‹ À l'œuvre et à l'éprouve [par] Laure ConanChapitre 2 sur 7 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

De retour dans sa cellule, le P. Henri resta longtemps songeur devant l'in-folioaux feuillets

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jaunis, ouvert sur sa table de bois blanc. 11 en fut ainsi les jours suivants. Enfin, un bon soir, le jeune carme s'en alla frapper à la porte de son supérieur et demanda la permission d'aller voir sa fami lie

La permission fut accordée: et le lendemain

matin, il partait à pied pour Auteuil.

La pensée lui était venue «le s'adresser à mademoiselle Méliand,de tâcher d'obtenir qu'elle se chargeât de la cause de Charles.

Jusque- là, toutes l<is influences mises en jeu avaient été inutiles. Mais son père pourrait-il résister aux supplications de la jeune Mlle ? Il lui semblait que non ;que perdant plus que lui, plus sensiblement atteinte, elle pourrait peutêtre le toucher, lui faire entendre le langage de la i-énérosité chrétienne.

Mais h' voudrait-elle ?

Tout occupé de ses pensées, il se trouva, sans trop s'en être aperçu, au dernier détour de l'avenue de bois-Belle.

Des feuilles jaunies tranchaient sur la riche verdure; mais l'été était encore dans sa magnificence, et un charme profond rayonnait de la maison silencieu

Le religieux sentit ses yeux se mouiller <'t

pendant quelques instants, il resta immobile, embrassant, d'un coup d'œil, l'ensemble de ces lieux si familiers et si chers.

Des années s'étaient écoulées depuis le jour déchirant et béni où, pour obéir à l'appel de Dieu, il avait abandonné sa famille ; mais tous les détails de la séparation lui revinrent, et son cœur se serra à la pensée que Dieu demandait à ses parents le sacrifice de leur dernier enfant.

Surmontant vite cette faiblesse, il ouvrit la grille et traversa la cour.

Une porte était grande ouverte. Le religieux entra sans avertir; et, le cœur ému, se dirigea vers la pièce où sa mère avait coutume de se tenir.

Elle y était seule, assise devant sa table à ouvrage, la tête appuyée sur ses mains, d'ordinaire, si industrieuses et si actives.

Ses pensées l'absorbaient fortement, et le carme, dont les sandales faisaient bien peu de bruit sur le parquet, arriva à elle avant d'avoir été entendu. Ma mère ? dit-il.

Elle leva vivement la tête et, toute saisie de surprise et de joie, se jeta dans ses bras.

Mais la joie s'éteignit vite dans son cœur ; et, appuyant la tête sur l'épaule de son hls, elle

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mouilla son True blanc de ses larmes, lui disant que, la pais avait lui de la maison, que < lisèle était l » ï « - 1 1 malade de chagrin, que l'obstination do < lharles les mettait tous au désespoir.

Lr religieux u'essaya pas de la consoler autrement que par de douces paroles. Mais lorsqu'elle fut un peu calmée :

— Charles aussi est bien malheureux, dit-il t ristement.

— Oui. je le sais, il soutire beaucoup, et si inutilement. Pour moi, je ne puis rien lui refuser ; mais jamais il n'aura le consentement de son père. Il peut s'en tenir assuré.

Le magistrat arriva, ( îharles aussi, et la conversation fort contrainte ue roula plus que sur des sujets indifférents.

— Mais ne verrai-je pas Gisèle ? dit tout à coup le religieux.

A cette demande si naturelle, Charles se troubla visiblement: son père lui jeta un regard furieux, et madame Garnier, n'osant rien dire, en\ oya prévenir la jeune fille.

La domestique revint bientôt. Mademoiselle Méliand, «'excusant sur son indisposition, priait le I'. J lenri de monte)- la voir.

Depuis la conversation du jardin, se sentant

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incapable de reprendre la vie commune, elle n'avait pas quitté sa chambre et c'est à peine si madame Garnier elle-même avait pu en obtenir quelques mots.

L'altération de ses traits, son affaissement extrême frappèrent péniblement le P. Henri, et les paroles ordinaires d'encouragement ne vinrent pas à ses lèvres. Il comprit que cette enfant comblée de tous les dons et à peine entrée dans la vie, n'attendait plus rien en ce monde.

Après avoir placé un siège près du sofa sur lequel la jeune fille était couchée, madame Garnier était sortie.

— Je suis heureux que vous m'ayez reçu, dit le religieux s'asseyant. Je désirais beaucoup vous voir . . c'est même pour cela que je suis venu.

Elle fit de la tête un signe de remerciement, mais resta silencieuse.

— Vous avez beaucoup souffert, continua-t-il avec la douceur d'un ange, et les premiers jours de la douleur sont terribles à traverser. . . C'est un temps de ténèbres. . . Mais, soyez en sûre, la lumière viendra et alors vous bénirez Dieu qui veut Charles tout à lui.

Elle le regarda avec une expression de dé-

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