‹ A l'heure des mains jointesChapitre 12 sur 20 · ILS PLEURENT VERS LE SOIR · texte numérisé non relu

ILS PLEURENT VERS LE SOIR

Et maintenant, voici les souvenirs funèbres.

Ils passent, dédaigneux du rêve et de Teffort Et couronnés des violettes de la mort; Leurs vêtements de deuil se mêlent aux ténèbres.

Je rêve sans ardeur, tels les pâles reclus... La Loreley que j'ai cruellement aimée S'évanouit ainsi qu'une blonde fumée Et je sens aujourd'hui que je ne l'aime plus.

Puis, un souvenir rit, et son rire chevrote... — Ce rire de vieille où se fêle la gaîté!... — Dans le jardin, que baigne un silence attristé, L'ombre verte se creuse à l'égal d'une grotte.

Je n'ai plus de ferveur, je n'ai plus de désirs. Je ne veux que la paix du jardin et de l'heure... Il me semble qu'hier j'étais un peu meilleure... Qu'on me laisse pleurer avec mes souvenirs...

VlVIciV^E

NE odeur fraîche, un bruit de musique étouflPée Sous les feuilles, et c'est Viviane la fée.

Elle imite, cachée en un fouillis de fleurs, Le rire suraigu des oiseaux persifleurs.

Souveraine fantasque, elle s'attarde et rôde Dans la forêt, comme en un palais d'émeraude.

L'eau qui miroite a la couleur de son regard. Elle se voile des dentelles du brouillard.

Parfois, une langueur monte de l'herbe et plane : Les violettes ont salué Viviane.

Sa robe a des lueurs de perles et d'argent.

Son front est variable et son cœur est changeant.

Son pouvoir féminin s'insinue à la brune :

Elle devient irrésistible au clair de lune.

Des pâtres ont cru voir, de leurs yeux ingénus, Des serpents verts glisser le long de ses bras nus.

A minuit, la plus belle étoile la couronne; Parfois, elle est cruelle et parfois elle est bonne.

Et Viviane est plus puissante que le sort; Elle porte en ses mains le sommeil et la mort.

Plus que l'espoir et plus que le songe, elle est belle. Les plus grands enchanteurs sont des enfants près d'elle.

Dans ses bras, la mémoire est un rêve aboli.

Son magique baiser est plus froid que l'oubli.

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