‹ A l'heure des mains jointesChapitre 15 sur 20 · PÉNITENTES ESPAGNOLES · texte numérisé non relu

PÉNITENTES ESPAGNOLES

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Elles n'entreront point au ciel limpide et clair, Mais, dans la nuit ardente où pleurent les damnées, L'amour, ressuscitant du tombeau des années, Saura leur alléger les tourments de l'enfer.

Vc4!7^S LE Hc4V'I{E

ASSE comme les flots, lasse comme les voiles, J'entre dans le bon port plein d'embruns et d'étoiles.

J'ai fui les pays clairs et les riants climats

Pour dormir dans ce havre où reposent les mâts.

J'ai perdu le désir des libertés sauvages,

Et je ne connais plus la soif des longs voyages.

Tant de songes dorés viennent vous décevoir.

Que l'on se sent moins de jeunesse vers le soir.

Vainement, j'ai côtoyé les terres charmantes Qui m*ont trahie, ainsi que le font les amantes.

J'y croyais voir des fruits de rubis et d'or bleu, Des fleuves d'escarboucle et des roses de feu.

Mais j'ai su qu'un soleil banal était sur elles.

Et que l'éloignement trompeur les rendait belles.

Ici, je trouverai la paix nocturne... Ici, Les ténèbres sont d'un violet adouci...

Et, dans ce havre, où se reflètent les étoiles, Je verrai sans regret partir les autres voiles.

Lc4 SOIF léMTÊliJEUSE

'étais hier la voyageuse solitaire.

J'allais, portant au cœur une âpre anxiété... J'avais besoin de toi comme d'un flot d'été, D'un flot purifiant où l'on se désaltère.

Aujourd'hui, mon silence a des bonheurs pensifs. O très chère! et mon âme est une coupe pleine, Le monde est beau comme un verger de Mytilène Je ne crains plus le soir qui pleure sous les ifs.

io6 A l'heure des mains jointes

J'avais besoin de toi comme d'une eau courante Que Ton écoute et qui berce votre chagrin Dans un ruissellement musical et serein...

J'entendis ta voix claire ainsi qu'une eau qui chante.

Ta voix coulait, murmure et cadence à la fois, Chère, et ce fut dans mon être le bleu nocturne. Et je sentis alors mon chagrin taciturne S'attendrir... J'écoutais l'eau pure de ta voix.

Depuis lors, la lourdeur des blancs midis m'enchante.

Et ma soif ne craint plus le soleil irrité...

J'avais besoin de toi comme d'un flot d'été.

J'avais besoin de toi comme d'une eau qui chante...

JE FUS UV^ Tc4GE ÉT'RJS

'est rheure où le désir implore et persuade.. Le monde est amoureux comme une sérénade, Et l'air nocturne a des langueurs de sérénade.

Les ouvriers du soir, tes magiques amis, Ont tissé d'or léger ta robe de samis Et semé d'iris bleus la trame du samis.

io8 A l'heure des mains jointes

11 me semble que nous venons Tune vers l'autre Du fond d'un autrefois inconnu qui fut nôtre, D'un pompeux et tragique autrefois qui fut nôtre.

Sur mes lèvres persiste un souvenir charmant. Qui peut savoir? Je fus peut-être ton amant... O ma Splendeur! Je fus naguère ton amant...

Une ombre de chagrin un peu cruel s'obstine, Amenuisant encor ta bouche florentine...

Ah! ton sourire aigu de Dame florentine!

Mon souvenir est plus tenace qu'un espoir...

L'âme d'un page épris revit en moi ce soir, D'un page qui chantait sous ton balcon, le soir...

Z,o4 ToiimE

mon réveil, ce fut le miracle du monde, Le ciel aux bleus de songe et les flots d'or vivant, La Méditerranée... Et j'allais en rêvant, Tant la paix de l'aurore était sage et profonde. Que pour nous seules l'univers était vivant.

Et que nous étions l'âme et le centre du monde.

lO

no A l'heure des mains jointes

M'étant perdue au fond du jardin matinal.

Je détachai pour toi du palmier cette palme Que la terre nourrit de sève forte et calme.

Là-bas, où l'air sonore est un vibrant cristal, Très chère, tu prendras entre tes mains la palme Que j'ai rompue, en le mystère matinal.

Car j'ai choisi, pour t'encadrer, ô la plus belle I

La volupté de ce décor italien.

De ce ciel dont le rire est moins doux que le tien.

De cette mer qui voit la lune émerger d'elle...

Vois, le prestigieux décor italien

Est seul digne de t'encadrer, ô la plus belle!

Et toi, sachant que rien n'égale la beauté, Ni la puissance, ni la foi, ni le génie, Souris, victorieuse, inconnue, infinie, Parfaite en ta douceur comme en ta cruauté.

Plus grande que l'effort le plus fier du génie, O femme pâle en qui triomphe la beauté !

LE TÈ!NiÊ'B%EUX Jc4'RpiU^

ES heures ont éteint le feu de mes vertèbres. Et leur morne lourdeur a pesé sur mon front... Voici que les lointains trop clairs s'attendriront Et la nuit m'ouvrira son jardin de ténèbres.

Solitaire, tandis que le temps coule et fuit, Je cueillerai les fleurs du regret et du songe. Reconnaissante au doux charme qui se prolonge, J'offrirai le parfum de mon âme à la nuit.

Les poèmes ont des lignes trop régulières, Les musiques, un son trop clair, trop cristallin... Je frapperai bientôt aux portes du jardin Qui s'ouvriront pour moi, larges et familières.

Car la nuit m'aime : elle a compris que je l'aimais.. Et, sachant que je suis résignée et lointaine. Elle m'apporte, ainsi qu'en un coffret d'ébène, La tristesse des autrefois et des jamais...

La nuit me livrera ses lys noirs et ses roses Noires et ses violettes aux bleus obscurs, Et je m'attarderai dans l'angle de ses murs Tels que ceux des cités royalement encloses..

Peu m'importe aujourd'hui le caprice du sort... La nuit s'ouvre pour moi comme un jardin de reine Où je promènerai ma volupté sereine Et mon indifférence à l'égard de la mort.

DXPUS U^OUS SOéM^ES (ASSISES

A Douce, nous étions comme deux exilées, Et nous portions en nous nos âmes désolées.

L'air de l'aurore était plus lancinant qu'un mal... Nul ne savait parler le langage natal...

Alors que nous errions parmi les étrangères, Les odeurs du matin ne semblaient plus légères.

... Lorsque tu te levas sur moi, tel un espoir. Ta robe triste était de la couleur du soir.

lO.

Voyant tomber la nuit, nous nous sommes assises. Pour sentir la fraîcheur amicale des brises.

Puisque nous n'étions plus seules dans l'univers, Nous goûtions avec plus de langueur les beaux vers.

Chère, nous hésitions, sans oser croire encore, Et je te dis : « Le soir est plus beau que l'aurore. »

Tu me donnas ton front, tu me donnas tes mains. Et je ne craignis plus les mauvais lendemains.

Les couleurs éteignaient leur splendide insolence; Nulle voix ne venait troubler notre silence...

J'oubliai les maisons et leur mauvais accueil... Le coucharit empourprait mes vêtements de deuil.

Et je te dis, fermant tes paupières mi-closes : « Les violettes sont plus belles que les roses. »

Les ténèbres gagnaient l'horizon, flot à flot... Ce fut autour de nous l'harmonieux sanglot...

NOUS NOUS SOMMES ASSISES I I f

Une langueur noyait la cité forte et rude.

Nous savourions ainsi l'heure en sa plénitude.

La mort lente effaçait la lumière et le bruit... Je connus le visage auguste de la nuit.

Et tu laissas glisser à tes pieds nus tes voiles... Ton corps m'apparut, plus noble sous les étoiles,

C'était l'apaisement, le repos, le retour...

Et je te dis : « Voici le comble de l'amour... »

Jadis, portant en nous nos âmes désolées, Ma Douce, nous étions comme deux exilées...

VÊToil^^T

A lampe des longs soirs projette un rayon d'ambre Sur les cadres dont elle estompe les vieux ors. L'heure de mon départ a sonné dans la chambre... La nuit est noire et je ne vois rien au dehors.

Je ne reconnais plus le visage des choses Qui furent les témoins des jours bons et mauvais... Voici que meurt Todeur familière des roses... La nuit est noire, et je ne sais pas où je vais.

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Devrai S- je regretter cet autrefois?... Peut-être... Mais je n'appartiens point aux regrets superflus.. Je marche devant moi, l'avenir est mon maître. Et, quel que soit mon sort, je ne reviendrai plus,

mE^^SOU^GE vu SOI'K^...

R, par un soir pareil, je crus être poète...

J'avais rêvé, dans le silence trop exquis, De soleils possédés et de lauriers conquis... Et ma vie est semblable aux lendemains de fête.

Tout me fait mal, Tété, le rayon d'un fanal Rouge sur l'eau nocturne, et le rythme des rames, Les rosiers d'un jardin et les cheveux des femmes Et leur regard, tout me fait mal, tout me fait mal.

I20 A l'heure des MAINS JOINTES

Venez à moi, mes deux amours, mes bien-aimées... Je vous entourerai de vos anciens décors, Je vous rendrai vos fleurs, vos gemmes et vos ors, Et je rallumerai vos torches consumées.

Vous fûtes ma splendeur et ma gloire et mon chant, Toi, Loreley, clair de lune, rire d'opale.

Et toi dont la présence est calme et vespérale. Et Tamour plus pensif que le soleil couchant.

O vous que mes désirs et mes pleurs ont parées, Toi que j'aimais hier, toi que j'aime aujourd'hui. Allons vers les palais d'où les reines ont fui. Et vers les faibles mers qui n'ont point de marées.

Le dernier frisson d'or s'est tu dans les guêpiers... Toi, pâle comme Atthis, et toi, ceinte de roses Comme Dika, marchons sur les routes moroses Qui n'ont point su garder l'empreinte de nos pieds.

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