LE MONOPOLE
î l'école POLYTECHNIQrB
Il est très probable que les conditions défavorables dans lesquelles va s'ouvrir la discussion du budget ne me laisseront pas le temps de combattre devant la Chambre les monopoles attribués aux élèves de l'École polytechnique pour le recrutement de
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divers services publics, et d'indiquer les remëdetf ï .J apporter une siluation qui n'a que trop duré.
Je vt?ux. du moins faire juge le public de mon sen—, ttment à vesujet. persuadé que toute discussion na'l peut qu'être favorable à la thèse que je soutiens.^ Aucun monopole, romme aucune idole, ne peut sap-9 porter l'examen au grand jour.
Lorsqu'on parle à des étrangers des ronditiona ', (tans lesquelles se recrutent, par exemple, nos în- ^îéiiieurs des mines et des punts et chaussées, on est 1 généralement accueilli par des marques d'incrédalilé.
Comment î Ces fonctions qui demandent tant de science et d'expérience, où pratique et théorie doivent, sous peine de coûteux mécomptes, se faire un juste >>quilibre, ne peuvent être exercées que par de tout jeunes hommes qui à vingt ans, non plus tard, auront Ikit preuve d'une certaine somme de connaissances purement dogmatiques?
Quoi ! l'homme te mieux doué, le plus apte à re dio dans ces professions le plus de services à son 1 pays, sera fatalement rejeté parce qu'à vingt ans il nuraéchoué au concours d'entrée à l'École polytechnique, parce qu'à vingt-deux ans une indisposition lui aura fait perdre deux ou trois rangs dans le concours de sortie!
Comment! l'iitat se prive, de gaieté de cœur, des services de tant d'hommes chez qui la vocation s'est déclarée un peu tard, ou, pour parler plus exactement, qui n'ont pas, des l'âge de quinze ou seize ans
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consacré tout leur temps et tous leurs efforts à la - préparation du concours de l'École polytechnique î Car les difllcultés engendrées par le nombre des candidats, par rhabileté des « colleurs », par la répéti- * tiou des interrogatoires, sont devenues telles que cette préparation est aujourd'hui une gymnastique qui frise l'acrobatisnie intellectuel. Les temps ne sont plus oii un homme de génie, un Arago ou un Poisson, pouvaient, par leurs études personnelles et solitaires, se mettre k eux seuls en état de lutter et de triompher.
Et cela dans une démocratie, alors que quantité de jeunes esprits, tardivement éveillés pendant les dernières années de l'école primaire, ne pourront pas, quelque diligence et quelque énergie qu'ils y metlent, arriver en ligne pour un concours, à l'entrée duquel, par surcroît, on exige le baccalauréat !
Je le répèle, quand on dit tout cela à des étrangers, ils refusent de vous croire. Et je me souviens d'avoir eu, à ce propos, dans le pays de Watt et de Stephenson, — qui n'auraient pas pu, chez nous, être ingénieurs, — à Aberdeen, une scène très vive et très curieuse.
Je voudrais demander aux ministres compétents, pour les services des mines, des ponts et chaussées, des manufactures de l'Élat, des poudres et salpêtres, etc., de mettre fin à cet injustifiable monopole. Et voici comment je comprendrais la réforme i
Prenons comme exemple le plus important de ces services au point do vue du nombre des employés,
celui des ponts et chaussées. Actuellement, ne peuvent être nommés élèves de l'École des ponts et chaussées que des jeunes gens sortis dans les premiers rangs de l'École polytechnique. Je ne parle pas, bien entendu, des élèves externes, qui sont, suivant les ternies du programme, destinés à « Tindustrie privée » ; je parle des futurs ingénieurs.
On a voulu ainsi recruter ceux-ci dans l'élite d'une élite. On s'est dit : les jeunes gens qui se préparent à l'École polytechnique sont Tétite de la nation ; ceux qui sont reçus sont l'élite de cette élite ; ceux qui sortent dans les premiers sont une élite à la troisième puissance. C'est un raisonnement qui n'est pas sans analogie avec celui de Cyrano de Bergerac, disant : « la France est le plus beau pays du monde, Paris la plus belle ville de France, la rue Saint-Honoré ia plus belle rue de Paris, mon hôtel le plus beau de la rue, ma chambre la plus belle de l'hôtel, moi le plus bel homme de ma chambre... donc, je suis le plus bel homme du monde. »
Je crois, tout au contraire, qu'il y a parmi les jeunes gens qui ne pensent pas à temps à l'École polytechnique, voire parmi ceux qui y échouent, des intelligences qu'il est imprudent de dédaigner ; je crois que le 41" au classement de sortie n'est pas séparé par un abîme du 40% bien qu'il puisse arriver que celui-ci seul soit admissible dans les services civils.
Aussi, àce jeu du hasard, jepropose de substituer l'organisation suivante :