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La mission St-Jean l'Evangéliste occupait une
lanre vallée dans les montagnes du Petun,
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aujourd'hui montagnes Bleues, et outre les Hurons réfugiés, elle comptait cinq à six cents familles.
Depuis longtemps les deux jésuites avaient regagné leur poste de péril.
L'hiver approchait.
Une neige légère couvrait déjà la terre durcie, et par delà la palissade qui protégeait le bourg, les grands bois dressaient leurs rameaux dépouillés.
Depuis quelques jours, une animation extraordinaire régnait partout dans le village, car on avait appris que trois cents Iroquois étaient en route pour l'attaquer, et les Tionontates,hommes de main et de courage, disent les Relations, avaient été ravis de la nouvelle.
Sûrs de la victoire, ils attendaient joyeusement.
Les guerriers s'étaient peint le visage et se tenaient prêts. Chaque nuit le son du chichikoué se faisait entendre avec les piétinements des danseurs et les chansons de mort.
Cependant les Iroquois ne paraissaient pas.
Lassés de les attendre, les Tionontates avaient décidé d'aller à leur rencontre et le 5 décembre,
bien avant le lever du soleil, ils étaient sortis
d'Etharita, en grand silence, pour prendre le -••ut ier de la guerre.
La matinée s'avançait. Les deux missionnaires venaient de congédier Leurs catéchumènes.
Assis sur ses talons près du feu, le P. Chabanel préparait sa leçon de huron.
— Je vais d'abord voirànotre dîner, dit doucement Charles < ramier.
Il tira d'un suc. quelques poignées de glands, les mit dans la chaudière, lis couvrit de cendres, puis remplit d'eau la chaudière et l'accrocha au-dessus du feu, a la mode indienne.
La famine sévissait cruellement dans le pays.
Depuis longtemps les deux missionnaires n'avaient pas d'autre nourriture : mai-, élu-/ le IV Garnier rien ne trahissait l'abattement.
Son compagnon l'observait sans rien dire, avec une attention étrange.
Et quand il vint s'asseoir par terre à côté de lui. au lieu de commencer la leçon :
— Dites-moi, demanda-t-il, fixant sur lui ses yeux enflammés parla famée, est-ce que vous ne sentez pas défaillir votre cœur à la pensée que Dieu vous imposera peut être l'épreuve d'une longue vie... qu'il vous faudra vieillir parmi
11 va
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— Ah, répondit Charles Garnier souriant, quelle grâce de n'avoir personne autour de soi qu'on puisse aimer autrement que d'un amour surnaturel !
— Que je vous trouve heureux, continua le P. Chabanel le regardant toujours, on dirait que rien ne vous coûte .... que vous ne souffrez de rien ... Et pourtant, être réduit à la nourriture des animaux et ne manger que juste ce qu'il faut pour ne pas mourir tout à fait de faim, vivre dans ce taudis enfumé où tous les sens ont sans cesse leur tourment, toujours supporter les sauvages et leur horrible puanteur, être nuit et jour rongé par les poux.
Il se tut brusquement.
— Mon cher frère, répondit Charles Garnier avec une infinie douceur, c'est pour l'amour de Jésus-Christ que nous sourirons ces misères et tant d'autres.
— Aussi, jamais, je n'abandonnerai les missions, dit fermement le P. Chabanel. Mais je ne sais pas me vaincre ... je souffre lâchement . ..
— Non . . . loin de là . . . répondit Charles ( iarnier, mais vous sourirez sans consolation . . . Dieu vous laisse en proie aux tristesses et aux révoltes de la nature.
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Li P. < Ihabanel appuya le front sur ses mains décharnées et resta ainsi quelques instants, Mais bientôt, relevant la tête : A la langue bul'onne, <lit-il souriant.
Ce sourire résigné cachait un abîme de sensibilité souffrante, de regrets toujours vivants.
< liail.s ( larnier serra la main de son confrère et allait commencer la leçon, mais un froid coulant d'air l'avertit que la porte s'ouvrait.
Ii tourna la tête et aperçut un sauvage de liante taille qui restait immobile à l'entrée de la cabane
— Le Cerf- Rusé ! murmura Charles Garnier reconnaissant l'un des I lurons réfugiés à St- Joseph.
11 se leva et du geste invitant le sauvage à s'avancer.
— Mon frère est le bienvenu, dit-il, à haute