QUE VA FAIRE L EGLISE CATHOLIQUE
reur cligne d'anathëme, le suffrage universel un délire?
Sur ce dernier point, c'est-à-dire en théorie pure, ne craignez nulle difficulté. L'Église en a bien vu d'autres ! N'a-t-elle pas accepté la formule : Vox populi, vox Dei ? Si le suffrage universel nommait des députés dociles à la voix de l'Eglise, ses lois seraient aussitôt reconnues comme « justes » et son autorité comme ^ légitime », « car l'autorité des supérieurs peut venir immédiatement de Dieu, ou de Dieu par Vintermédiaire du peuple (1). > Ce serait l'affaire d'une simple encyclique.
En politique pratique, et vis-à-vis de son armée
laïque, qu'elle a excitée à l'assaut de la République, le revirement serait plus difficile.
Et notez que je ne parle plus des gentilshommes désormais abandonnés à leurs rêves creux et à leur orgueil de caste, mais des bourgeois, de ces fils d'acquéreurs de biens d'Église qu'elle avait disciplinés, et à qui il faudrait persuader qu'on peut, en se servant de la République, préparer le triomphe de la contre-révolution.
Heureusement pour cette évolution nouvelle, elle ne serait pas tenue à prendre immédiatement un parti manifeste et officiel. Il faudrait beaucoup attendre du temps qui la débarrasserait des vétérans plus compromis, et lui permettrait de modifier l'éducation des conscrits. En attendant elle n'aurait qu'à s'en tenir à son rôle concordataire, à ne plus
(1) Gnrj. Compendium de Théologie morale, § 84. Voir ma Morale des jésuites. Paris, Charpentier, 1879.
rien dire de la succession de Saint-Louis, à ne jamais parler de royauté.
Aussi bien, à quoi bon un roi? Le plus Adèle et le plus dévoué n'essaie-t-il pas toujours de grandir son autorité aux dépens de celle de TÉglise? Rétablir un roi, c'est partager la puissance que l'Église pourrait, en République, exercer souverainement. A-telle institué des rois pour ses missions du Paraguay? Quelle royauté lui donnera plus d'autorité qu'elle n'en a dans telle République de l'Amérique du Sud, où ses prêtres font les élections, élèvent ou déposent les présidents ?
Voici donc ce qua je crains, et ce qui m'intéresse beaucoup plus que les embarras des chevau-légers à la mort de leur roi. Si douteux que soit encore l'événement, je le mets sous la forme plus claire de Taffirmation.
L'Église reconnaîtra qu'en identifiant sa cause avec celle de la royauté, avec celle des aristocraties, elle a fait fausse route. Elle reconnaîtra qu'elle doit la plus grande partie de son impopularité, la perte presque totale de son prestige politique, à l'opposition passionnée qu'elle a faite au triomphe de la République et de la démocratie. Elle a lutté contre la volonté du peuple, elle a raillé le pouvoir du peuple, et le peuple l'a abandonnée.
Mais peut-être la séparation n'est-elle pas assez ancienne ni assez profonde pour qu'on ne puisse réparer le mal et reprendre une influence à laquelle rien jusqu'ici ne s'est substitué. Rien de plus sim-