LA SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT
Depuis les molinistes, thomistes et sorbonnistes condamnant les jansénistes pour ne pas croire au < pouvoir prochain, » jusqu'aux droitiers du 24 Mai 1873 renversant M. Thiers parce qu'il n'a pas voulu se dire « résolument conservateur, » jusqu'à la Ligue sur la « révision de la Constitution, » les exemples abondent dans notre histoire.
Entendons-nous sur les mots, dit-on à l'imitation du « disciple de M. Le Moine » immortalisé par Pas* cal, mais « demeurons d'accord pour ne point les expliquer, et pour les prononcer de part et d'autre sans dire ce qu'ils signifient. »
Comment ce vice d'esprit provient d'une séculaire imprégnation catholique et d'une éducation purement littéraire, c'est ce que j'essaierai quelque jour de démontrer. Le temps me manquerait aujourd'hui; et je veux seulement mettre en lumière un exemple nouveau de cette méthode de combat qui prépare, au lendemain de la victoire, une lutte nouvelle entre les alliés d'un jour.
La séparation de l'Église et de PÉtat me fournit cet exemple. On ne lit plus guère de profession de foi sans que ces mots fatidiques n'y apparaissent flamboyants. Mais allez au fond des choses, interrogez ces candidats qui ont cherché un abri derrière cette populaire formule, et vous verrez quelle étrange variété de solutions cache une commune devise.
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Les uns soutiennent que le budget actuel des cultes est une simple indemnité allouée par l'État lors
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de la confiscation des biens de rÉglise, en 1790. Il faudra donc, selon eux, accorder h celle-ci, par l'acte législatif qui abrogera le Concordat, soit une rente égale à son budget actuel, soit une dotation dont le revenu équivaille à cette rente, avec la jouissance des édifices religieux.
D'autres, tout au contraire, refusent à l'Église tout droit à une indemnité, à un traitement consolidé. Avec eux, elle ne pourra compter sur aucune mesure de bienveillance ; elle devra perdre immédiatement l'usage même des édifices où elle célèbre aujourd'hui son culte.
Entre ces deux extrêmes se placent la foule des amoureux des demi-mesures : ceux-ci parlent de précautions, d'atermoiements, d'équité, de dédommagements.
« Il y a là, dit dans son rapport mon honorable collègue M. Steeg, des mesures de transition, d'apprentissage... Ce n'est pas un câble à trancher, mais un nœud à dénouer. Le changement pourrait être imperceptible dès l'abord. . . »
Quelques-uns, partisans ou non de l'indemnité de l'État ou des mesures de bienveillance, reconnaissent aux communes le droit de disposer des deniers et des édifices communaux en faveur de l'Église. Ennemis du Concordat d'État, ils acceptent des concordats communaux.
D'autres, plus logiques, interdisent aux communes de donner un appui oflîciel quelconque à l'Église, et même de lui louer un bâtiment pour le service du culte.