LA SUPPRESSION DES BACCALAURÉATS
Ma proposition de loi sur la suppression des bao calauréats et l'article que j'ai consacré à en indiquer les principaux motifs m'ont attiré quantité de lettres, émanant de pères de famille, de professeurs, de candidats, voire de refusés.
Ceux-ci mis à part, je suis heureux de dire que la grande majorité de mes correspondants est très favorable à la mesure que je propose. Tous reconnaissent que la préoccupation de l'examen fatal abaisse les études et stérilise l'esprit. Que de jeunes hommes a dévorés ce sphinx à l'interrogatoire subtil et compliqué! Car ceux qui ne répondent pas sont bien morts pour la plupart des carrières auxquelles devait les rendre aptes l'instruction secondaire.
« Vous ne pouvez vous figurer, m'écrit un profes- » seur, le mal que nous fait cette épée de Damoclès. » L'élève a sans cesse les yeux fixés sur elle. Il sait » par cœur son programme. Aussitôt que nous lui » paraissons en sortir, il cesse d'écouter et, systéma- » tiquement, demeure étranger à tout ce que nous » disons,
> Or, il va contre son but, parce qu'il est incapable » d'apprécier ce dont il a besoin pour bien connaî- » tre et comprendre lesmatièresdù programme lui-
» même. Nos excursions dans le domaine de la lit- » térature générale, nos lei-tures d'auteurs non ins- » crits sur ia liste olfli^ielle, nos comparaisons entre
> anciens et modernes, nos études sur les rapports » des milieux historiques avec les œuvres littéraires, » restent pour lui lettre morte, parce qu'il sent bien
> que l'examen ne peut porter sur d'aussi délicates » questions. Faire des versions, celles surtout — et * ils en ont le relevé — qu'on a données au bacca- » lauréat, c'est là tout ce qu'ils nous demandent.
» Et si nous insistons, si nous nous plaignons, » voici que les parents viennent se plaindre à leur
> tour. Moi qui vous écris, j'ai eu cette mauvaise » chance que plusieurs de ceux que j'appelais mes » meilleurs élèves ont été refusés au baccalauréat. » On m'en a fait un gros reproclie, et le proviseur » lui-même n'a pu s'empêcher de me faire observer » que je passais — il a eu la bonté de ne pas dire » perdais— bien du temps il des études qui m snnlpas » dans le proyramme.
» Il m'a parlé, non sans une pointe d'amertume,
> des succès obtenus par l'établissement des jésuites, » qui nous fait Ici concurrence. Des parents avaient » retiré leurs enfants pour les placer à cette école,
> (]ui préparait bien mictix que nous.
» Tous les ministres nous ont répété, avec mille » variantes, le mot de Duruy : — Faites deshommes, » et non des bacheliers. — Cela est très bien ; mais » le malheur veut qu'il y a un examen pour être ba-
> clielier et qu'on n'en a pas institué un prouvant » que l'élève, dont l'éducation représente tantd'ar-