'apporte, Dieu pauvre et triste, ces oiFrandes : Des violettes que je cueillis chez les morts Et des fleurs de tabac qui s'ouvraient, toutes grandes...

Dans un coffret de jade aux fermoirs de cristal.

Dieu pauvre, je t'apporte humblement mon cœur sombre,

Car je ne sais aimer que ce qui me fait mal.

Éprise d'un fantôme et de l'ombre d'une ombre...

Je ne demande rien à ta Divinité

Sans parfums et que nul prêtre n'a reconnue...

Nul roi n'a jamais craint de t'avoir irrité

Et n'a pleuré devant ta châsse froide et nue.

Mais moi qui hais la foule à l'entour des autels. Moi qui raille l'espoir cupide des prières.

Je te consacre, ô le plus doux des Immortels, Ce chant pieux fleuri sur mes lèvres amères.

ÉéMISSCÉ

JL(E couchant répandra la neige des opales, Et Tair sera chargé d'odeurs orientales.

Les caïques furtifs jetteront leur éclair

De poissons argentins qui traversent la mer.

Ce sera le hasard qu'on aime et qu'on redoute... A pas lents, mon destin marchera sur la route.

Je le reconnaîtrai parmi les inconnus

Malgré les ciels changés et les temps survenus...

8o A l'heure des mains jointes

Mon cœur palpitera, comme vibre une flamme... Et mon destin aura la forme d'une femme,

Et mon destin aura de profonds cheveux bleus... 11 sera le fantasque et le miraculeux.

Involontairement, comme lorsque Ton pleure.

Je me répéterai : « Toute femme a son heure :

« Aucune ne sera pareille à celle-ci :

Nul être n'attendra ce que j'attends ici. »

Celle qui brillera dans l'ombre solitaire M'emmènera vers le domaine du mystère.

Près d'elle, j'entrerai, pâle autant qu'Aladin, Dans un prestigieux et terrible jardin.

Mon cher destin, avec des lenteurs attendries. Détachera pour moi des fruits de pierreries.

Je passerai, parmi le féerique décor, Impassible devant des arbres aux troncs d'or.

ÉMINÉ 8l

Et je mépriserai le soleil et la lune

Et les astres en fleur, pour cette femme brune.

Ses yeux seront l'abîme où sombre Tunivers Et ses cheveux seront la nuit où je me perds.

A ses pieds nus, pleurant d'extases infinies, Je laisserai tomber la lampe des génies...

L'<AéMOV'R^ 'B0\G:^E

E t'aime de mon œil unique, je te lorgne Ainsi qu'un Chinois l'opium :

Je t'aime de mon amour borgne, Fille aussi blanche qu'un arum.

Je veux tes paupières de bistre, Et ta voix plus lente qu'un sistre; Je t'aime de mon œil sinistre Où luit la colère du rhum.

Je te suis du regard, lubrique comme un singe. Ivre comme un ballon sans lest.

Ton âme incertaine de Sphinge Flotte entre le zist et le zest.

Et je halète vers Tamorce Des seins vibrants, du souple torse Où la grâce épouse la force, Et des yeux verts comme Touest.

Ton visage s'estompe à travers les courtines ; Et tu médites, un fruit sec Entre tes lèvres florentines Où s'apaise un sourire grec. Je meurs de tes paroles brèves...

Je veux que de tes dents tu crèves Mon œil où se brouillent les rêves.

Comme un ara, d'un coup de bec.

ILS TLEU^EV^Jt VET^S LE S01%..

E jardin et le calme et la lumière basse, Et tous mes souvenirs qui pleurent vers le soir... La douceur d'être seule et triste et.de m'asseoir Dans l'ombre, de ne plus sourire et d'être lasse.

Parmi les frondaisons rôdent d'anciens soupirs, Et le bonheur lui-même est incertain et tremble. Je suis une qui se recueille et je rassemble Mes souvenirs, mes souvenirs, mes souvenirs...

Ils se glissent, ainsi que des ombres furtives, Les mains vicies et les yeux éteints, en des prés Sans odeurs et que nul printemps n'a diaprés. Leurs pas ne laissent point d'empreinte sur les rives.

Ils ne contiennent plus leurs sanglots étouffants. D'aucuns, aux yeux ternis, telles de vieilles lames. Pleurent en se voilant, comme pleurent les femmes; D'autres pleurent sans honte, ainsi que les enfants.

Je suis seule, je ne suis plus une amoureuse, Et je n'adore plus un sourire enchâssé Par le couchant; je me cherche dans mon passé. Et j'évoque le temps où j'étais moins heureuse.

... Plus légers qu'un oiseau, plus frêles qu'un hochet, Voici les souvenirs lointains de mon enfance, lis courent, leurs rubans sont couleur d'espérance. Leurs jupes ont encore une odeur de sachet.

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