‹ A l'heure des mains jointesChapitre 3 sur 20 · AINSI JE PARLERAI · texte numérisé non relu

AINSI JE PARLERAI

« Ceux-là qui s'indignaient de voir mon front serein Espéraient me courber sous leur pesant dédain.

« Mais, comme je naquis douloureusement fière. J'ai méprisé ceux-là qui me jetaient la pierre.

« Et je n'écoutai plus que la voix que j'aimais, Ayant compris que nul ne comprendrait jamais...

« Déjà la nuit approche, et mon nom périssable S'efface, tel un mot qu'on écrit sur le sable.

«c Le couchant a jailli comme un vin du pressoir... Nul ne murmurera mes strophes, vers le soir.

« Et maintenant, Seigneur, juge-moi. Car nous sommes Face à face, devant le silence des hommes.

« Autant que doux, l'amour me fut jadis amer. Et je n'ai mérité ni le ciel ni l'enfer.

«c J'écouterais très mal les cantiques des anges, Pour avoir entendu jadis des chants étranges,

lo A l'heure des mains jointes

« Les chants de ce Lesbos dont les cœurs se sont tus... Et je ne saurais point célébrer tes vertus.

« Je n'ai jamais tenté de révolte farouche :

Le baiser fut le seul blasphème de ma bouche.

ce Laisse-moi, me hâtant vers le soir bienvenu, Rejoindre celles-là qui ne t'ont point connu...

a J'irai, loin du troupeau de tes chastes fidèles, Me souvenir, parmi les chemins d'asphodèles,

«c Et là, parlant d'amour à celle que je vis

Si blonde, et qui charma longtemps mes yeux ravis,

a J'apprendrai que les lys sont plus beaux que les roses, Et que le chant a moins d'infini que les pauses...

« Les yeux emplis encor du soleil trépassé, Nous considérerons notre brûlant passé.

« Psappha, les doigts errants sur la lyre endormie, S'étonnera de la beauté de mon amie,

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