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L'ARMÉE DES FANATIQUES

Un fait singulier vient de se passer dans trois pensionnats cléricaux de Paris, et cela simultanément. Les élèves sont venus signifier aux directeurs

qu'ils ne voulaient plus avoir de professeurs républicains, et ils ont, ces braves jeunes gens, exigé et obtenu Texpulsion de quelques maîtres, par eux désignés comme suspects. Qu'ils meurent de faim, eux et leurs familles, il importe peu à ces nobles cœurs.

Certes, Tintolérance cléricale ne saurait plus étonner personne. Elle est restée exactement ce qu'elle était aux temps du moyen-âge, et redonnerait les mêmes spectacles monstrueux si le même pouvoir lui était rendu.

Cependant, le fait qu'on nous signale est intéressant. Il caractérise une phase curieuse de la lutte soutenue par la Libre-pensée.

Tout le monde sait comment l'Église a mis la main sur la bourgeoisie voltairienne de 1830.

On lui a fait peur d'abord : peur des émeutes, peur des 'partageux, peur des revendications et de la concurrence populaires.

Puis on est venu à elle, la bouche pleine de pro-. messes, et on l'a prise par ses intérêts. Quels immenses avantages offrait l'Église à qui se donnait à elle, ou simplement à qui ne la combattait pas !

Clientèles d'avocats ou de médecins ; avancements rapides dans la magistrature, Tarmée, les administrations, la diplomatie ; maisons de commerce achalandées ; industries et banques subventionnées ; beaux mariages : il y en avait pour toutes les convoitises.

Et les bourgeois se sont laissés séduire. Ils ont fait à leurs flis des recommandations bien senties. Eux-

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mêmes ont^ sur leurvieux jours, donné le bon exem* pie :

On voyait, marmotlant je ne sais quel grimoire, D'anciens voltairiens, à l'occiput d'ivoire.

Cela rapportait tant, et cela coûtait si peu I

L^Eg:lise s'est ainsi constitué une armée, Varmée des mercenaires.

Mais elle est trop avisée pour avoir confiance dans des troupes qu'une haute paye mène à la désertion. Elle voulut avoir des soldats à elle, déterminés par la conviction non moins que par l'intérêt.

11 fallait, pour cela, s'emparer de renseignement public. Elle y parvint en 1850, avec la complicité de républicains naïfs, qu'elle sut éblouir avec le grand mot de liberté.

Et maintenant vous pouvez voir les beaux résultats de cette liberté de l'enseignement, indiscutable en théorie, j'y consens,mais redoutable en pratique.

L'abaissement des études secondaires, la destruction des établissements libres, laïques, ne sont que le moindres des maux qu'elle a produits.

Elle a divisé la société française en deux camps^ Ces enfants, qui apprenaient jadis, sur les bancs du collège, à s'aimer et à s'estimer, ne se rencontrent plus qu'à l'état d'ennemis* Les uns restent les serviteurs de la Nation ; les autres sont devenus les soldats du Papei

Au début, il a lallu des ménagements : le vieux bourgeois, ennemi de « la Congrégation,» aurait pu s'eflTaroucher. On a ménagé son fils, qui estdevenu,lui, bien moins susceptible ; on ne se gêne plus avec les

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