‹ A l'ordre du jourChapitre 37 sur 64 · LA PROTECTION · texte numérisé non relu

LA PROTECTION

ET L'INSTRUCTION PDBUQUE

L'un des arguments les plus puissants que les libre-énhangistes opposant aux réclamations protectionnistes des agriculteurs et des industriels est une accusation sévère. « Vous portez, leur dit-on, la peine de votre inertie et do votre ignorance ; vous n'avez pas su tirer parti des découvertes de la science ; vous n'avez pas même su imiter, copier, les progrès qu'ont faits vos concurrents étrangers ; si ceux-ci vous écrasent jusque sur votre marché naturel, ne vous en prenez qu'à vous-mêmes; un tarif protecteur ne serait autre chose qu'une prime d'assurance contrôles effe.ts de, votre propre incurie, prime que vous payerait la nation. »

L'allument est malheureusement très fort, si fort qu'on l'emploie en toule occasion, sans voir que sa généralisation même en combat les conséquences. Car si tous nos industriels et tous nos agriculteurs sont ainsi coupables, l'impôt protecteur s'universalisant, l'assurance serait paj^ée par la Nation h la Nation elle-même tout entière.

172 EDUCATION PDBLIQL'E

Mais laissons ce paradoxe et allons au fond des choses.

Cette ignorance, ce retard des producteurs iï-ançais sur leurs rivaux est malheureusement un fait

constaté par les enquêtes les plus variées.

Insuffisance d'outillage, dédain ou ignorance des nouvelles méthodes, résistance générale aux innovations, alors même qu'elles ont fait ailleurs leurs preuves : ces reproches se retrouvent partout et souvent même ne sont que des aveux.

D'ailleurs, l'histoire est là pour montrer que, si la plupart des grandes inventions modernes sont dues àdes Français, ellen'ontpu cependant prendre droit de cité en France qu'après un slage à l'étranger. Nous créons, nous n'appliquons pas. Le capitaliste, l'usinier, le grand agriculteur se refusent à des tentatives coûteuses et hasardées sans doute, mais derrière lesquelles peut se trouver la fortune.

Pourquoi cette hardiesse dans l'idée et cette timidité dans le fait? Est-ce un caraclère dé race, et serions-nous fatalement condamnés à donner au monde ce triste spectacle d'un peuple inventeur qui se refuse à reconnaître ce qu'il a créé — comme un père reniant son enfant — et qui se refuse également à adopter les créations des autres î

Ce serait bien grave, car en toutes choses, dans les arts de la paix comme dans ceux de la gueiTe, la puissance de l'initiative individuelle, invention ou courage, le cède de plus en plus à celle de l'organisation et de l'outillage.

Page 1