‹ A l'heure des mains jointesChapitre 13 sur 20 · VIVIANE · texte numérisé non relu

VIVIANE

Ses cheveux sont défaits et le soleil les dore. Chaque matin, elle est plus blonde que l'aurore.

Ondoyante, elle sait promettre et décevoir»

Vers le couchant, elle est rousse comme le soir.

A l'heure vague où le regret se dissimule, Elle a les yeux lointains et gris du crépuscule.

Lorsque le fil ambré du croissant tremble et luit Sur les chênes, elle est brune comme la nuit.

Des rois ont partagé son lit d*or et sa table, Mais nul n'a jamais vu sa face véritable.

Elle renaît, elle est plus belle chaque jour. Et ses illusions trompent le simple amour.

Elle erre, comme un vent d'avril, sous la ramée, Et vous reconnaissez en elle votre aimée.

Elle est celle qu'on ne rencontre qu'une fois. Écoutez... Nulle voix n'est pareille à sa voix.

Elle approche, et ses doigts effeuillent des corolles. Vous tremblez... Vous avez oublié les paroles...

Mais vous savez — le bois merveilleux Ta chanté — Qu'elle vous appartient depuis Téternité.

Elle a changé de nom, de voix et de visage; Malgré tout, vous l'avez reconnue au passage.

Elle réveille en vous tous les anciens désirs. A l'ombre de ses pas brillent des souvenirs.

Vous Tavez pressentie et vous l'avez rêvée Longuement, et surtout vous l'avez retrouvée.

Elle trame pour vous des jardins et des ciels. Et vous vous endormez en ses bras éternels.

ELLE To4SSE

E ciel Tencadre ainsi que ferait une châsse, Et je vivrais cent ans sans jamais la revoir. Elle est soudaine : elle est le miracle du soir. L'instant religieux brille et tinte... Elle passe...

Je suis venue avec la foule des lépreux,

Car, dès Taube, j'ai su que je serais guérie.

Ils regardent vers elle avec idolâtrie

Et pleurent à voix basse... Et je pleure comme eux.

Son regard vespéral illumine l'espace

Et ses pieds nus ont sanctifié le chemin.

Un lys mystérieux est tombé de sa main.

Les sanglots se sont tus brusquement... Elle passe...

De nous tous qui pleurions elle a fait ses élus...

Une cloche s'ébranle et le monde l'écoute...

Elle ne reviendra plus jamais sur la route,

Mais je la vois passer et je ne souiire plus. i

Nous devinons que nous aurons l'âme plus lasse. Et que l'effroi sera plus intense et plus noir Lorsque sa robe aura disparu, dans le soir.

Mais nous aurons connu le miracle... Elle passe...

"BO^T^iHEU^ C%ÊTVSCUL(AI%E

1 ES sombres anneaux d'améthyste S'animent et tremblent un peu Sous la l'aune lueur du feu...

Au dehors la clarté persiste.

Accueillons le songe, donneur D'enchantements et de féeries...

Mêlons nos âmes attendries Et parlons de notre bonheur.

Parlons du bonheur, ma très chère.

Comme Ton parle d'un ami, Évoquant, en Tâtre endormi.

Sa ressemblance familière...

Les choses semblent nous servir Dans un empressement docile...

Chuchotons : c Mon âme tranquille N'a plus de rêves d'avenir. »

Le bonheur se fait mieux comprendre Par les intimités d'hiver.

Lorsque flotte et pleure dans l'air L'âme du crépuscule tendre.

Le bonheur est tissé d'oubli; Il ne connaît pas l'espérance; Il ressemble à la délivrance Après le labeur accompli.

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