LA SITUATION
DE l'bnseiqnement pkimaibe
Il semble que ce soit aujourd'hui ohose banale que de vanter les progrès récents de l'instruction primiiii'e. Chacun connaît en effet loa lois si justes et si sages qui ont supprimé les privilèges de la lettre d'obédience, assuré le recrutement des institutrices par la création des écoles normales, établi l'égalité dans l'école par la gratuité de l'enseignement, protégé l'enfant par l'obligation imposée aux parents, sauvegardé la liberté de conscience par la neutralité des programmes. Chacun sait quelles sommes énormes ont été dépensées pour les travaux extraordinaires des maisons d'école, comment les crédits inscrits au budget ordinaire do l'État ont quintuplé depuis la République, et quels sacrifices se sont imposés simultanément les départements et les communes.
Il y a eu, on l'a dit souvent, une véritable révù lu tion dans renseignement populaire. Révolution, je le veux bien ; mais elle n'est pas dans les lois et les dépenses que je viens de rappeler. La véritable révolution est ou plutôt devrait être dans la complète application de l'article 1" de la toi du ::^8 mars 1882, celui qui règle et refond les programmes de l'instruction primaire. Car tout io reste lui est subordonné, n'en est que le moyen d'action.
EDUCATION PlJBLlyUE
Cet article écarte d'abord les matières religieuses du domaiue de l'enseignement et sépare définitivement l'Église de l'École. C'est même là tout ce qu'en a vu la masse du public, car là s'est livrée la bataille passionnée. Or, les autres parties de l'article sont pour le moins aussi importantes, Le développement donné li l'instruction morale, l'introduction de l'instruction civique, des exercices militaires, de l'histoire contemporaine, des sciences physiques et naturelles, du travail manuel, sont les traits principaux de cette rénovation.
Sur la nécessité de l'instruction morale il serait oiseux de disserter ; ceux-là seuls ont combattu cet article du programme qui voulaient s'en réserver le monopole et le subordonner aux dogmes religieux. L'insti"uction civique n'est pas plus discutable; dans mon opinion, c'est la partie fondamentale de l'enseignement public, celle qui justifie surtout l'intervention directe de l'Etat et la loi d'obligation, car toutes les autres matières du programme sont d'abord d'intérêt personnel pour l'élève, tandis que celle-ci est d'emblée d'intérêt national. L'étude de l'histoire contemporaine n'est, à un certain point de vue, qu'une branche de l'instruction civique, et l'on en peut dire autant des exercices militaires.
Tout ceci a été facilement compris. On a moins bien senti la réforme d'ordre scientifique. Il a semblé pour beaucoup que ce -fût œuvre de curiosité pure, surcharge inutile de programmes, prétentioosirréa' lisables et peut-être dangereuses. Mais le vif attrait des enfants pour cette sorte d'études a bien vite
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vaincu les premières résistances. On pouvait du reste aisément répondre qu'il s'en faut de beaucoup que ce soit là un enseignement de luxe. Rien de plus utile pour l'éducation générale de l'esprit et pour la pratique de la vie que ce développement des facultés d'observation et cet apprentissage des difficultés de la preuve scienlifique. Ce sera la grande protection contre tous les charlatanismes et toutes les superstitions.
Enfin, l'enseignement manuel devait être intimement uni à l'enseignement scientifique ; il en devait être l'application incessante. Sans vouloir, et sans pouvoir préparer à l'école primaire des ouvriers — je parle de l'école primaire proprement dite, car l'école primaire supt^rieure doit être au contraire technique et professionnelle — nous espérions qu'aucun enfant ne quitterait les bancs à treize ans sans avoir appris comment l'homme s'est rendu maître de la nature, sans connaître le maniement des outils principaux qui servent à travailler le bois, la pierre ou les métaux.
Cette dernière partie du programme a été, dans la pratique, négligée, et l'installation de la plupart des écoles nouvelles n'a même pas prévu l'établissement dupetitatelier nécessaire. Seul, l'enseignement agricole a pris, dans nos écoles de village, un développement très satisfaisant.
Quant aux autres matières que je viens de passer en revue, la personnel enseignant a, tout: d'abord, montré un grand zèle pour obéir aux injonctions de
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' qui revient triomphanle î — C'est bien mon avis. —
Mais comment se fait-il qu'après des efforts énergiques, des résultats auxquels vous rendiez hommage»
I on puisse avoir à se plaindre de cette tendance au
recul? — Rien de plus aisé à expliquer.
La tâche imposée aux instituteurs était à la fois pénible et dangereuse. Il leur fallait, d'un côté, refaire en partie leur éducation pédagogique ; de l'autre, braver des inimitiés puissantes et tenaces. L'enseignement des sciences théoriques et appliquées nécessitait un nouvel apprentissage. L'instruction morale et l'instruction civique devaient leur créer de graves difficultés religieuses et poliliques. Lutte au dedans, lutte au dehors.
Comment lés a-t-on soutenus? Dans les querelles parfois si violentes suscitées par leurs ennemis naturels, après un simulacre de résistance, on les a presque complètement abandonnés. Bien plus, on leur a prêché d'être pacifiques avant tout, jusqu'à l'abstention, « Ne vous, ne nous faites pas d'affaires, » est le cri général de tout ce qui inspecte, dirige, peut faire le bien ou le mal. Par voie indirecte, le prêtre est ainsi redevenu maître de l'enseignement moral, contre lequel il tonnera, si on ne le donne pa.^ à son gré ; l'instruction civique, qu'il voit toujours de mauvais œil, il faudra s'en tirer de manière à éviter ses colères et ses prédications menaçantes.
Mais, si l'on n'a pas su encourager politiquement les instituteurs dans leur patriotique élan de 1882, l'a-t-on fait financièrement du moins î On a rendu