EN DÉBARQUANT A MYTILÈNE
Évoque les péplos ondoyant dans le soir,
Les lueurs blondes et rousses des chevelures,
La coupe d'or et les colliers et le miroir,
Et la fleur d'hyacinthe et les faibles murmures...
Évoque la clarté des belles chevelures
Et des légers péplos qui passaient, dans le soir...
Quand, disposant leurs corps sur tes lits d'algues sèches,
Les amantes jetaient des mots las et brisés,
Tu mêlais tes odeurs de roses et de pêches
Aux longs chuchotements qui suivent les baisers...
A notre tour, jetant des mots las et brisés.
Nous disposons nos corps sur tes lits d'algues sèches...
Mytilène, parure et splendeur de la mer.
Comme elle versatile et comme elle éternelle. Sois l'autel aujourd'hui des ivresses d'hier... Puisque Psappha couchait avec une Immortelle, Accueille-nous avec bonté, pour l'amour d'elle, Mytilèae, parure et splendeur de la mer!
é^fOff^ c4éMI LE VEU^T...
E t'aime et te salue, ô mon ami le vent Qui rôdes à travers les champs gras où l'on sème, Et qui viens te pencher sur la mer, en buvant Les flots dont l'âcreté ravive ta soif blême...
Rien ne saurait combler le vide de mes bras, Et mes jours impuissants ont des torpeurs mauvaises... J'aspire aux infinis que Ton n'atteindra pas... Quand m'emporteras-tu vers les rudes falaises ?
f2 AL HEURE DES MAINS JOINTES
Q^uand m'emporteras-tu vers les gris horizons, Vers les récifs et vers les îles désolées Où les plantes n*ont point les magiques poisons Que cherchent en vain les princesses exilées?...
Quand m'emporteras-tu vers l'éternel hiver
Où nul essor de blancs goélands ne s'élance,
Où les soirs ont glacé le tourment de la mer,
Où rien d'humain ne vit au milieu du silence? i
é^ES VICTOIRES
1 EL un arc triomphal, plein d'ocres et d'azurs, Les horizons du soir s'ouvrent larges et purs.
Quand passerai-je, avec mes Victoires dans l'âme, Sous Tare édifié pour celui qu'on acclame?
L'arc mémorable et vaste enferme le couchant En sa courbe pareille au rythme fier d'un chant.
f4 AL HEURE DES MAINS JOINTES
Quand passerai-je, ayant sur moi comme un bruit d'ailes Que font, dans l'air sacré, mes Victoires fidèles?
Certes, l'heure n'est point aux poètes, et moi Je n'ai que ma jeunesse et ma force et ma foi.
L'arc triomphal est là, clair parmi les nuits noires. Quand passerai-je, sous l'aile de mes victoires?
Je le sais, — aujourd'hui cela fait moins de mal, — Je ne passerai point sous un arc triomphal.
Et je n'entendrai point la voix ivre des femmes Qui sanglotent : « Voici l'offrande de nos âmes... »
Je passerai, sans fleurs, sans lauriers, sans espoir. Nulle ne m'attendra, dans la pourpre du soir.