LA SÉPARATION DE I/ÉGLISE ET DE L'ÉTAT
la libre acquisition des immeubles. D'autres veulent même limiter ses richesses mobilières.
11 en est qui, considérant que les congrégations religieuses sont en contradiction flagrante avec les principes de notre droit civil, par l'abandon qu'elles exigent de leurs membres de la liberté personnelle et du droit de propriété, dissolvent ces congrégations sans se préoccuper davantage des réclamations de l'Église qu'ils veulent rendre libre, et qui se prétend atteinte par ces mesures dans sa liberté.
En sens contraire, d'autres reconnaissent aux congrégations, ainsi qu'aux paroisses et diocèses, le droit de posséder des biens, mais le refusent à l'Église considérée dans son ensemble, parce qu'elle s'étend au delà de la juridiction territoriale de l'État.
D'autres, enfin, veulent interdire à tout prêtre le droit d'enseigner même dans une école privée, créent des délits spéciaux pour les paroles du prédicateur et les écrits des ministres du culte.
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Voilà bien des différences de fait. Les différences d'intention ne sont pas moins considérables.
Certains catholiques, en effet, de Lamennais au père Gurci, voient dans la séparation, .quelles qu'en soient les conditions matérielles, une situation moralement très avantageuse à l'Église.
D'autres, sans se préoccuper spécialement de l'Église catholique, croient que la séparation peut seule ranimer la foi dans les âmes, et, selon la mystique expression de M. Minghetti «faire jaillir de la conscience libre et spontanée, l'étincelle de vie destinée
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à rendre aux générations avides de croire, un symbole autour duquel Thumanité puisse se grouper. »
D'autres, au rebours, pensent y trouver la plus puissante des armes de guerre contre une Église à laquelle ils espèrent enlever ainsi d*un seul coup les honneurs, la fortune et la puissance.
D*autreS| enfin, semblent n*y rechercher que la philosophique satisfaction d'un principe théorique réalisé.
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Je reviens, en conséquence, à l'observation par laquelle j'ai débuté. N'est-il pas étonnant qu^entre tant de solutions si diverses, inspirées par des intentions si différentes, un accord apparent ait pu s'établir î N*est-il pas étrange de voir marcher derrière le même drapeau des troupes plus hostiles les unes aux autres qu'à l'ennemi qu'elles vont combattre ?
Mais, sans insister davantage sur ce côté de la question, tâchons de tirer une morale de cette étude faite à la façon des naturalistes. Cette morale, c'est qu'il ne faut pas se contenter de la vague formule : « Séparation de l'Église et de l'État ; » c'est qu'il faut demander à ceux qui la proclament ce qu'ils veulent en faire. Car quiconque s'en déclare partisan sans indiquer immédiatement dans quel but il la demande et quelle forme il veut lui donner, leurre ceux auxquels il s'adresse et trop souvent se leurre lui-même.
(3XOÛM883.)