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En résumé, les lois d'instruction, l'abolition de l'exemption du service militaire, la suppression des congrégations, telles sont les principales mesures législatives par lesquelles pourra être combattue llnfluence politique de TÉglise.
Il , reste bien d'autres lois à faire, bien d'autres décrets et arrêtés à prendre, dont l'énumération serait trop longue, et qui se résument, du reste dans la formule : « Texécution stricte du Concordat. »
Leur résultat direct se ferait immédiatement sentir par la diminution de l'autorité et des privilèges de l'Église. Et Ton ne tarderait pas à constater un résultat indirect, lùais non moins important.
La puissance actuelle de l'Église en ce pays tient pour une très grande part à l'habile étalage qu'elle a fait de sa force aux yeux de la classe hier encore dirigeante. Ce n'est point par crédulité que le bourgeois de 1830 a quitté Voltaire pour Nonotte, acheté un livre de messe, livré son âls aux jésuites, et bu de l'eau de Lourdes dans ses accès de goutte ; c'est parce qu'il a cru que là était son intérêt et surtout celui des siens, parce que l'Église lui a promis pour son fils un avancement rapide, parce qu'elle lui a montré les gouvernements soumis et obéissants devant elle.
Que la politique des gouvernements change, non
plus seulement dans l'attitude et la mise en scëne, et les réflexions de la classe qui fournit les fonctionnaires prendront un autre cours. La bourgeoisie finira par s'apercevoir qu'en réalité cq n'était pas l'Eglise qui la protégeait, mais elle dont la docilité faisait la force de l'Eglise.
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Quand ce résultat sera obtenu, quand les lois que j'ai indiquées seront votées, quand l'éducation publique aura été modifiée par le jeu des institutions nouvelles, alors il sera possible, sans danger, de donner satisfaction complète aux principes, de décider légalement l'indépendance complète du domaine civil et du domaine religieux, de prononcer en un mot la séparation de l'Église et de l'État.
Plus tôt, il y aurait, à mon sens, grand péril pour la République et la libre-pensée.
Et cependant, si les gouvernements et les Chambres refusaient d'entreprendre résolument, à l'abri du pacte concordataire, l'œuvre législative et administrative dont j'ai esquissé les principaux traits ; si l'Église devait continuer à augmenter sa puissance à la fois par les moyens que lui accorde et par ceux que lui refuse le Concordat, j'avoue que, le terrain du combatdevenantchaque jourplusmauvais, je préférerais la lutte ouverte avec toutes ses chances et ses dangers, et que je me rallierais aux partisans de la
séparation immédiate.
(18 octobre 1883).
Le 10 mai 1879, je demandais par un amendement au budget la suppression des Facultés de théologie catholique. Le 7 février 1882, je renouvelais cette demande devant la Chambre actuelle. La discussion prochaine du budget va sans nul doute remettre sur le tapis cette importante question. Il n'est donc pas sans intérêt d'appeler dès aujourd'hui Tattention sur elle.
Il existe cinq Facultés de théologie catholique (Paris, Aix, Bordeaux, Lyon, Rouen), et deux Facultés de théologie protestante (Paris, Montauban). Elles figurent au budget de l'instruction publique» les premières pour une somme totale de 162,700 francs, les autres pour 90,200 francs.
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Beaucoup de personnes se sont étonnées de me voir demander un traitement difierent pour les Facultés catholiques et pour les protestantes. Elles ont cru voir là une antithèse voulue, la preuve d'une prédilection particulière pour les Églises réformées, et d'une hostilité systématique contre l'Église catholique. Elles se trompent. Voici les vraies raisons.
Tout d'abord, les Facultés protestantes font ce qu'elles sont chargées de faire, rendent les services
spéciaux qu'on attendait de leur établissement : elles ont des élèves, elles décernent des diplômes. Depuis leur installation, en 1811 et en 1818, jusqu'en 1881, elles ont conféré 1,626 grades de bachelier, licenciés et docteurs.
Quant aux cinq Facultés catholiques, elles n'ont, de 1808 à 1881, décerné que 621 diplômes. En 1876, par exemple, à Paris même, il n'y a eu qu'un docteur ; pas de licencié, pas de bacheliers.
Si Ton compare le nombre des grades arec la population des fidèles de l'une et l'autre religion, on arrive à ce curieux résultat que les protestants prennent juste cent fols plus de diplômes théologiques que les catholiques.
Pourquoi cette différence ? Tout simplement parce que les Églises protestantes reconnaissent la valeur des grades donnés dans les Facultés de l'État, tandis que l'Église catholique leur refuse toute autorité canonique.
Ainsi, la circulaire ministérielle du 30 mai 1820, qui exige le diplôme de bachelier en théologie pour être ministre ou pasteur, est strictement appliqué.
Au contraire, en vain la loi du 13 ventôse an XII avait-elle décidé que « à l'avenir nul ne pourra être nommé évêque, vicaire général, chanoine ou curé de première classe, sans avoir un des certificats de capacité » ; en vain l'ordonnance du 25 décembre 1830, avait-elle édicté des dispositions analogues : « nul ne pourra être nommé archevêque ou évêque, vicairegénéral, dignitaire ou membre du Chapitre, curé dans un chef-lieu de département ou d'arrondisse-
ment, s'il n'a obtenu le grade de licencié en théologie.. ; nul ne pourra être nommé curé de chef-lieu de canton, s'il n'est pourvu du grade de bachelier en théologie > : tout cela était resté lettre morte.
C'est que, suivant la juste expression du cardinal Pie, évêque de Poitiers, dans sa remarquable lettre au ministre des cultes en date du 2 avril 1880, « des grades qui ne sont pas conférés canoniquement ne sont pas des grades. »
Or, l'Église a toujours refusé d'accorder aux Facultés de l'État Tinvestiture nécessaire pour que leurs grades aient une valeur canonique; ceux-ci n'existent donc pas à ses yeux. 11 en résulte que, lorsqu'un candidat à l'une des fonctions pour lesquelles le droit canon exige tel grade déterminé n'a que le grade de l'État, le pape se croit obligé de le dispenser de produire le diplôme qu'il possède réelloment.
En voici un exemple. récent et curieux. M. Roche, professeur à la Faculté de Paris, fut en 1879, nommé ôvêque de Gap. La bulle d'institution canonique, en date du 22 septembre, dit en commençant : « Ayant l'espoir que vous, docteur en sacrée théologie de la Sorbonne de Paris, qui avez été jusqu'à présent professeur à la Faculté de théologie de l'Université de Sorbonne... » Mais à la fin : « Bien que vous ne soyiez pas pourvu du grade de docteur en théologie et e;i droit canonique, néanmoins... nolis vous donnons dispense... malgré le défaut du grade.de docteur ,,,>
Non content de se refuser à reconnaître les Facultés de l'État, le Saint-Siège a accordé l'institu-
tion canonique à des Facultés libres fondées en France, depuis la loi de 1875 sur la liberté de renseignement supérieur. Une lettre apostolique, signée de Pie IX, et datée de « Rome, près de Saint-Pierre, l'an de Tincarnation du Seigneur, mil huit cent soixante-seize, le XVII® des Kalendes de janvier, de notre Pontificat Tannée XXXP » porte « érection canonique de l'Université catholique de Lille. »
Le morceau est curieux pour quiconque n'a pas l'habitude de ce style et de ces idées, immuables depuis le moyen âge : « Assis au gouvernail de l'Église catholique, dit le pape, sans aucun mérite de Notre part, mais par un mystérieux dessein de la volonté divine...., à la prière de nos Vénérables Frères R. F. Régnier, cardinal-prêtre de la S. E. R. du titre de la T. S. Trinité au mont Pincius, par Notre grâce archevêque de Cambrai, et J. B. Lequette, ôvêque d'Arras, qui ont saisi l'occasion pour eux offerte par la restitution enfin obtenue — en partie du moins — de la liberté d'enseigner... en vue de fonder et d'instituer une université catholique à Lille, ville illustre, très peuplée et florissante par le commerce, rendez-vous d'un grand nombre d'étrangers... »
Ainsi la situation est des plus nettes. La France entretient des Facultés de théologie catholique ; la gouvernement en nomme les professeurs; ceux-ci prennent rang — le premier rang par préséance — dans l'Université nationale, et font partie de ses conseils dirigeants^ et le pape non seulement refuse de les connaître, mais leur c^-"" — "-^is dans la même
ville, comme à Lyon, des concurrences auxquelles il délègue toute autorité.
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Que Ton s'étonne après cela que les jeunes prêtres fuient ces Facultés mal vues en cour de Rome, conspuées par les intransigeants catholiques — devenus les gouvernants — suspectes aux évêques, et subodorant Vhérésiel Peut-être si le gouvernement eût tenu strictement la main à l'exécution de l'ordonnance de 1830, s'il n'eût nommé d'évêque et agréé de curé que sur le vu des diplômes de ses propres Facultés, il eût pu leur rendre la vie. Mais il eût fallu pour cela une vigueur dont nul ne s'est senti capable.
Tout ce qu'on a osô faire, c'est négocier avec Rome, c'est supplier le pape de donner aux Facultés l'investiture sacrée, la reconnaissance canonique. Les pourparlers les plus récents ont amené, en 1857 et 1858, un projet de bulle d'institution discuté en dernier lieu en 1874, sous le ministère de M. de Fourtou, et en 1875, sous celui de M. Wallon. LoTsque je présentai mon premier amendement, M. Jules Ferry, ministre de l'instruction publique, déclara, en pleine commission du budget, que ces négociations étaient reprises et allaient aboutir sous quelques mois. Quatre ans se sont écoulés depuis, et les choses sont encore en l'état.
Il n'en pouvait être autrement, et jamais l'accord ne pourra s'établir. Il est clair, en efiTet, que le chef de l'Église ne peut donner l'investiture à une Faculté, accorder valeur canonique aux grades qu'elle dé-
cerne, que s'il est maître absolu de son enseignement, nommant et révoquant les professeurs, ayant en un mot sur l'établissement une autorité sans partage, qui lui donne toute garantie au point de vue du dogme.
C'est en effet ce qu'il a toujours exigé. Mais d'autre part, de pareils établissements n'auraient plus aucun rapport avec ce qu'on entend en France par une Faculté de l'État, et il n'y aurait aucune différence appréciable entre eux et les Facultés dites libres, sinon que leurs dépenses seraient soldées par le Trésor public.
Il y a donc antinomie absolue entre ces préten-* tions contraires et également justifiées de l'Église et de l'État. Il serait donc inutile et peu digne de reprendre des négociations condamnées à un échec certain.
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Dans ces conditions, l'État peut-il continuer à décorer du titre de Faculté de théologie catholique des établissements auxquels le chef infaillible de l'Église catholique le dénie absolument? Quelle idée se peuton faire d'un enseignement théologique non reconnu par l'Église même dont il a la prétention d'être l'organe? Si les fonctionnaires que l'État charge de professer dans cet établissement hybride se soumettent respectueusement aux exigences dogmatiques de leurs chefs ecclésiastiques, la dénégation persistante de l'Église à leur reconnaître une existence légale rend pour le moins ridicule le rôle de l'État qui paye sans avantage aucun. S'il en est autrement, si
cet enseignement cache quelque entreprise secrète et exhale quelque odeur de schisme, la prétention de l'État de le soutenir, au nom de TÉglise qu*il combattrait, joint au ridicule ce quelque chose d'odieux qui accompagne toutes les entreprises contre la liberté de conscience.
La dignité de TÉtat est donc intéressée à se dégager d'une situation fausse, et il ne nous serait pas difficile de montrer, si nous avions le droit de nous intéresser à ce côté de la question, qu'il en est de même pour la dignité de l'Église.
Le pape semble du reste le comprendre ainsi, et j'ai les meilleures raisons d'affirmer que la suppression des Facultés de théologie catholique de l'État ne serait l'objet d'aucune critique de la part de la cour de Rome.
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Il est même des personnes que cet acquiescement tacite du Saint-Siège inquiète et incline à se défier. Ces Facultés dont l'État nomme les professeurs, sont, disent-elles, le dernier refuge d'un enseignement théologique en rapport avec les nécessités sociales de notre temps, respectueux des pouvoirs issus de la volonté nationale, (l'un catholicisme libéral, pour ne pas dire gallican. En les supprimant, vous faites la joie desultramontains, vous forcez nos jeunes prêtres à aller prendre leurs grades, soit aux universités étrangères de Louvain ou de Rome, soit aux universités ennemies déguisées sous le nom de « libres ». Vous perdez ainsi toute espérance de maintenir dans le haut clergé ûrançais un esprit de
tolérance religieuse et de modération politique si désirable pour la tranquillité publique.
Les personnes qui parlent ainsi prennent évidemment leurs désirs pour des réalités.
En fait, d'abord, la statistique nous Ta montré, les jeunes ecclésiastiques ne prennent pas leurs grades dans nos Facultés, dont les cours ne sont suivis, — quand ils ont même des auditeurs, — que par des curieux laïques. Et ce fait prime tout. '^
Mais il vaux mieux se demander si ces espérances sont en elles-mêmes légitimes et si Ton doit continuer à faire des efforts pour les réaliser. Or, nous n'hésitons pas à dire non. Le dernier concile du Vatican a dû faire tomber toutes les illusions. Sans parler des déclarations de 1682 dont l'énoncé fait aujourd'hui sourire, toute velléité d'indépendance a dû disparaître devant le dogme, désormais incontesté dans rÉglise, de Tinfaillibilité papale. Un homme respectable entre tous et qui, par l'étendue de ses connaissances, la hauteur de ses vues, la modération de son esprit, la dignité de son caractère, réalise le type cher aux amis des Facultés théologiques de l'État, M. Maret, doyen de la Faculté de Paris, a dû slncliner vaincu. Une plus longue résistance eût été rébellion, aventure schismatique. Et ce serait lace que l'État prétendrait encourager? Les Facultés auraient pour but secret d'entretenir une sorte de sourde révolte, de schisme inavoué, dissimulé derrière les mensongères épithètes de libéral, gallican, national?
D'ailleurs, une telle conception est une injure pour la société moderne. Les temps ne sont plus où les
rois, oints du Seigneur, et flls aînés de l'Église, pouvaient prétendre à avoir une opinion sur la discipline intérieure et les dogmes. L'État moderne envisage la religion comme un organisme dans le fonctionnement intérieur duquel il ne s'ingère pas, se bornant à surveiller, prévenir ou réprimer des empiétements qui menaceraient ses propres droits et la liberté des autres organismes sociaux.
Si donc l'Église demandait à l'État de venir matériellement en aide à des établissements par elle reconnus, où, sous sa garantie et son autorité, seraient enseignées en toute leur pureté ses propres doctrines, l'État n'aurait qu'à examiner s'il est de son propre intérêt de satisfaire à cette requête. Mais on ne peut comprendre TÉtat entretenant, en dehors de rÉglise et presque malgré elle, des Facultés dites catholiques, dont le but serait de modifier par leur influence l'esprit même de l'orthodoxie catholique.
L'argumentation des défenseurs des Facultés de théologie catholique de l'État n'a donc pas de bases sérieuses.
La conséquence à tirer de toutes ces considérations, est la suppression des Facultés de théologie catholique. Pour les Facultés protestantes, les mêmes raisons n'existent pas, puisqu'elles sont reconnues et encouragées par leurs Églises, et leur conservation me parlât justifiée.
(14 novembre i883.)
QUESTIONS RBUSISUSBS
DE TEÉOLOGIB CATHOLIQUE
Les facultés de théologie catholique ont vécu. La Chambre a, malgré le gouvernement, rayé du budget le crédit qui leur était affecté. Ce n'est pas que lo ministre de l'instruction publique ait combattu à fond la proposition de suppression. Il s'est borné à soutenir qu'une pareille décision ne pouvait pas être prise par voie budgétaire, et il a demandé que la . Chambre attendît, pour prendre un parti, la discussion des deux propositions de loi déposées, il y a bien longtemps déjà, par M. Buysset et par moi.
Je ne nie pas qu'il eût été préférable de procéder de cette sorte. On aurait pu alors régler convenablement le sort des honorables professeurs dont le traitement va être brusquement supprimé le i" janvier 18S5. Mais la Chambre était absolument dans sou droit, et ce n'est pas la première fois que, par un simple refus de crédit, elle « détruisait — pour prendre l'expression de M. Falllëres — des institutions qui reposaient sur des lois. » Tout récemment, par exemple, elle supprimait, d'accord avec le ministre de la guerre, l'aumônerie militaire, constituée cependant par la loi des cadres.
Les déclaralïons du ministre de l'instruction publique n'ont pas permis, malgré mon insistance à lui demander des explications précises, de faire apprécier son opinion sur le fond de la question. Mais
de son discours on peut du moins retenir ceci qu'il a perdu la confiance qu'avaient ses prédécesseurs dans la réussite de négociations ouvertes avec Rome en vue d'obtenir, pour les facultés catholiques, l'investiture canonique, c'est-à-dire la reconnaissance de la valeur des grades qu'elles confèrent.
Je me souviens qu'en 1879, lorsque je déposai le premier amendement tendantà la suppression de ces facultés, M. Jules Ferry, alors ministre dé Tinstruction publique, affirma devant la commission du budget, présidée par M. Brisson, que la fausse situation dans laquelle elles se trouvaient allait bientôt cesser. Le pape se montrait^ à l'en croire, disposé à accorder au gouvernement de la République anticléricale ce qu'il avait refusé à M. de Mac-Mahon et au second empire.
Je me déclarai absolument sceptique, et M. Fallières a reconnu lautre jour que j'avais bien raison.
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Je n'avais vraiment pas grand mérite à cela. Il est bien évident, en effet, que le pape ne peut attribuer de valeur canonique aux grades que s'il est maître absolu de l'enseignement ; sans quoi il risquerait de reconnaître comme bons et savants théologiens des hommes imbus de doctrines fleurant plus ou moins rhérésie. Aussi subordonne-t-il l'investiture à cette condition, à laquelle il lui est impossible de renoncer, qu'il nommera et révoquera lui-même, et souverainement, les professeurs et Ijs examinateurs.
D'autre part^ comment un établissement ainsi sous la dépendance de Rome pourrait-il prendre le
240 QUESTIONS RBLIGIBUSES
nom de faculté? A quel titre ferait-il partie de l'Université, dont la discipline ne pourrait plus l'atteindre? De quel droit ces professeurs pourraient-ils s'asseoir dans les conseils de renseignement, rédiger les programmes laïques, juger les professeurs ? Ce ne seraient en réalité que des grands séminaires ayant des cours publics, et le gouvernement ne pouvait accepter une condition qui lui enlèverait toute autorité sur des fonctionnaires.
On n'a donc pas pu, on ne pouvait pas s'entendre, et les choses sont restées en Tétat. Les conséquences en sont des plus bizarres. D'une part, le pape accorde Tinvestiture à des facultés libres, comme celles de Lyon, à la barbe de la faculté de l'État siégeant dans la même ville, frappée ainsi d'une véritable indignité. Ces facultés sont, comme il est logique, sous la dépendance absolue de Rome. « L'Université catholique de Lille fait avant tout profession d'être dévouée à la chaire infaillible de Pierre et fidèle à ses enseignements. » Article 1*^' des statuts de Lille.
Et Ton ne s'en fie pas aux évêques. « Un chancelier nommé par le Saint-Siège est spécialement chargé de la maintenir dans cet esprit. » (Article 2.)
D'autre part, les licences et les doctorats décernés par les facultés de l'État sont considérés comme nuls et non avenus par le Saint-Siège, ce qui donne lieu aux plus curieuses et aux plus impertinentes contradictions. J'ai cité le fait de l'abbé Roche, nommé évêquede Gap en 1879. « Vous qui, dit en commençant la bulle d'institution, docteur en sacrée théologie de la Sorbonne de Paris, avait été jusqu'à présent pro-
fesseur à la faculté de théologie de l'université de Sorbonne... » Puis en terminant : « Bien que vous ne soyez pas pourvu du grade de docteur en sacrée théologie . . . néanmoins nous vous donnons dispense... malgré le défaut du grade de docteur, »
Quel rôle bizarre pour l'État I Payer 200,000 francs par an pour se faire railler de la sorte, c'était vraiment trop cher.
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L'un des arguments qui ont le plus influé sur la détermination de la Chambre est l'inutilité de ces institutions, leur manque d'élèves, le nombre infime de grades qu'elles décernent. Cette pauvreté est évidemment la conséquence de la défiance de la cour de Rome et des évêques. A Lyon, par exemple, où existent faculté de PÉtat et faculté libre (celle-ci, par pa« renthèse, installée dans les bâtiments du grand séminaire, qui est la propriété de l'État!) les jeunes prêtres sont envoyés par leurs chefs à l'établissement papalin.
Il en résulte que les élèves sont dans les facultés catholiques juste cent fois moins nombreux, toute proportion gardée, que dans les facultés de théologie protestante. M. A. Dubost, rapporteur de la commission du budget^ a dit : « Il y a un élève inscrit à la faculté de Paris, un à celle de Bordeaux, aucun à celle de Lyon . » D'où cette conclusion « que ces facultés ne correspondent en réalité à aucun service public. »
Mais renseignement lui-même, quand même la curiosité y amènerait un certain nombre d'auditeurs»
pourrait-il être considéré comme un « service public ! »
J'en douterais volontiers en feuilletant un petit livre qui résume un cours de feu M. Delaporte, professeur de dogme à la faculté de Bordeaux. Ce rarissime volume (Paris, C. Dillet, 1864) a pour titre : « Le Diable existe-t-'il ? Que fait-il ? » Et les dissertations sont des plus réjouissantes. « Xllf : Le Diable > est-il médecin ? Si, pour faire un médecin, il faut » ces trois choses : science, habileté, dévouement, » Satan ne fut jamais médecin. Nous ne lui contes- » tons pas la science et l'habileté : mais il manque » absolument (!) de dévouement (page 48). »
Encore une fois, payer 200,000 francs par an pour faire enseigner de pareilles billevesées, c'était vraiment trop cher.
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Je sais bien que, dans le programme des facultés de tbéologie, certains titres de chaires indiquent des enseignements plus sérieux. L'hébreu, par exemple; le droit ecclésiastique, rexégèse,rhistoire religieuse. On peut les transporter dans les facultés des lettres ou de droit, et il y aurait tout avantage à ce que ces matières fussent professées par des laïques indépendants.
L'histoire des religions a déjà, sur ma proposition, pris place au Collège de France. Il faudrait multiplier ces chaires de mythologie comparée. Rien de plus intéressant, que dis-je? de plus passionnant. Rechercher par Tétude des monuments historiques, linguistiques, archéologiques, les premiers linéaments
de l'idée religieuse. Les comparer avec ce que nous montre aujourd'hui le fétichisme des tribus sauvages. Voir comment rhomme,en Ixftteavec les phénomènes naturels, les a divinisés pour essayer de les utiliser ou de les conjurer, car ce n'est pas seulement la crainte, mais l'intérêt qui a fait les dieux. Après le fétichisme, dont, par une sorte d'atavisme, nous retrouvons la trace jusque dans la religion la plus jalouse de sa perfection ; après le polythéisme, qui renaît aussi dans son sein, faire Thistoire de la constitution des religions proprement dites. Suivre dans leurs conceptions les Védas, les Zend, la Bible, Bouddha, Zoroastre, les prêtres d'Egypte et de Ghaldée, et les chefs des religions plus modernes. Retrouver, par une sorte de paléontologie morale, dans les dogmes morts et fossiles, les ancêtres des dogmes vivants. Reconstituer, en un mot, le lien mystérieux qui unit dans l'histoire les multiples manifestations, dans son évolution aujourd'hui régressive, du sentiment le plus obscur, le plus profond, le plus puissant qui ait ébranlé l'âme humaine, je ne sache pas de question, de problème qui doive, à un plus haut degré intéresser, passionner un homme de science.
Mais il y faut un esprit libre, sans préoccupations confessionnelles et dogmatiques, en pleine critique» en un mot sans foi religieuse.
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C'est sur ces études importantes que M. Freppel a particulièrement insisté, déplorant leur disparition de l'enseignement public . Mais on peut et Ton doit
244 QUESTIONS RELIOIBUSES
répondre à ses doléances en les replaçant dans le cadre de nos facultés laïques. Il leur sera arrivé ce qui est advenu de leurs aînées, les sciences historiques, philologiques, sociales, physiques. Elle se seront enfin émancipées de la domination religieuse.
M. Freppel, dans sa défense des facultés menacées, Ta pris de haut avec la science. Soutenant une institution du moyen âge, il a repris une thèse du moyen âge. Et peu s'en est fallu qu'il ne résumât sa pensée dans la formule célèbre : Scientia ancilla théologies.
C'est une servante révoltée, monseigneur, ou plutôt une esclave libérée de ses chaînes, qui, sentant chaque jour grandir ses forces, considère avec dédain et surprise la naine contrefaite qui l'a si longtemps tyrannisée.
« Le jour, a ajouté M. l'évêque d'Angers, où vous excluerez de la Sorbonne la faculté de théologie, qui lui a donné son nom, il n'y aura plus de Sorbonne. »
S'il était vrai que Sorbonne et faculté de théologie ce fût tout un, j'abandonnerais très volontiers, quant à moi, un titre qui ne rappellerait plus que d'odieux souvenirs : livres brûlés, penseurs persécutés, Helvétius et Pascal condamnés, Descartes proscrit, Etienne Dolet conduit au bûcher, Jeanne d'Arc « remise aux mains de la justice de TÉglise. »
(24 décembre 1884.)
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