STATISTIQUE DE L'ENSEIGNEMENT PEIMAIRE
que 80 écoles normales de garçons et 16 de filles. Au commencement de 1884, 85 écoles de garçons et 57 de filles étaient ouvertes. Elles avaient, les premières, 5,074 et les secondes 2,447 élèves.
Les départements de la Charente, des Côtes-du- Nord, du Lot, de l'Oise, de la Haute-Savoie et d'Oran, pour les instituteurs; pour les institutrices ceux des Basses et Hautes-Alpes, des Alpes- Maritimes, de l'Aveyron, du Calvados, de la Corrèze, des Côtes-du- Nord, de la Creuse, de l'Eure, du Finistère, de la Haute-Garonne, du Gers, de la Gironde, de l'IUe-et- Vilaine, de l'Indre, des Landes, du Lot, de Maineet-Loire, de la Manche, de la Mayenne, de la Meuse, du Morbihan, de l'Oise, de la Haute-Saône, de la Savoie, du Tarn, du Var, de Vaucluse, de la Vendée, de la Vienne, de Constantine, en étaient encore privés. Mais le ministre annonce dans son rapport général que tous ces départements ont fini par * se se mettre en mesure d'obéir à la loi », et que leurs écoles normales sont en projet ou même en construction .
Il ne convient donc pas de se féliciter beaucoup du résultat obtenu. La loi de 1879 était formelle. Elle exigeait que, quatre ans après sa promulgation, des écoles normales fussent « installées » dans chaque département. Or le délai légal est expiré depuis le 9 août 1883, et 36 départements n'ont pas encore obéi à la loi. L'année dernière, les retardataires étaient au nombre de 54.
Cette mollesse, pour ne pas dire plus, dans l'exécution de la loi, a les conséquences les plus lâcheu-
ses. On peut affirmer que Jans plus de vingt-cinq départements, six années s'écouleront avant que dea institutrices laïques élevées dans des établissements laïques soient en état de remplacer les congréganistes et de donner un enseignement vraiment inspiré par l'esprit de liberté. Et tout naturellement ces départements sont ceux où la réaction conserve une grande influence. Ainsi le remède se fera le plus longtemps attendre précisément là où le mal est le plus grand.
L'amélioration du personnel enseignant des écoles publiques n'est pas non plus en réalité ce que semblent indiquer les documents officiels. Sans doute, le nombre des brevetés a augmenté, et il n'y a plus que 1,244 instituteurs publics congrèganistes (soit 33 0/0) et 7,287 institutrices congréganistes (soit 47 0/0) qui n'aient pas de brevet, au liciu de 4,131 et 16,827 eu 1577, Mais ces chiffres sont encore beaucoup trop forts, et il est triste d'avoir à constater dans nos écoles publiques la présence de 8,531 maîtres qui n'offrent pas plus de garanties an point de vue pédagogique qu'au point de vue politique.
Mais ce n'est pas tout. Les nouveaux brevetés eux-mêmes ne méritent pas grande confiance. Pour permettre aux congréganistes d'obéir aux prescriptions d'une loi dont le Sénat avait déjà singulièrement atténué la rigueur, on a allongé les délais et, chose plus grave, on a systématiquement abaissé le niveau d'un examen déjà bien médiocre.
Le conseil supérieur y a prêté les mains en affai-
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blissant les programmes ; et dans ('application, un mot d'ordre de bienveillance excessive a ouvert les portes toutes grandes aux congréganistes.
Dans certains départements, la condescendance des jurys d'examen a été scandaleuse.
Ce n^est pas le plus grave. Si l'on examine le nombre des élèves qui fréquentent les écoles congréganistes, on voit qu'il était en 1878 de 1,841,527, et qu'en 1883 il était encore de 1,777,116, c'est-àdire de 33 0/0 de la population scolaire totale. Le bénéfice (64,411 enfants) est donc bien mince!
Ce sont, comme je le disais plus haut, les écoles privées dont l'augmentation compense les résultats de la laïcisation des écoles publiques, et les chiffres qu'elles fournissent aux statistiques, sont â coup sûr, notablement exagérés.
Il n'en est pas moins certain qu'un tiers des « Enfants de France» (17 0/0 des garçons et 49 0/0 des filles) reçoivent, soit dans les écoles publiques, soit dans les écoles privées, l'éducation congréganJste, en hostilité avec l'esprit de progrès et de liberté démocratique.
Si ce mouvement était spontané et sincère, la situation appellerait de sérieuses réflexions sur l'efflcacité des lois votées. Mais il a été obtenu par des moyens factices et souvent même en violation de ces lois. Pour "tout dire en un mot, l'explication d'un mécompte que s'efforce en vain de dissimuler l'optimisme officiel, se trouve, je n'hésite pas k le dire,
dansia faiblesse dont a fait preuve l'administration Tis-à-vis du clergé- Ce n'était certes pas là le résultat qu'attendaient après tant d'elforts et de dépenses les Chambres républicaines. Et remarquez qu'il ne faudrait pas se leurrer en parlant d'un progrès lent, car le nombre des inscriptions dans les écoles congréganistes a augmenté de 3,766 en 1883.
Dans presque toutes les communes où la volonté des conseils municipaux n fait laïciser l'école publique, le châtelain a ouvart une école congréganiste privée, dont le cura s'est chargé de recruter les élèves. Pour y arriver, nul moyen ne lui a coûté : prédications violentes contre «l'école sans Dieu>j invectives contre l'instituteur et surtout contre l'institutrice laïque, menaces aux parents sur lesquels ont action les riches bien pensants et le bureau de bienfaisance, refus de la première communion aux enfants de l'école laïque, tout a été mis en œuvre.
Et impunément! On a fait beaucoup de bruit, l'année dernière, de quelques suspensions de traitement, ■ 11 y en a eu, je crois, deux ou troia cents en tout, et pendant quelques mois. Les souiicriptions des bonnes âmes, les faveurs del'évêque, ontlargeraent compensé ce petit ennui — quand le traitement suspendu n'a pas été plus tard intégralement restitué! C'est, je le répète, l'impunité absolue. Et la conséquence a été l'état de choses que je viens de signaler.
Un peu d'énergie réparerait tout bien vite. Mais il faut vouloir et agir : le temps des discours est passé. [20 août 1884.)
LA SITUATION DE l'BNSEIGNSMENT PBIMAIRE ISl