PROTECTION ET INSTRUCTIOS PUBLIQUE
Mais je ne crois pas que nous soyons ainsi condamnés. Je crois, tout au contraire, que le mal incontestable dont nous souâVons tient non à notre race, mais à notre éducation, et j'en fais hardiment remonter la responsabilité à tout notre système d'enseignement.
Prenons l'ouvrier d'abord, l'ouvrier des ateliers comme celui des champs. Certes son ignorance est un des gros Tacteurs de notre Infériorité productrice, d'autant plus que l'ouvrier des champs est très souvent à la fois ouvrier et patron, c'est-à-dire propriétaire.
Mais cette ignorance, avec sa compagne la routine, qui aurait le triste courage d'en faire un reproche i l'enfant du peuple ? Où aurait-il appris ce qui lui fait défaut î A l'école î Mais d'abord, l'école lui a souvent manqué. Et les privilégiés qui pouvaient en profiter, qu'y ont-ils appris i A lire et à écrire, ce qui est h la connaissance ce que la fourchette et le couteau sont & la nourriture. Mais l'aliment, quel était-il, quel est-il encore î
Jusqu'à la loi de 1882, le catéchisme et l'histoire sainte occupaient, surtoutàla campagne, le meilleur temps des classes. Quelque peu de calcul et de grammaire, avec de vagues notions de géographie et d'histoire de France, complétaient le bagage des meilleurs élèves. Dans un petit nombre d'écoles privilégiées, l'instituteur donnait à ses enfants quelques notions d'agriculture, toutes théoriques et doctrinales, partantsansefficacité réelle. Et, dans cette tâche supplémentaire, il était très souvent mal vu par ses
chelïi, qui avaient eu bien plus haute estime l'analyse grammaticale, et toujours combattu par celui qu'un secret instinct avertissait des dangers de l'esprit scientifique. Çà et là, dans les grandes villes, quelques écoles professionnelles ou d'apprentissage préparaient réellement l'ouvrier.
Aujourd'hui, la loi donne à l'enfant plus de temps pour l'école. L'enseignement industriel et agricole est inscrit dans les programmes, avec les éléments scientifiques qui lui servent de base.
Mais dans combien de temps ce mouvement portera-t-il ses fruits? Et, d'ailleurs, comment est-U servi dans trop d'écoles ? Soit ignorance, soit direction insuffisante, soit influences mauvaises, le véritable esprit de cet enseignement nouveau n'est trop souvent ni compris ni appliqué. La métaphysique de la grammaire a pris la place de celle du catéchisme, les détails de l'histoire de France celle de l'histoire des tribus d'Israël. L'école d'aujourd'hui ne forme guère plus que celle d'autrefois des ouvriers et des cultivateurs conscients des difficultés et amoureux de leur métier. Ea revanche, elle prépare quantité de dédaigneux du travail manuel, aspirants employés, dont les meilleurs et les plus réussis se feront instituteurs.
Et l'enseignement secondaire î Si l'enseignement primaire a si peu fait jusqu'ici pour préparer les soldats de l'industrie et de l'agriculture, qu"a fait l'enseignement secondaire pour en préparer les officier.' ) Ils paraissent avoir pris pour tâche et pour